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La révolution commence dans les assiettes !

Corine Pelluchon

Publié le 09 septembre 2015 à 14:00

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La faim et la malnutrition sont des problèmes de justice et de choix. Si certaines situations sont ubuesques - exporter des céréales issues de pays pauvres pour nourrir des bovins américains -, une tendance de fond est en marche : celle marquée par le désir d'avoir une alimentation saine et responsable. Par Corine Pelluchon, philosophe, professeur à l'université de Franche-Comté

Nous pouvons espérer que la conjugaison de deux phénomènes apparus ces dernières années conduise à un changement important dans la manière dont les Hommes se nourrissent, et ainsi dans l'économie.

La faim et la malnutrition sont des problèmes de justice

Le premier phénomène renvoie au coût environnemental de la viande. La généralisation de ce mode de consommation, à l'échelle de sept milliards et demi d'habitants, est impossible, compte tenu des ressources limitées de notre planète. De plus, la demande croissante en produits animaliers a un impact sur la distribution de la nourriture, puisque les pays dans lesquels une partie de la population souffre de la faim et de la malnutrition sont des pays exportateurs de céréales.

Les céréales produites servent à nourrir le bétail américain et européen, ce qui prouve une fois de plus que, loin d'être un problème technique dû à l'écart entre une démographie galopante et une production agricole insuffisante, la faim et la malnutrition sont des problèmes de justice.

Notre manière de manger a un impact sur les autres Hommes et sur les animaux. Parce que seul l'élevage intensif peut répondre à la demande actuelle en produits animaliers. La consommation quotidienne de ces produits nous rend également complices de la vie de torture que nous imposons à des milliards d'êtres sensibles.

L'alimentation un problème politique ?

Il ne s'agit pas de dire que les individus vont changer immédiatement leurs styles de vie, parce qu'ils prennent conscience de leurs responsabilités envers les autres hommes et les autres vivants. Certes, ce qui est singulier avec l'alimentation, c'est qu'il n'est pas nécessaire d'adhérer à une doctrine ni de défiler dans les rues pour être d'emblée dans l'éthique : « dès que je mange, je suis en relation avec les autres hommes et les autres vivants et je dis la place que je leur accorde ».

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Cependant, cela ne suffira pas pour que l'humanité abandonne des habitudes bien ancrées. Par contre, le coût environnemental de la viande et les épizooties peuvent inciter les pouvoirs publics à faire de l'alimentation un problème politique.

Le respect des autres et de soi, un principe non négociable

En attendant ce jour, il importe de prêter attention à un deuxième phénomène qui émerge. Il est à la fois diffus et profond, dérisoire et important. Il concerne des individus qui appartiennent à différents milieux et à différents pays, mais qui ont en commun le désir de vivre mieux, de se réapproprier leur vie.

Cela commence par l'alimentation, par le fait de se nourrir plus sainement et en étant attentif à la provenance des aliments, à la manière dont ils ont été produits. C'est une manière de lutter contre la réification qui signifie que les objets n'ont plus d'histoire, qu'il s'agisse des aliments, des voitures, des disques, qui nous arrivent en pièces détachées et en gommant le visage de ceux qui les ont produits.

A LIRE| Que mangerons-nous en 2050 ?

Changer son alimentation en refusant les produits issus de l'industrie agroalimentaire qui nous sont imposés, en leur préférant des aliments qui ont une saveur et un sens, parce qu'ils sont le fruit du travail d'hommes et de femmes qui y ont mis leur cœur, c'est dire non à la réification. C'est faire du respect des autres et de soi un principe non négociable.

À lire également

  • Que mangerons-nous en 2050 ?

Joint à l'effondrement écologique et social qui s'ensuivra du maintien du modèle actuel de consommation, cette attitude, si elle continue de prendre de l'ampleur, pourrait être un puissant levier pour un changement de société et de type d'économie. La révolution commence dans les assiettes.

Corine Pelluchon, philosophe et auteur de Les Nourritures. Philosophie du corps politique, Le Seuil, 2015

Corine Pelluchon

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