La Commission européenne met la pression sur la France

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L'exécutif européen demande à Paris un effort supplémentaire sur ses déficits, tandis que la polémique sur le triple A enfle au sein de la classe politique française.

La croissance s'est arrêtée en Europe et nous pourrions connaître une nouvelle phase de récession. » Cette déclaration d'Olli Rehn, vice-président de la Commission européenne chargé des affaires économiques, a fait l'effet d'une bombe, jeudi. Même si Jürgen Stark, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a jugé l'hypothèse « prématurée », c'est la première fois que les instances européennes l'énoncent aussi clairement depuis que l'économie mondiale est sortie de la crise de 2008.

L'effet d'une bombe aussi parce que l'exécutif européen a mis à terre les prévisions de croissance du gouvernement français. Selon Bruxelles, le PIB ne croîtrait pas de 1 % en 2012 - la prévision gouvernementale - mais de 0,6 % seulement. Une mauvaise nouvelle, alors que Paris a annoncé il y a une semaine un second plan d'austérité de 7 milliards d'euros basé précisément sur une croissance de 1 %. La Commission a également chiffré à 5,1 % du PIB en 2013 le niveau du déficit français, bien loin de l'objectif de Bercy de 3 %. En résumé, la France est déjà priée de faire un « effort budgétaire supplémentaire ».

L'inquiétude sur la croissance zéro de la France cet hiver explique le regain de défiance des marchés envers les emprunts du Trésor français, inquiétude alimentée par la polémique sur l'avenir du « triple A » du pays (lire ci-dessous). Après l'incident Standard & Poor's, François Hollande a affirmé que les marchés avaient « déjà anticipé une dégradation de la note française ». Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture et responsable du projet de l'UMP, a aussitôt accusé le candidat socialiste à l'élection présidentielle de « faire le jeu de la défaite sur le triple A ». La question est de savoir si le gouvernement révisera encore ses prévisions de croissance, après les avoir abaissées de 1,75 % à 1 %, et s'il osera annoncer un troisième plan de rigueur avant l'élection présidentielle. Entre la crainte de tuer dans l'oeuf le peu d'activité économique existant et celle de torpiller les chances de son futur candidat, rien n'est moins sûr.

Détermination

Reste la seule posture tenable pour l'instant, celle de la détermination. Le ministre de l'Économie François Baroin et la ministre du Budget Valérie Pécresse ont assuré jeudi dans un communiqué que le nouveau plan d'austérité allait générer 65 milliards d'économies à l'horizon de 2016 et que « 6 milliards d'euros de crédits [étaient] mis en réserve dans le budget 2012 afin de garantir le respect de l'objectif de déficit » même en cas « d'accident de croissance », selon les termes de Valérie Pécresse.

Le choc du ralentissement économique s'annonce cependant rude. La chute - plus lourde que prévu - de la production industrielle en septembre (? 1,6 %), en est un avant-goût. Elle n'est pourtant pas une surprise au vu des enquêtes d'opinion qui ont signalé pour octobre une contraction de l'activité dans le secteur privé. L'accélération de l'inflation en octobre, à 2,3 % selon l'Insee, fait par ailleurs craindre un nouveau coup porté au pouvoir d'achat, donc à la consommation, donc à la croissance. Et si le relèvement du Smic au 1er décembre (de 9 euros à 9,19 euros brut de l'heure), destiné à compenser l'inflation, pourrait donner un peu d'air aux 2,3 millions de salariés concernés, la hausse de la TVA à taux réduit dans l'hôtellerie-restauration ou le bâtiment pèsera dans le sens inverse.

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