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Economie - La Tribune Afrique

Un « Made in Africa » durable, l’urgence d’un continent

Ristel Tchounand, envoyée spéciale à Addis Abeba

Publié le 04 décembre 2023 à 11:15 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 02:57

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Alors que la planète mène une course contre la montre afin de limiter les dégâts des changements climatiques, des institutions africaines et internationales estiment que l’heure est à maximiser les possibles pour que l’Afrique sorte de ses usines des produits qui répondent au contexte environnemental actuel et futur. A Addis Abeba, les chercheurs du continent sont appelés à pousser leurs investigations dans ce sens.

Logée sur un plateau d'une altitude d'environ 2.600 mètres, Addis-Abeba est connue pour être la capitale plus élevée d'Afrique et la cinquième au monde. C'est ici que des institutions comme l'Union africaine (UA) et la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) ont leurs quartiers généraux. C'est également dans la plus grande ville d'Ethiopie que les chercheurs africains et internationaux ont choisi, cette fin d'année, de se poser pour affiner les pistes d'une émergence manufacturière qui réponde aux exigences climatiques et environnementales. « Les notions de durabilité et d'inclusivité ne relèvent pas uniquement d'un langage à la mode. Elles sont capitales. Il nous faut changer le visage de l'industrie. Il nous faut faire émerger un ''Made in Africa'' durable qui alimentera nos marchés régionaux, ainsi que ceux du monde », a déclaré avec force la présidente d'Ethiopie, Sahle Work Zewde, lors de la Conférence économique africaine clôturée le 18 novembre après trois jours d'intenses échanges. L'ancienne diplomate internationale qui a été au cœur des dossiers tant à l'ONU qu'à l'UA pense que c'est la promotion d'un développement industriel durable et inclusif qui permettra d'atteindre les objectifs de développement durables et l'Agenda 2063. « Ce développement industriel n'est pas un luxe. Il faut redoubler les actions dans ce sens », a-t-elle ajouté.

Trouver les stratégies

Historiquement, les produits finis (alimentation, énergie... ) constituent l'écrasante majorité des importations africaines. Selon les chiffres de la CNUCED, le continent africain importe 80% de ses médicaments. Excepté les pays du Nord (Maroc, Tunisie, Egypte...) qui arrivent à couvrir grâce à l'industrie locale plus de 50% de leurs besoins en médicaments, le reste du continent dépend de l'extérieur. Pour la Banque africaine de développement (BAD), la CEA et le PNUD qui ont réunis les chercheurs à Addis-Abeba - sous le thème des « impératifs du développement industriel durable en Afrique» -, inverser cette tendance n'équivaut pas uniquement à disséminer les usines de production de tout genre à travers le continent, mais de les multiplier sans pour autant faire exploser le niveau d'émissions de CO2 d'un continent qui peut se targuer de n'avoir pas vraiment contribué à l'état de la planète. « L'industrialisation est la pièce maitresse de la croissance et du développement parce que cela encourage l'emploi et le progrès technologique », a déclaré Clever Gatete, secrétaire exécutif de la CEA, soulignant qu'il est question aujourd'hui sur le continent de « trouver les stratégies qui vont permettre de relever les défis de demain ». « Nous devons donc absolument accélérer une industrialisation durable », a-t-il urgé.

Alimenté à 95% à l'hydroélectricité, l'exemple éthiopien

L'Ethiopie, l'hôte de ces rencontres stratégiques, fait figure d'exemple. Un temps miné par la sécheresse et les conflits politiques, ce pays d'Afrique de l'Est de plus 110 millions d'habitants est devenu, en deux décennies, une référence en matière de progrès économique. Connue entre autres pour son café, ses arachides ou son cuir, ses différents développements industriels ont propulsé sur le toit de la croissance mondiale cette économie qui tourne à 95% grâce à l'hydroélectricité. Sur le plan industriel le programme national qui vise à promouvoir le « Made in Ethiopia » intègre pleinement la notions de durabilité. « Le développement durable et le changement climatique font partie des priorités sur lesquelles nous travaillons et des résultats remarquables ont été obtenus, notamment l'autosuffisance en matière de production de blé et la plantation de plus de 32 milliards de plants grâce à l'initiative Green Legacy », a commenté le ministre éthiopien de l'Industrie, Melaku Alebel Addis.

La coordination des politiques, le challenge

« La question de la durabilité est clé quand on parle de l'industrialisation de l'Afrique. Il faut promouvoir la recherche dans le sens et investir dedans », Albert Muchanga, Commissaire au commerce et à l'industrie de la Commission de l'Union africaine. Il a notamment appelé les chercheurs à multiplier les études afin de fournir aux gouvernements et au secteur privé des pistes claires permettant d'accélérer la machine industrielle durable dans toutes les sous-régions du continent. « Le continent africain est un bloc. Il nous faut agir en tant que bloc, comme c'est le cas en Europe ou ailleurs », a relevé Kevin Uramah, économiste en chef de la BAD.

Concrètement, Rita Babihunga, économiste en chef d'Africa Finance Corporation, pense que « le plus grand challenge que nous avons est la coordination des politiques ». Pour elle, la « sanctuarisation de l'industrialisation autour de la transformation des matières premières est impérative », mais la mise en œuvre de politiques similaires réajustées selon les réalités de chaque pays pourrait tirer le processus dans le temps.

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Au moment où émergent les partenariats public-privés (PPP), les zones économiques spéciales (ZES)..., dans un contexte où l'Union européenne, partenaire privilégié de l'Afrique, se déploie en faveur du Pacte vert pour l'Europe, les chercheurs insistent sur le rôle des gouvernements africains pour impulser une dynamique globale, face un secteur privé en quête d'opportunités bancables. Certains émettent, en outre, l'idée de la création d'un marché africain du carbone, afin de « réduire les émissions en préservant les acquis du continent » dans un contexte de déploiement de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) pour laquelle les recherches explorent aussi l'impact de son plein déploiement sur les émissions de CO2 de l'Afrique.

Ristel Tchounand, envoyée spéciale à Addis Abeba

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