Double échec au G20

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Par François Roche, conseiller éditorial à La Tribune.

"La démocratie au-dessus des appétits du marché" Ce sont les mots mêmes utilisés par le Premier ministre grec pour justifier le recours au référendum et ces mots vont probablement alimenter bien des débats à Cannes dans les heures qui viennent. Ce n'était pourtant pas le but que Nicolas Sarkozy s'était fixé, en proposant que la France organise cette session du G20. Cette réunion répondait aussi à des objectifs de politique intérieure. Elle devait montrer que, si le monde a accompli des progrès en matière de gouvernance économique mondiale grâce au G20 depuis 2008, c'est un peu au président français qu'on le doit. Ce qui aurait permis de lancer la campagne présidentielle sur le thème de la résolution des crises.

Au lieu de cela, les pays non-membres de l'Union européenne vont faire un double constat : l'Europe n'est pas parvenue à s'entendre suffisamment tôt pour éviter que le problème de la dette souveraine grecque ne se transforme en problème de dimension mondiale ; et Nicolas Sarkozy a présumé de ses forces en pensant que le sommet de Bruxelles était de nature à accoucher d'une solution durable et convaincante pour l'ensemble des pays membres du G20.

Le référendum grec est en réalité un échec politique de l'Europe, emmenée par le tandem franco-allemand. Il est indéniable que la façon dont l'Union européenne et le FMI ont travaillé avec le gouvernement grec a donné l'impression qu'une partie de l'Europe voulait "punir" la Grèce en lui imposant un plan d'une austérité telle qu'aucune autre nation européenne n'aurait acceptée. Il est non moins clair que la troïka a oeuvré au moins autant pour envoyer des signes positifs aux marchés et aux agences de notation que pour calibrer au plus juste les sacrifices imposés aux Grecs.

Même si la décision de Papandréou est le fruit d'un calcul politique, elle est aussi dictée par l'immense désarroi de la nation grecque, qui se sent atteinte dans son indépendance et son honneur. C'est ce délicat équilibre entre la raison et le désespoir d'une nation que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n'ont pas évalué correctement et qui fait que ce G20 se séparera sur beaucoup plus de questions que de réponses face à la gouvernance de la zone euro et à la croissance mondiale.

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