Rentrée littéraire : « Dire Babylone », l'adieu à la parfaite petite fille rasta
Anne-Laure Walter
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Safiya Sinclair, poétesse.
Olivier Dion/LH/opale.photo
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Safiya Sinclair, poétesse.
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Safiya Sinclair est née en Jamaïque et a grandi dans un foyer rastafari. À ces mots, notre imaginaire convoque, dans un nuage de cannabis, Bob Marley, les plages paradisiaques et les bergers de la paix. Mais Dire Babylone raconte une tout autre réalité, surtout quand on naît femme et que l'on doit rester la « parfaite petite fille rasta » de son père. Lorsque ses parents ont choisi de dépasser leur enfance miséreuse et sans amour par le rastafari, le mouvement était déjà en déclin et les rastas relégués aux marges de la société.
Ils élèvent cependant leurs quatre enfants dans la mouvance la plus radicale de la doctrine, panachage d'interdits des diverses religions (véganisme, pas d'alcool, femmes au foyer, couvertes et pures...). Le père édicte les règles, qui vont se durcir au fur et à mesure que ce dernier va s'aigrir. Ancienne star de reggae, il travaille désormais comme musicien dans les hôtels de la côte. Le rasta n'est plus qu'une animation pour « têtes chauves » et « païens » qui boivent des daïquiris et se déhanchent sur du dancehall. Tout cela incarne « Babylone », à savoir le mode de vie occidental, le capitalisme, le colonialisme et peu à peu toute vie extérieure. Seule compte la conservation de la pureté de ses filles, qu'il va progressivement enfermer à la maison.
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Ainsi grandit Safiya Sinclair: dans la pauvreté, la violence paternelle, l'isolement et le harcèlement scolaire. Elle écrit des scènes indélébiles, moments à la fois de communion familiale et d'endoctrinement: quand sa mère un soir tresse à chaque enfant des dreadlocks ou quand les parents leur font fumer leur premier joint (elle a 7 ans et sa sœur 3). Très vite, elle sait que ce sera à elle, l'aînée, de dévier de cette trajectoire. L'émancipation passera par la réussite scolaire pour ces enfants surdoués et, pour Safiya Sinclair, par la poésie, dans laquelle elle se lance à 15 ans, quand une enseignante lui suggère d'écrire sa détestation de la vie.
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