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Économie - La Tribune Région Sud

Danièle Prieur : "Une mixité performante doit permettre des relations équilibrées"

Photo de Laurence Bottero

Laurence Bottero

Publié le 17 octobre 2017 à 10:17 - Mis à jour le 17 octobre 2017 à 11:14

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La mixité de la gouvernance est le sujet que défend l'association Altafemina, basée à Marseille mais qui rayonne en PACA. En lançant un Club des Gentlemen, l'idée est de démontrer que c'est bel et bien l'équilibre qui prime, explique sa présidente.

La Tribune - Pourquoi AltaFemina lance-t-elle un club des gentlemen ? Comment va-t-il fonctionner ?

Danièle Prieur - Le Club des Gentlemen est né, d'une part de l'expérience très positive vécue lors de l'organisation du Carrefour des Mandats. Le sujet du Carrefour des Mandats est la représentativité des femmes dans les organes de gouvernance et de pouvoir. Lors de la préparation de l'événement, nous avons rencontré des hommes responsables, impliqués, engagés, confronté nos points de vue et nous les avons également beaucoup écouté. De nombreux hommes, volontaires pour s'engager avec les femmes, et actifs ne sont pas à l'aise avec ce qu'ils ressentent comme une exclusion. Ils ont envie de construire avec les femmes et réciproquement. Nous partageons cette envie. D'autre part, en rencontrant des femmes engagées dans des réseaux de femmes nous sommes interpellées par certains effets négatifs de "l'entre femmes" et de l'entre soi d'une manière générale. La société évolue très vite, c'est une antienne. Les premières féministes, notamment en Grande-Bretagne, ont été d'un courage et d'une détermination totale, les féministes des années 80 incontournables, comme les femmes engagées en politique pour l'égalité des hommes et des femmes. Il faut rendre hommage également à toutes celles célébrées ou dans l'ombre qui ont œuvré. Les réseaux de femmes restent importants, qu'ils soient intégrés dans l'entreprise ou regroupés par catégories professionnelles. Les formats et les besoins évoluent, le propos d'Altafemina aujourd'hui est notamment de construire avec les hommes un meilleur équilibre de la représentativité hommes /femmes. Le Club des Gentlemen est un réseau porté par l'association Altafemina. Il repose sur la notion de partage, le besoin de s'engager, et l'ambition d'être influent pour faire changer par la force de son action et de sa pensée. Ce sera un nouvel espace d'expression et de prise de conscience, avec le recul nécessaire et l'envie de se décaler pour avancer. Il sera piloté par un petit groupe d'hommes engagés et concernés par le sujet de la mixité. Comme pour les clubs Altafemina, il fonctionnera avec liberté et indépendance. Pour l'instant, nous avons réfléchi à des moments de rencontre, 2 ou 3 déjeuners par an animés par un invité ou par un membre du Club qui souhaite partager son point de vue, son expérience, sa réflexion. Ce Club démarre bien, il va vivre, évoluer et nous le souhaitons être utile !

La mixité de la gouvernance émerge notamment dans les médias, bien que l'on confonde place des femmes dans les entreprises et la société et mixité de la gouvernance. Comment ne pas tout confondre ?

Les médias relaient avec beaucoup d'efficacité et de pertinence le sujet de la place de la femme dans l'entreprise, dans la famille, dans la rue, en politique, harcelée moralement ou sexuellement ainsi que dans le monde du travail en général en confrontant l'application de la loi sur l'égalité réelle entre les femmes et les hommes (mars 2014) et la pratique. Et si on parle de la place de la femme, on ne peut manquer le sujet de sa visibilité et de son engagement, deux sujets qui ne vont pas de soi et qui demandent justement que les femmes ET les hommes y travaillent ensemble. Par ailleurs, la mixité de la gouvernance c'est l'application de la Loi Zimmermann qui impose une mixité relative dans les Conseils d'Administration et Conseil de Surveillance des entreprises du CAC 40. Par un bon effet d'aubaine, cela nous permet de discuter et de promouvoir la mixité dans les Comex, les Codir, les bureaux des associations, la gouvernance des syndicats, des Chambres de commerce, des Universités... Il ne vous aura pas échappé que dans mixité de la gouvernance, on a gouvernance et que le sujet c'est la place de la femme à cette place là.

C'est quoi une mixité performante ?

"Ensemble, au diapason des changements, pour une mixité performante", c'est la devise du Club des Gentlemen. J'aime beaucoup cette question parce qu'elle nous permet de répondre sur le fond et sur la qualité de la relation entre les hommes et les femmes. Une mixité performante doit permettre des relations équilibrées, qui ne sont plus fondées sur un conditionnement d'un autre âge, cela pourrait être une mixité de vigilance, des hommes et des femmes qui prennent l'engagement de corriger les anomalies à leur niveau, qui manifestent publiquement leur engagement, qui veillent à une représentativité mixte avec ténacité et bienveillance, qui encouragent, qui laissent la place. Certains hommes ont une acuité incroyable sur ce sujet, ils tracent ! Antoine de Gabrielli, notre invité lors du lancement du Club fait partie de ceux-là. Si en plus, ce que démontrent les études, les statistiques et les baromètres, la mixité est un facteur de richesse économique, tant mieux. Les femmes n'en doutaient pas !

Les hommes aujourd'hui, s'engagent aussi pour une meilleure représentativité. Est-ce une opportunité ou un réel intérêt ?

Oui les hommes s'engagent ! La meilleure preuve est que la Charte du Club des Gentlemen a déjà été signée par plus de 50 hommes avant le lancement même du Club ! La mise en œuvre de cette représentativité permet à certains groupes entrepreneuriaux ou sociaux d'émerger et ils sont repérés : par les étudiants qui sont la ressource de demain, par les consommateurs, par les actionnaires, les gérants d'actifs et bien sûr par les femmes qui représentent quand même la moitié de l'humanité. Pour les autres, ceux qui ne se sentent pas encore concernés, ceux qui résistent ou qui trichent, ils sont également repérés, ils se marginalisent et se "ringardisent". Je pense que, comme pour tous sujets de société qui deviennent incontournables, les acteurs qui poussent sont des hommes qui ont de la conviction, un réel intérêt humain et parfois pragmatique, ce sont eux qui comptent et qui font avancer. Il y a ensuite les "suiveurs" et les opportunistes, ils sont les bienvenus.

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J'ai envie de dire peu importe, c'est inévitable, ce que nous vivons demande des efforts incroyables, les hommes et les femmes doivent sortir de leurs conditionnements ou croyances. "Il faut apprendre à dé-croire avec discernement, volonté et patience" nous dit Anne Juvanteny.

Des collectifs, comme #JamaisSansElles sont très actifs sur les réseaux sociaux. Twitter ou Facebook sont-ils des canaux qui pèsent dans l'évolution des mentalités ?

#JamaisSansElles est un mouvement de promotion de la mixité, à travers l'engagement d'hommes qui ne veulent plus participer à des évènements, des débats, panels d'experts ou tables rondes sans femmes. C'est un collectif de personnalités des milieux tech, médias et politiques. L'adhésion à #JamaisSansElles impose aux hommes de ne pas participer à des événements auxquels les femmes ne sont pas associées. C'est aussi très intéressant, car cela motive la vigilance en amont de l'organisation ou à défaut oblige à quitter l'événement si les femmes ne sont pas associées, cette posture crée un buzz efficace et donc des conséquences sur l'image, la notoriété et la crédibilité.

Sur le terrain, ça  se passe comment, réellement ?

Ça avance ! Un responsable économique m'a avoué la semaine dernière "c'est compliqué la mixité..." Oui c'est compliqué. On ne construit pas rapidement une mixité équilibrée et performante alors que les hommes dirigent et gouvernent depuis des millénaires et que les femmes sont considérées juridiquement les égales des hommes dans tous les domaines depuis la Constitution de 1946, possèdent un carnet de chèques depuis 1965, peuvent avorter depuis 1975 et peuvent prendre le départ d'un marathon Olympique depuis 1984... Alors discernement, volonté, courage et patience et surtout vigilance sur tous les fronts !

Laurence Bottero

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