N'écoutez pas ceux qui, par facilité, parce que Carole Martinez nous a habitués à accoler ce terme à son écriture du merveilleux, diront que son nouveau livre a du charme. C'est bien plus que cela. Dors ton sommeil de brute est tout à la fois un cri écolo-métaphysico-poético-symboliste écrit à hauteur d'enfants, une parabole fantastique hardie et un roman à suspense. Les rêves - qui en constituent le cœur battant-foudroyant - y sont si finement brodés dans le tissu de la vie que faire la part entre les uns et l'autre finit par relever de l'impossible. Carole Martinez, en effet, est la brodeuse en chef du paysage littéraire français. Dans Le Cœur cousu ou dans Du domaine des Murmures, l'aiguille de son écriture faisait un sort à ces contes d'autrefois qui traversent nos existences et nous relient au passé. Dans Dors ton sommeil de brute, le fil est tiré vers le futur par... des oies sauvages. Au sens propre. Enfin si l'on peut dire, car avec Carole Martinez la métaphore est comme l'ombre qui épaissit, qui dédouble en profondeur le sens de chaque mot. Les oies sauvages, donc, parce qu'ici tout commence et tout finit avec elles - et qu'entre-temps aussi elles veillent... -, s'échappent entre les jambes d'Eva au moment où cette dernière accouche de Lucie.