Souveraineté alimentaire : protéger le foncier, une nécessité dans le Sud
Rémi Baldy
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S'il y a bien une chose qui ne peut pas faire pousser, c'est la terre. A défaut de pouvoir s'étendre, un territoire doit donc au mieux gérer son espace. Et avec la hausse des besoins agricoles qu'engendrerait la souveraineté alimentaire, cela signifie qu'il faut rajouter une part dans un gâteau dont la taille ne bouge pas. Y parvenir demande de réaliser un vrai travail d'équilibriste. "Il y a ce besoin d'un côté et une demande de logement de l'autre", remarque Dominique Sassoon, rapporteur d'une étude de la société civile du Pays d'Aix sur la souveraineté alimentaire. Le document estime que sur le territoire aixois la surface agricole devrait baisser de 37% en 2040 par rapport à la situation en 2010.
Cette diminution n'est pas une spécificité locale, elle concerne tout le pays. D'après le think tank Utopie "les tendances d'évolution des surfaces agricoles selon les différents types de cultures entre 2015 et 2019 laissent augurer d'une perte de 800.000 hectares de surfaces développées d'ici 2030". Le périmètre d'étude est différent mais la conclusion est la même. "C'est un véritable enjeu en Provence-Alpes-Côte d'Azur", confirme Bénédicte Martin, vice-présidente en charge de l'agriculture à la Région.
Bien sûr, il faut rappeler que l'objectif de souveraineté alimentaire ne va pas se traduire par un circuit totalement fermé avec une production et une consommation qui ne franchirait ni le Rhône ni les Alpes. Ce qui serait irréaliste rappelle Bénédicte Martin. "Pour nourrir une ville comme Montpellier, il faudrait que tout le reste du département de l'Hérault soit consacré à la production alimentaire", illustre-t-elle. La métropole languedocienne compte 481.276 habitants, c'est presque quatre fois moins que le 1,8 million d'Aix-Marseille.
Il est donc nécessaire de bien cibler les terrains avec du potentiel pour les protéger, ce à quoi s'attèle la Région. Le sujet est plein cœur d'un mille-feuille administratif avec le schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET) qui impacte le schéma de cohérence territoriale (Scot) puis le plan local d'urbanisme (PLU). Des sigles et acronymes abstraits mais qui donnent les grandes orientations d'un territoire en ce qui concerne l'aménagement. "Dès 2019, nous avons inscrit dans le SRADDET l'objectif d'atteindre zéro perte de surface agricoles équipées à l'irrigation à l'horizon 2030", souligne Bénédicte Martin. Depuis la loi climat et résilience est venue renforcer la protection des terres agricoles en prévoyant une forte baisse de l'artificialisation des sols à partir de 2030.
Rémi Baldy