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Économie - La Tribune Région Sud

Le MIN de Marseille : une vocation à réécrire (1/3)

Maëva Gardet-Pizzo

Publié le 01 avril 2020 à 17:24 - Mis à jour le 01 avril 2020 à 17:47

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S’ils ont été créés après-guerre pour structurer les filières et garantir la distribution alimentaire, les Marchés d’intérêt national doivent aujourd’hui repenser leur vocation dans un écosystème qui a bien changé. A Marseille, le MIN veut s’ancrer dans son époque en devenant un acteur phare de la traçabilité des produits, de la consommation locale et du développement durable.

C'est un monde de lève-tôt. Une ville au cœur de Marseille. Une plateforme où se côtoient toutes sortes d'acteurs venus d'ici et d'ailleurs. Le Marché d'intérêt national (MIN) des Arnavaux, au nord de la cité phocéenne, abrite cent dix entreprises parmi lesquelles des grossistes, des importateurs et des logisticiens. En pleine saison, elle accueille plus de 260 producteurs sur le carreau qui leur est dédié. Au total, ce lieu fait vivre 2 000 salariés dont 500 saisonniers. Chaque année, ce sont 410 000 tonnes de produits qui transitent par ici, pour un chiffre d'affaire de 520 millions d'euros. Des fruits et légumes surtout, mais aussi des produits carnés et laitiers, des fleurs et des accessoires d'horticulture. Pas de poisson en revanche : c'est au MIN de Saumaty, au bord de la mer, à six kilomètres d'ici, que les professionnels peuvent en trouver.

L'histoire du MIN des Arnavaux remonte à 1963, quelques années après la guerre. Le souvenir des restrictions et du marché noir demeure très présent. La grande distribution n'existe pas encore. Pour s'approvisionner, il faut se rendre sur les marchés de gros dans les centres-villes. A Marseille, on achète son poisson à la criée sur le Vieux Port. Pour les produits maraîchers, il faut se rendre cours Julien. Le gouvernement de l'époque souhaite organiser et structurer la filière. Il crée pour cela les marchés d'intérêt national réservés aux professionnels, qui sont des délégations de service public. Aujourd'hui, il en reste dix-neuf dans l'ensemble du pays, celui de Marseille se plaçant à la seconde position en terme de chiffre d'affaire et de volumes échangés, derrière Rungis. Mais le contexte a radicalement changé et s'ils ont été un maillon indispensable de la distribution au moment de leur création, les MIN ont été détrônés par une série d'acteurs.

De nouveaux défis

Avec l'apparition de la grande distribution et des nouveaux modes de consommation, "ils ne représentent plus que 10 % des produits frais consommés en France", observe Marc Dufour, directeur général de la SOMIMAR, société d'économie mixte qui gère le MIN et dont la Métropole Aix-Marseille Provence est l'actionnaire majoritaire. "La France n'a plus besoin des MIN pour s'approvisionner". Ceux-ci doivent donc trouver une nouvelle raison d'être, en phase avec les défis sociétaux actuels.

"Ces dernières années, nous avons vu se développer un besoin de sécuriser l'alimentation avec une meilleure traçabilité. Dans le même temps, les préoccupations ayant attrait à l'environnement et au développement durable ont interrogé nos modes de consommation. Il faut désormais réfléchir à une consommation plus locale". C'est tout le sens des Projets alimentaires territoriaux prévus par la loi d'avenir pour l'agriculture de 2014. Élaborés à l'initiative des acteurs d'un territoire, ceux-ci visent à coordonner des actions répondant localement aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés à l'alimentation.

L'agriculture au cœur des préoccupations des métropoles

Car l'échelon local semble à nouveau le plus pertinent en matière d'alimentation. "Avec le regroupement des communes et les préoccupations environnementales, le fait agricole s'est imposé à des élus qui n'avaient auparavant que des problèmes urbains". En témoigne l'engouement pour l'agriculture urbaine ou encore la volonté de développer des ceintures agricoles autour des villes. Et la Métropole d'Aix-Marseille n'échappe pas à la règle, elle qui compte 32 % de terres agricoles et dont 10 % du PIB provient du secteur primaire, avec une production maraîchère particulièrement riche.

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Dans ce contexte, Marc Dufour définit la nouvelle vocation du MIN des Arnavaux en ces mots : "favoriser les circuits courts, la traçabilité des produits frais, la consommation locale ainsi que l'agriculture biologique et raisonnée". Une vocation qui nécessite de transformer le MIN, de l'agrandir, d'en optimiser l'espace et d'offrir de nouveaux services tout en s'ouvrant à de nouveaux acteurs tels que les startups de l'alimentaire ou ceux de la solidarité. 85 millions d'euros sont mis sur la table, dont 35 millions en provenance de la Métropole et du Département. Les travaux ont démarré début 2019 et devraient s'achever en 2022. D'ici là, la surface du MIN est censée doubler, de même que le nombre de salariés qui y travaillent, passant de 1500 à 3000 âmes.

Un emplacement stratégique

Le MIN veut ainsi gagner des parts de marché, convaincu que le besoin est réel. Pour ce, il s'appuie sur son principal atout : son emplacement. "Nous avons la chance d'être à la jonction de deux autoroutes : l'A7 qui va vers l'Ouest et le Nord, et la L2 en direction de Toulon et de l'Est. Nous sommes en même temps à 4 minutes de la Gare Saint-Charles". Ce n'est pas un hasard si ce MIN est resté dans la ville quand beaucoup d'autres ont fait le choix d'en sortir pour s'installer en périphérie. Et ce pari prend tout son sens à l'heure où l'on s'inquiète de plus en plus de la qualité de l'air, tandis que les livraisons ont explosé avec le commerce en ligne et le retour en ville des enseignes de la grande distribution. "Leurs petites surfaces en centre-ville n'ont pas de surfaces de stockage et sont réapprovisionnées toutes les nuits". D'où un besoin croissant de d'entrepôts faciles d'accès, ce pour quoi le MIN des Arnavaux est de plus en plus sollicité.

Consciente de ce potentiel, la Métropole a tenu à garder son MIN sous giron public quand d'autres ont été privatisés. Un choix stratégique, d'autant que le territoire dispose de sérieux atouts en matière d'agriculture à forte valeur ajoutée. Ainsi, dans les Bcouhes du Rhône, près de 30 % des cultures sont bio d'après Agence bio. Le territoire compte par ailleurs de nombreux sigles de qualité. Un potentiel dont entend bien profiter le deuxième MIN de France dans les imposants chantiers qui l'attendent. Des chantiers qui n'ont autre but que "d'anticiper les vingt à trente années à venir".

Maëva Gardet-Pizzo

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