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L'Iran a abattu un drone d'observation de l'armée américaine

reuters.com  |   |  878  mots
L'iran a abattu un drone d'observation de l'armee americaine[reuters.com]
(Crédits : Handout)

par Parisa Hafezi et Phil Stewart

DUBAI/WASHINGTON (Reuters) - Un drone américain a été abattu jeudi près du détroit d'Ormuz par l'Iran qui affirme que l'appareil se situait dans son espace aérien, ce que contestent les Etats-Unis, ravivant les craintes de confrontation directe entre Washington et Téhéran.

Réagissant à l'incident, le président Donald Trump a condamné sur Twitter la "très grave erreur" commise par les Iraniens. Par la suite, il n'a cependant pas exclu que la destruction de ce drone, qu'il a qualifié d'"accroc", soit le fruit d'une erreur ou d'une initiative individuelle malencontreuse.

Selon les Gardiens de la Révolution islamique, cités par les agences officielles iraniennes, un "drone espion" a été abattu alors qu'il venait d'entrer dans l'espace aérien iranien dans la province côtière d'Hormozgan, dans le sud du pays,

En début de soirée, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a annoncé que Téhéran allait se plaindre auprès de l'Onu de cette "nouvelle agression".

Sur Twitter, il a accusé les Américains de "mentir" quand ils affirment que le drone se trouvait au-dessus des eaux internationales. Il a également dénoncé le "terrorisme économique" des Etats-Unis contre l'Iran.

A Washington, les autorités américaines assurent pour leur part que le drone n'a jamais franchi les frontières aériennes de l'Iran.

Pour le capitaine Bill Urban, porte-parole de la Navy, les "informations selon lesquelles le drone survolait l'Iran sont fausses. (...) Il s'agit d'une attaque injustifiée commise contre un dispositif américain de surveillance dans l'espace aérien international".

"PROBABLEMENT UNE ERREUR", DIT TRUMP

Devant des journalistes à la Maison blanche, Donald Trump a réaffirmé, à la suite du Pentagone, que le drone se trouvait dans l'espace aérien international et qu'il avait peut-être été abattu par quelqu'un de "léger et stupide".

"Je pense que l'Iran a probablement fait une erreur. J'imagine que c'est un général ou quelqu'un qui a fait cette erreur en abattant ce drone", a dit le président américain, qui recevait le Premier ministre canadien Justin Trudeau.

"Nous n'avions personne dans ce drone. Croyez-moi, la situation aurait été bien différente", a-t-il ajouté, si l'appareil détruit en vol avait eu un équipage à son bord.

Ce nouvel incident a provoqué une flambée des cours du pétrole alors que les craintes d'une confrontation directe entre l'Iran et les Etats-Unis se sont accrues la semaine dernière lorsque deux pétroliers ont été attaqués dans le golfe d'Oman, près du détroit d'Ormuz.

Les Etats-Unis accusent les autorités iraniennes d'en être responsables, ce qu'elles nient là encore.

Washington, qui poursuit une politique de "pression maximum" sur l'Iran, a aussi imputé à Téhéran des attaques qui avaient visé le 12 mai des pétroliers au large des Emirats arabes unis, de l'autre côté du détroit d'Ormuz par lequel transite une part importante des exportations pétrolières mondiales.

Aux Nations unies, le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximum" et à éviter toute initiative susceptible d'"attiser la situation".

LIGNE ROUGE

Selon une source de Reuters, des débris du drone, un exemplaire du modèle RQ-4 Global Hawk conçu par Northrop Grumman et d'une valeur estimée à 130 millions de dollars, ont été retrouvés dans les eaux internationales, ce qui pourrait confirmer la thèse défendue par Washington. Le Pentagone n'a toutefois pas précisé où ces débris ont été découverts.

Les Gardiens affirment par ailleurs que le transpondeur du drone avait été coupé "en violation des règles de l'aviation" et qu'il volait furtivement lorsqu'il a été abattu.

Leur commandant en chef, le général Hossein Salami, a adressé une nouvelle mise en garde aux Etats-Unis, et considéré que le sort réservé au drone constituait un "message clair" pour les ennemis de la République islamique.

"Notre espace aérien constitue une ligne rouge et l'Iran répondra avec vigueur, comme il l'a toujours fait, à tout pays qui s'aviserait de le violer", a abondé le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, Ali Shamkhani, cité par l'agence Tasnim.

L'armée américaine, qui a envoyé des renforts dans le Golfe ces dernières semaines, avait déjà accusé Téhéran d'avoir tenté d'abattre un de ses drones la semaine dernière. Elle a aussi reconnu que le mouvement yéménite Houthi, soutenu par l'Iran, en avait abattu un le 6 juin au-dessus du Yémen.

L'Arabie saoudite, qui conduit au Yémen une coalition anti-houthis, a déploré jeudi la gravité de la situation dans le Golfe, et a dit se concerter avec ses alliés sur les mesures qui pourraient être mises en oeuvre.

"Je pense que la situation est très grave, à cause du comportement agressif de l'Iran", a commenté le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al Djoubeir.

(avec Doina Chiacu et Roberta Rampton à Washington, Asma Alsharif et Stephen Kalin à Ryad; Arthur Connan, Tangi Salaün et Nicolas Delame pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André)