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Économie - La Tribune Région Sud

Comment Sophia-Antipolis devient une "Automotive Valley"

Photo de Laurence Bottero

Laurence Bottero

Publié le 19 février 2019 à 06:30 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:56

Renault Software Labs

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Après Bosch, Hitachi, Magneti Marelli ou Toyota, l’arrivée il y a un an de Renault avec son Software Labs au moment même où Mercedes annonçait sa prochaine installation avec un centre de design a, d’un coup, fait émerger la technopole comme la nouvelle vallée dédiée au véhicule connecté. Un signe supplémentaire d’attractivité.

Lorsque le ruban officiel est coupé, le 4 septembre 2017, sous le soleil azuréen, tout ce que la technopole compte d'acteurs économiques se réjouit de l'arrivée de Renault Software Labs, en lieu et place d'Intel, autant physiquement via le bâtiment que par la reprise d'une partie des compétences en logiciel embarqué. La nouvelle est doublement bonne : d'abord parce que c'est la preuve de la capacité de résilience de Sophia Antipolis, démontrée à plusieurs reprises dans le passé, mais aussi parce que la venue de la marque au losange ajoute une brique supplémentaire à la filière automobile, déjà présente, mais en train de fortement se structurer.

Le signe de cette structuration prend forme quelques mois plus tard, avec la création, fin 2017, du Smart Vehicle Côte d'Azur, groupe de travail qui fédère évidemment startups, acteurs académiques, grands groupes et institutionnels. Son but : réunir ce fameux écosystème existant, lui permettre d'aller plus vite en R&D grâce à un travail conjoint, l'orienter vers les nécessités du marché, ce qui peut impliquer d'adapter les cursus de certaines filières, créer des programmes de recherche collaborative entre les industriels et l'Université Côte d'Azur, mutualiser les expérimentations et, bien sûr, avoir une stratégie qui soit visible à l'international.

Depuis douze mois donc, le comité de pilotage et les groupes de travail s'affairent. Mais pourquoi Sophia Antipolis devient-elle une spécialiste du véhicule intelligent ? « Nous avons vu les automobiles devenir de plus en plus intelligentes. On retrouve dans un véhicule tous les besoins en technologie qui ont déjà fait leurs preuves », explique Pierre Sigrist, ancien responsable de la R&D de Visteon, aujourd'hui à la direction générale de Epicnpoc, une startup qui s'intéresse aux expériences utilisateurs liées aux nouvelles mobilités.

« L'automotive, c'est de l'élément embarqué, et c'est là où nous sommes bons », souligne Jean-François Chapperon, qui représente Team Côte d'Azur, l'agence de développement économique au sein du comité de pilotage et qui promeut la filière. Et les compétences reconnues de Sophia Antipolis en intelligence artificielle nourrissent aussi cet écosystème.

« L'intelligence artificielle, c'est comme l'Internet des objets, c'est une boîte à outils », ajoute Jean-François Chapperon.

De même, Mercedes expliquait-il son arrivée à Sophia Antipolis par le fait que « toutes les disciplines fondamentales du design y sont représentées : le design extérieur et intérieur classique, le design numérique, ou le design UI et UX dont l'importance ne cesse de croître à l'heure de la conduite autonome et de la communication homme/machine ».

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Se structurer en multipliant le nombre d'acteurs locaux

Dans le concret, « nous travaillons à des espaces d'expérimentation. Notamment isoler un terrain afin d'y mener des essais de véhicules » dès 2019, précise Bruno Bocaert, qui dirige Renault Software Labs et qui rappelle que Smart Vehicle Côte d'Azur s'est également engagé dans la candidature à l'Institut d'intelligence artificielle 3IA, orienté santé et territoires intelligents, c'est-à-dire incluant le sujet, ô combien prégnant, de la mobilité.

« Nous discutons également avec Polytech afin de faire évoluer le contenu scientifique des cours, et cela afin d'être alignés sur les besoins de la filière automobile. »

Chez Toyota, présent sur la technopole depuis 1999, le centre de design développe les futurs véhicules Toyota et Lexus du Groupe. C'est par exemple ici que sont nées la Yaris 1 et, dernièrement, la C-HR de Toyota ou l'UX de Lexus - et s'il est axé vers la création de nouveaux modèles, « indéniablement, la structuration ou l'apparition d'un nouveau cluster sera un important facteur d'attractivité de talents pour le proche avenir. L'incidence positive pour nous c'est, avant tout, que plus il y aura d'acteurs locaux, plus important sera le développement, à l'avenir, de la formation et donc du nombre d'experts dans ce domaine », indique François Elziere, le directeur du site sophipolitain.

Très bon connaisseur des avantages de la technopole où il avait créé sa startup en 2002, Éric Baissus, le PDG de Kalray, basée à Grenoble et spécialisée dans les processeurs destinés aux nouveaux systèmes intelligents, a assez logiquement ouvert un bureau de dix personnes à Sophia Antipolis.

« Le véhicule autonome est bardé de capteurs générant des données qu'il faut analyser sans délai. Les ressources locales possèdent de fortes expertises et l'écosystème qui est en train de se créer ici forme un pool de compétences. »

La coopération intelligente au sens premier du terme est sans doute un élément indispensable à la réussite de cette « Automotive Valley ». « Notre stabilité viendra de notre capacité à l'innovation qualitative, note Jean-François Chapperon. Il y a une forte coopération. Non, les entreprises ne coopèrent pas, mais les hommes, oui. » Une autre forme de « fertilisation croisée »...

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ENCADRÉ

La biotechnologie, l'autre "pilier" en devenir de Sophia-Antipolis

L' annonce, il y a un an, de la fin de l'aventure sophipolitaine pour Galderma ne devait pas être l'arbre qui cache la forêt. Si la nouvelle n'a certes pas fait plaisir, elle n'a pas pour autant mis à mal la forte compétence de la technopole en biotechs.

Car, outre le mastodonte propriété de Nestlé, il y a bien d'autres pépites qui portent la compétence santé. TxCell, passée dans le giron de la californienne Sangamo il y a quelques mois, s'est ancrée depuis sa naissance en 2001 comme spécialiste des immunothérapies cellulaires pour le traitement des maladies inflammatoires chroniques sévères. Avec des soubresauts, mais une constante certitude d'être sur le bon chemin. Cette même endurance, Median Technologies en a également fait preuve. Née un an après TxCell, en 2002, l'entreprise dirigée par Fredrik Brag a été précurseur avec son logiciel d'interprétation - qualitative et non quantitative - de l'imagerie médicale en oncologie.

Aujourd'hui la biotech dispose d'une filiale à Boston et vient d'annoncer le recrutement de Nozha Boujemaa, spécialiste de l'intelligence artificielle et des sciences des données, au poste de directrice scientifique.

Startup installée au Village by CA et, elle aussi, spécialisée en imagerie médicale, Therapixel, utilise notamment l'IA pour le dépistage du cancer du sein. Cette jeune pousse, qui a installé sa recherche à Paris, privilégie Sophia Antipolis pour son activité de développement logiciel. « Nous bénéficions assez peu de l'écosystème », note cependant Olivier Clatz, son PDG, persuadé que des synergies pourraient probablement être développées, par exemple avec Median Technologies.

À lire également

  • À 50 ans, Sophia-Antipolis, la pionnière des technopoles, redessine son avenir
  • Jean Leonetti : "Sophia-Antipolis doit se diversifier"

La candidature de Nice Sophia Antipolis au 3IA sert évidemment la cause. L'attractivité de la technopole bénéficie ainsi à Therapixel, qui s'en rend compte grâce à un indice non contestable : celui du nombre de demande de stages, passé de 4 par mois à 4 par jour en moyenne. L'expertise en oncologie, dermatologie, pathologies de l'œil, maladies du système nerveux central vient ainsi renforcer les compétences TIC de la technopole. C'est un point fort, accentué par la formation d'ingénieur en génie biologique de Polytech, considérée comme l'une des trois meilleures en France.

Laurence Bottero

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