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La data et les objets connectés au service de la sécurité des populations

Jean-Philippe Cunniet

Publié le 17 novembre 2015 à 15:18 - Mis à jour le 17 novembre 2015 à 16:21

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Après la vague d'attentats qui a frappé Paris, l'évolution de la sécurité va passer par une plus grande intégration des nouvelles technologies. Par Jean-Philippe Cunniet, consultant en nouvelles technologies pour le marketing et fondateur de WhatsHome (études marketing) et de Waykup (conception d'objets connectés).

Les nouvelles technologies doivent prendre toute leur place dans la sécurité des populations, à 3 moments clés :

  • AVANT : Mieux prédire les crimes et les attentats avant qu'ils ne se produisent est possible.
  • PENDANT : Mieux réagir au moment d'un attentat, sur le lieu de l'attaque
  • APRÈS : Mieux retrouver les coupables, accélérer les enquêtes et les arrestations.

Les outils pour la prédictions de crimes et attentats

Les algorithmes basés sur le couple « Big data + objets connectés », seront les plus efficaces, mais nécessites l'installation de capteurs connectés dans nos villes.

Dans le film « Minority Report » (2002), les crimes étaient « prévenus » et empêchés avant même d'avoir été commis, avec l'aide de la technologie. Aux États-Unis, Palantir et Forensic Logic, deux sociétés californiennes, réalisent des prédictions de crimes terroristes à partir de données disponibles sur l'ensemble des actions terroristes passées.

Aux États-Unis, le Future Crimes Institute regroupe des experts techniques de la sécurité afin d'aider les forces de police à comprendre les risques et imaginer de telles solutions. La plateforme de Big Data Kaggle permettait récemment aux meilleurs informaticiens de la planète d'analyser un ensemble de données de sécurité de la ville de San Francisco afin de mettre au point ce type d'algorithme prédictif.

Le Department de Criminalité  de l'Université de Pennsylvanie (USA) a développé son propre algorithme pour prédire les prochaines victimes d'homicides à partir d'une grande variété de données. Les crimes non prémédités (comme les crimes passionnels)  passeront à travers les mailles des algorithmes, mais d'après Goodman, un ancien officiel de police et conseiller à Interpol, « l'analyse Big data permet depuis plusieurs années de prédire de nombreux crimes prémédités tels que des vols de voitures et les crimes de rue, les vols ou les homicides. »

Comment utiliser de manière juste ces données

Ainsi, lorsqu'un « numéro sort » dans la série TV « Person of Interest » (ou d'un algorithme informatique), la police devra décider comment utiliser cette information. Faut-il demander à un juge d'ordonner une surveillance renforcée d'une personne qui n'est désignée « que » par un algorithme ? En l'absence de preuve, la police devra trouver comment utiliser de manière juste ces informations statistiques sans enfreindre les droits des honnêtes citoyens. Sachant que les données ne montrent pas toujours l'ensemble de la situation et les algorithmes décident en fonction de leur paramétrage du moment...

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Les données incluent l'ADN des suspects, des informations de reconnaissance faciales ou des retraits d'argent suspects sur des distributeurs de billets équipés de caméras, que des candidats-terroristes utilisent souvent pour recevoir ou transférer de l'argent de (où à) l'étranger. D'un côté, le Bitcoin est une parade efficace pour rester anonyme dans des échanges d'argent, tout comme « Tor » permet d'acheter des armes de manière anonyme. De l'autre, Coulibaly avait pris un crédit chez Cofidis pour financer son attaque.

Plus de caméras plus performantes

Plus une rue est éclairée, plus elle est sécurisée. Faut-il que des drones éclairent des de zones sensibles à certaines heures (à la manière d'un lampadaire baladeur), selon les données d'une analyse Big data des risques de crime ?

Les rues des grandes villes du monde entier vont probablement voir apparaitre encore plus de caméras de vidéosurveillance (incluant des caméras thermiques ou de vision nocturne), tant elles permettent d'accélérer les enquêtes policières. Selon le niveau d'insécurité, ces dispositifs seront de mieux en mieux acceptés (voir réclamés) par les populations.  Les caméras de la société américaine FLIR  sont actuellement parmi les plus performantes actuellement. Cependant, ces technologies doivent permettre de sécuriser les lieux publics sans aliéner les libertés individuelles.

Les portiques de sécurité

Il n'est - par exemple - envisageable de placer des portiques de sécurité à l'entrée de tous les lieux publics qu'à condition que les gens soient informés (comme ils le sont dans le respect des règles d'affichage fixées par la CNIL), mais il faut encore que le passage se fasse « sans s'en rendre compte ni ralentir » afin de ne pas rappeler à chacun que le monde est moins sur qu'avant. Il faut que ces contrôles soient « invisibles et fluides ».

Les acteurs historiques de la sécurité tels que Morpho Détection ont un rôle à jouer. Pourquoi n'existe-t-il pas encore une porte-tambour incluant un détecteur (de métaux ou d'explosifs) ? Ce type de solution de détection « d'aspect naturel » gommerait l'aspect anxiogène pour les populations.

L'analyse des images par les algorithmes

L'analyse des images de vidéosurveillance peut être observée par des algorithmes, par des employés ou par... la population. Pourquoi ne pas diffuser de manière anonyme des images de caméras de vidéosurveillance sur internet en changeant régulièrement de caméra pour permettre à chacun de surveiller sa propre ville, son pays ou sa planète de manière collaborative sur le principe « Tu surveilles mes rues, je surveille les tiennes ».

Cette hypothèse avait déjà été lancée pour les images de scans de bagages d'aéroports, mais avait été bloquée par l'opinion publique en son temps. Les contrôles de bagages n'ont pas encore pu profiter de l'essor de l'économie collaborative, aux dépens de la sécurité. Les Français sont-ils prêts à accepter le principe du « crowd-watching » d'images de vidéosurveillance ? Rien ne sert de crier à « Big Brother » puisqu'on redonne aux citoyens le contrôle des images de la vie dans les rues (donc des images déjà publiques par définition).

La détection multiple

Des capteurs d'intensité sonore peuvent permettre la reconnaissance automatique de bruits particuliers tels que des tirs de mitraillettes, qui entraineraient une alerte automatique des secours. Plus besoin qu'un humain prenne le risque de lancer l'alerte en face d'une mitraillette !

Peut-on remplacer les chiens détecteurs d'explosifs par des objets connectés - un dispositif invisible et non intrusif - d'analyse de la qualité de l'air dans les lieux publics ?

Nous sommes tous équipés de Smartphones, dont certains modèles permettent de relever des empreintes digitales. Les empreintes digitales ont déjà été piratées et falsifiées. Ce n'est donc pas la solution idéale.

Les drones

Lorsqu'un crime est commis, l'assaut doit pouvoir être précédé par un envol de drones. Ces drones peuvent être équipés, à volonté, selon le but de la mission :

  • de caméras permettant de prendre en photo les agresseurs en vue d'une reconnaissance faciale accélérée,
  • d'armes embarquées sur le drone, pour stopper les criminels, tels que des drones lanceurs de gaz lacrymogène pour immobiliser l'agresseur,
  • des drones d'éblouissement

Les drones-ambulances testés aux Pays-Bas pour apporter les premiers secours permettraient également de gagner du temps pour secourir un plus grand nombre de victimes, en s'appuyant sur la « main-d'œuvre locale » déjà présente sur les lieux.

Une société française avait voulu proposer des « motoambulances » pour les premiers secours, afin de passer outre la circulation, mais cela n'a - malheureusement pour les victimes - jamais été installé.

La géolocalisation

Lors de l'attaque, la police pourrait localiser les smartphones des personnes alentours avec la technologie IMSI Catcher afin de leur envoyer un message d'alerte par SMS, leur proposant de se mettre à l'abri.

Loin du contraignant « bracelet électronique », les technologies de géolocalisation se sont largement développées avec l'essor des smartphones. Faudrait-il envisager de géolocaliser en permanence toutes les personnes fichées « S » ? Cela pose des soucis de libertés individuelles, et doit donc être très bien encadré juridiquement. Nous pourrions ainsi détecter des mouvements suspects et inhabituels, ou la rencontre de certains individus suspects entre eux.

La géolocalisation des smartphones de suspects peut déjà être monitorés en permanence, afin de répondre aux questions suivantes : quels sont les changements de déplacement par rapport à l'habitude ? Quels sont les mouvements anormaux ? Quelles sont les rencontres exceptionnelles entre personnes « suivies » par leurs téléphones ? Ce sont des pistes, des « traces », qui sont laissées par tous les objets connectés utilisés par les personnes sous surveillance.

Faut-il obliger la possibilité de géolocalisation de l'ensemble des voitures afin de pouvoir repérer (ou même stopper automatiquement) tous les véhicules volés ? Les technologies d'analyse vidéo automatisée des plaques d'immatriculation permettraient également de contrôler les mouvements de véhicules suspects - selon le principe utilisé à Londres pour le paiement du péage d'accès à la ville.

Le partage d'informations

Le partage d'information entre les forces de police est également indispensable. En Europe, n'est sans doute possible qu'avec l'instauration d'un gouvernement politique européen commun et d'un ministère de l'Intérieur européen. Cela viendra dans les prochaines années, vite je l'espère. Sans partage de données, comment pouvoir suivre des suspects d'une ville à l'autre, d'un état à l'autre, d'un pays à l'autre ? Le terrorisme est global. Certains des terroristes de l'attentat de Paris du 13 novembre étaient en Belgique la veille.

Les réseaux sociaux fournissent également un grand nombre de données à analyser. Les algorithmes savent désormais détecter des comportements, des mots clés ou des échanges suspects.

Les technologies pour gérer la situation APRÈS  le crime

  • L'arrivée des secours

Certains pays offrent la possibilité aux camions de pompiers et aux forces de police de contrôler à distance tous les feux rouges sur leur chemin, afin de les faire passer au vert systématiquement. Dans quelques années, l'arrivée des voitures autonomes pourrait faciliter grandement l'arrivée des secours sur place, en envoyant une demande de modification du trajet des voitures situées sur le chemin.

  •  La question de la récidive.

Faut-il utiliser des algorithmes pour assister les juges d'application des peines dans leur jugement de la dangerosité des prisonniers à libérer (ou pas) avant le terme de leur condamnation ?  Aux États-Unis, cela est déjà possible dans + de 80% des cas, avec l'analyse systématique de 24 données : le dossier du prisonnier, l'âge auquel les crimes ont été commis, et cela aurait permis de réduire le taux de récidive de 15%.

  •  Le suivi après la sortie de prison

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Faut-il condamner systématiquement toutes les personnes qui sortent de prison à l'enregistrement de leurs données de déplacements, aux seules fins de consultations ultérieures en cas d'enquête ? J'entends déjà les cris des garants des libertés, et ils ont raison. Mais c'est possible techniquement. La frontière entre les libertés individuelles et la sécurité est fine, et la technologie permet de déplacer le curseur d'un côté ou de l'autre. La décision sur la position du curseur viendra - je l'espère -  de la population elle-même.

Jean-Philippe Cunniet est également conférencier, formateur et consultant en nouvelles technologies

Jean-Philippe Cunniet

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