De la baguette solidaire au déploiement en Amérique du Nord, la stratégie de Boulangerie Ange, n°2 français

Laurence Bottero
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Lorsqu'il co-fonde Boulangerie Ange il y a treize ans, François Bultel arrive de la grande distribution avec l'idée farouchement ancrée de prendre l'exact contre-pied de ce qu'il a vécu dans la première partie de sa vie professionnelle. Pour cet ingénieur agricole, c'est cette expérience au sein d'un grand groupe français, où le pain invendu est jeté tous les soirs, qui lui a servi de déclic. Comme à ses associés d'ailleurs, Patricia Gaffet et Patrice Guillois, également venus de grands groupes. « Nous nous sommes dit que nous allions faire les choses autrement ». Et donner ainsi, chaque fin de journée, les invendus à des associations locales. En parallèle c'est aussi une boulangerie artisanale et non pas industrielle que l'entreprise défend. « Nous nous sommes intéressés à la qualité des normes agricoles, des normes réelles et sincères », indique François Bultel, Boulangerie Ange s'engageant alors auprès de la filière CRC (Culture Raisonnée Contrôlée).
C'est dire si l'idée de lancer une baguette solidaire est venue somme toute assez naturellement. Car l'idée de Michel-Edouard Leclerc de lancer une baguette à 29 centimes d'euros envoie un mauvais message, estime François Bultel. « D'abord, 29 centimes d'euros c'est toujours trop pour ceux qui connaissent des difficultés financières. Et, de plus, chacun a droit à un produit de qualité. Or, on sait que pour produire une baguette à 29 centimes d'euros, cela signifie que l'on ne peut avoir recours à des produits de qualité. Mais pour le grand public, cela fait penser qu'une baguette à ce prix est possible et normal. Nous devons être attentif à préserver notre environnement économique. Nous, nous avons une seule baguette, c'est la bonne ».
Depuis fin janvier, la baguette solidaire permet pour tout client, pour trois baguettes achetées, de faire bénéficier une personne dans le besoin de la baguette gratuite. Et Boulangerie Ange ajoute, à son tour, une seconde baguette gratuite. Au total, depuis le début de l'opération environ 10.000 clients ont souscrit à l'idée, chaque jour, soit 20.000 baguettes solidaires à distribuer. « Nous nous sommes inspirés du principe du café suspendu. Et cela fonctionne au-delà de nos espérances, même si nous devons faire davantage connaître l'idée », reconnaît François Bultel. Localement, les boulangeries - en propre comme les 110 franchisées - se sont rapprochées d'associations locales, le bouche-à-oreille œuvrant également pour que les personnes concernées aient connaissance de l'initiative.
Laurence Bottero