« Il faut aller plus loin dans la baisse du déficit en 2012 »

Entretien avec Michel Sapin Ancien ministre de l'Économie, député PS de l'Indre

4 mn

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François Hollande et vous-même, avec plusieurs économistes, allez élaborer ce mercredi de nouvelles propositions pour répondre à la crise. Et répondre aux décisions de Nicolas Sarkozy. Quelle est votre analyse ?

Nous sommes dans la crise depuis 2007. Mais elle a pris cet été de nouvelles formes, avec notamment la crise des dettes publiques, la question de la chute des marchés d'actions, le problème du financement des entreprises. Les mini-sommets franco-allemands qui ne débouchent sur rien, comme la récente rencontre Merkel-Sarkozy, ne font pas avancer les choses. Au contraire, cette absence de résultat, de véritable décision, est de nature à inquiéter les marchés financiers. D'où la nécessité d'élaborer de nouvelles propositions.

Dans quelle direction ?

Pour François Hollande, il n'y a pas d'opposition entre croissance et baisse du déficit public. C'est un couple. Il faut de la croissance pour réduire le déficit, mais il faut aussi baisser le déficit pour conforter la croissance. On le voit, la crise de la dette publique mine la confiance des entrepreneurs ou des consommateurs, pèse sur l'investissement ou la consommation. D'où l'affaiblissement de la croissance. Il n'y a pas de croissance sans confiance. La croissance est aussi confortée par l'investissement dans l'éducation, par le retour à une vraie politique industrielle, que François Hollande veut mettre en oeuvre. Une politique adaptée à la croissance actuelle.

Sur les déficits, Nicolas Sarkozy et François Fillon ne disent pas vraiment autre chose...

Oui, mais se donnent-ils les moyens d'agir ? Je note que le gouvernement prévoit de baisser le déficit public de 1,1 point en 2012, pour parvenir à 4,6 % du PIB, et de 1,6 point en 2013, pour atteindre les 3 %, limite fixée par les textes européens. Pourquoi faire porter un effort plus important sur 2013, sur la prochaine législature ? Il est toujours plus facile de dire qu'on agira après les élections... François Hollande juge essentiel de parvenir à 3 % de déficit en 2013 et, pour ce faire, il défend la stratégie d'une baisse équilibrée, sur les deux années à venir. Autrement dit, il faut baisser plus fortement le déficit en 2012, au-delà de ce que prévoient Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Comment ? Vous insistez sur la suppression des niches fiscales, tout comme l'actuel gouvernement...

C'est une question de degré. Nous voulons aller beaucoup plus loin. Il faut être sérieux sur les dépenses : augmenter certaines d'entre elles, comme celles en faveur de l'éducation, qui contribuent d'ailleurs à la compétitivité et à la croissance, et baisser d'autres.

Et les recettes ?

Depuis 2007, 40 milliards d'euros de baisses d'impôts et charges ont été votées, sans être financées. Nous voulons revenir largement sur ces cadeaux clientélistes. Mais annuler ce qui a été fait auparavant ne peut tenir lieu de politique. François Hollande défend l'idée d'une grande réforme fiscale, rétablissant la progressivité de l'impôt, notamment celui sur le revenu. Notre système fiscal a totalement perdu sa boussole de la progressivité, comme l'ont montré les travaux les plus récents.

Au total, combien rapporterait la réforme ?

Une cinquantaine de milliards d'euros.

Le redressement des finances publiques peut-il faire figure de programme ? Les électeurs de gauche n'attendent-ils pas autre chose ?

Mais pourquoi la gauche ne gérerait-elle pas sérieusement les finances publiques ? Contrairement à ce que peuvent dire certains, elle l'a fait par le passé. Sous quels gouvernements la dette publique a-t-elle baissé, en proportion du PIB, au cours des dernières années ? Regardez, c'est sous la gauche. Est-ce socialiste de vouloir payer de plus en plus d'intérêts sur la dette, au lieu de payer des professeurs ou des policiers ? Je ne le crois pas.

Manuel Valls préconise une baisse du déficit encore plus rapide ? Que veut dire cette surenchère ?

C'est une prise de position purement personnelle, François Hollande ne se livrera à aucune surenchère dans l'austérité.

Y a-t-il vraiment une grande différence entre les propositions de François Hollande et celles de Martine Aubry ?

Non, pas outre mesure. Mais qui serait le plus à même de défendre le projet socialiste devant les Français, et surtout, ensuite de faire face à la crise, une fois élu ? Il y a adéquation entre la crédibilité du candidat Hollande et cette période de crise, de difficultés, de mutations.


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