« Il faut que l’entreprise soit libre de ses prises de risques » (Pierre Ippolito, UPE06)
Laurence Bottero
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LA TRIBUNE - C'est la rentrée et qui dit rentrée dit mesure du moral des chefs d'entreprises...
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PIERRE IPPOLITO - Selon une étude menée par le Medef, le moral des chefs d'entreprises par rapport à leur entreprise est plutôt positif, près de 72% font preuve d'optimisme. En revanche, concernant l'environnement économique français, ils ne sont plus qu'un sur deux. Il y a donc un écart qui commence à se créer entre l'optimisme par rapport à leur business et l'optimisme par rapport à l'économie en général. Ce qui se comprend car on se rend compte que l'inflation n'est pas dépendante de nos sociétés, les tensions géo-politiques ne sont pas de notre ressort... il existe un environnement économique qui est non-maîtrisé par les chefs d'entreprise qui leur fait peur. Pour autant, les entreprises, à court terme, ont des carnets de commande encore soutenus, disposent d'une visibilité tout de même assez correcte... Il y a une décorrélation entre la réalité court-terme de l'entreprise et la réalité environnementale économique. L'Assemblé Nationale, qui a été refondue, est aussi gage de stress : comment les réformes économiques, dont nous avons besoin, vont être menées, avec des points de vues aussi divergents ? Cela peut très bien se passer et on espère une confrontation d'idées, un débat et un consensus. Mais il y a quand même un risque d'avoir un blocage ou tout du moins une inactivité durant cette mandature. C'est un peu ce que j'ai ressenti du discours de la Première Ministre, discours très généraliste, très consensuel. Pas très pragmatique. J'ai n'ai pas senti forcément une volonté de se mouiller sur des réformes concrètes sur l'économie et sur l'entreprise. Son discours était à 80% autour de la sobriété, 10% autour de l'entreprise et 10% sur le travail... J'aurais préféré 80% sur le travail, la revalorisation du travail et l'emploi, que sur la sobriété - qui est du court terme. L'Etat annonce avoir quasiment fait le plein de gaz pour l'hiver, très bien... Mais a-t-il proposé aux industriels de prendre une cuve dans un camion et de le louer pendant 3 mois ? Les industriels étaient en capacité financière de le faire, mais comme il n'y pas d'échange... L'Etat n'accepte pas que le privé, les entreprises prennent des responsabilités sur des missions régaliennes. Dans l'absolu, nous n'avons pas à le faire mais lorsque nous sommes dans une situation complexe et de crise, il faut que l'Etat prenne conscience que l'on peut se substituer à lui ou être en complémentarité de lui sur beaucoup de facteurs. La réalité, c'est qu'il ne l'accepte pas d'un point de vue intellectuel donc nous subissons les choix faits alors que nous pourrions venir en support. Il faut que l'entreprise soit libre de ses actions, libre de ses prises de risque. Force est de constater qu'aujourd'hui nous n'avons pas les mains libres.
Laurence Bottero