Journée de mobilisation pour les salaires, le secteur nucléaire très touché

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Des manifestant portent des drapeaux et une banderole de la cgt sur la promenade des anglais a nice[reuters.com]
(Crédits : Eric Gaillard)

PARIS (Reuters) - Des milliers de personnes ont cessé le travail et manifesté jeudi en France pour réclamer des augmentations de salaires, à l'appel de la CGT, FSU, Solidaires et des syndicats étudiants Unef et Fidl, entraînant de fortes perturbations dans le secteur énergétique et dans l'éducation.

Le ministère de l'Intérieur a évalué à 118.500 le nombre de participants à cette journée de mobilisation, dont 13.500 à Paris, la CGT évoquant pour sa part 250.000 personnes dans près de 200 manifestations.

Il s'agissait, après la traditionnelle journée de manifestation du 1er-Mai, du premier test grandeur nature de la mobilisation sociale depuis la réélection d'Emmanuel Macron en avril.

Cette journée s'inscrit dans un climat social éruptif en raison de l'accélération de l'inflation et de la volonté du gouvernement d'avancer sur la réforme des retraites, malgré une levée de boucliers générale des syndicats et un accueil mitigé de la part des fédérations patronales.

La grève a été particulièrement suivie dans le secteur nucléaire, où l'on a observé une baisse de la production d'énergie de 3,5 gigawatts (GW) en début d'après-midi, à laquelle s'ajoutait une diminution de 470 mégawatts (MW) de la production d'hydroélectricité, soit 8,8% de la production totale d'énergie selon des données recueillies par Reuters.

Près de cinq réacteurs nucléaires ont été concernés par les débrayages.

La situation est telle que RTE, gestionnaire du réseau de transport d'électricité en France, a annoncé avoir demandé aux syndicats impliqués dans le mouvement de réinjecter de l'électricité dans le réseau afin d'éviter une pénurie.

Dans le même temps, des blocages dans la raffinerie de TotalEnergies à Gonfreville, en Seine-Maritime, pour le troisième jour consécutif et des perturbations sur six autres sites du groupe ont accru les tensions dans le secteur du raffinage, qui fonctionne à moins de 40% de ses capacités selon des calculs de Reuters.

TotalEnergies a dit avoir pris des mesures pour que ces perturbations aient le moins d'impact possible sur l'approvisionnement de ses stations-service.

"Il y a beaucoup de colère dans l'énergie à cause des salaires et aussi de la réforme d'EDF. Il y a beaucoup d'incertitude sur l'avenir", explique Matthieu Trenel, salarié d'Enedis, qui participait à la manifestation à Paris.

Des milliers de personnes ont défilé à Paris, Marseille, Montpellier ou encore à Nice.

RÉUNION INTERSYNDICALE LUNDI PROCHAIN

"Le message, il est clair. Ce sont les salaires qu'il faut augmenter, pas l'âge légal de départ à la retraite", a dit le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, en début de cortège à Paris, en référence à la réforme des retraites que l'exécutif souhaite mener au début de l'année prochaine.

Dans l'Education nationale, le taux de participation à la grève chez les enseignants du premier et du second degré était de 11% environ, selon le ministère.

Les annonces de revalorisations de la rémunération des enseignants dans le projet de budget 2023 n'ont pas satisfait la profession, a souligné le syndicat SNUipp-FSU, qui les juge insuffisantes et craint qu'elles ne concernent qu'une partie des personnels concernés.

De légères perturbations ont été observées dans les transports. Sur le réseau francilien, un train sur deux circulait sur le RER B contre trois sur quatre pour le RER C. Le trafic était normal sur les RER A et dans le métro, à l'exception des lignes 6 et 9. Deux bus sur trois circulaient en moyenne.

Côté SNCF, six trains sur dix circulaient sur le réseau régional TER et un train sur deux sur le réseau Intercités. Le trafic était en revanche quasi normal ou légèrement perturbé pour les TGV et Ouigo.

Le thème des salaires a déjà suscité de vives tensions dans les entreprises du privé et la fonction publique fin 2021 et début 2022, pendant la période des négociations annuelles.

Pour Philippe Martinez, il s'agit du "début d'un mouvement" qui risque de prendre de l'ampleur avec la question des retraites. Il a déploré l'absence dans les cortèges d'autres organisations comme la CFDT ou Force ouvrière.

"Il faut, si on veut gagner des choses, que tous les syndicats se mettent d'accord", a-t-il dit.

Les leaders syndicats sont convenus de se réunir lundi pour discuter d'un éventuel mouvement commun.

(Rédigé par Caroline Pailliez, avec Tangi Salaün et Forrest Crellin, édité par Nicolas Delame et Kate Entringer)

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