Dans les Alpes-Maritimes, le BTP se prépare à entrer en récession
Gaëlle Cloarec
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Bombe économique, déflagration sociale et sociétale... Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier la crise du logement qui s'ancre progressivement et durablement dans le paysage français. Les dernières données Altarès sur les défaillances d'entreprise en 2023 en attestent : le secteur de la construction concentre 24% des faillites et tous les segments sont concernés, le gros œuvre (4.140 ouvertures de procédure, soit +44,1%) comme le second (6.850 ouvertures, +38,9%). Quant aux agences immobilières, ce sont elles qui enregistrent la pire tendance avec une poussée des procédures de +116,7%. Le chiffon rouge que la filière - promoteurs en tête - agite depuis de longs mois, prévoyant la destruction de 150.000 emplois directs, commence à se matérialiser. Dans les Alpes-Maritimes, la Fédération du BTP azuréenne (FBTP 06) prévoit une perte de 1.500 à 2.000 emplois pour 2024, de 2.800 à 3.000 sur deux ans, intérim compris, sur un effectif total de 27.400 personnes. Les défaillances d'entreprises y ont augmenté de 30% sur un an glissant, de plus de 40% si l'on compare les seuls trimestres 2023 et 2022. Et comme souvent, ce sont les PME les premières touchées.
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Pourtant, qui se promène dans les rues azuréennes, de Nice à Cannes, peut légitimement s'interroger face aux nombreuses grues érigées ici et là. L'année 2023 s'achève même sur une note positive avec des mises en chantier de logements neufs en progression de +4,5% (sur 12 mois à fin novembre) alors que la tendance nationale chute de -7,8%. "Ce sont des chiffres en trompe-l'œil, portés par les opérations déjà en cours", précise Patrick Moulard, le président de la FBTP06. Qui ne veut surtout pas crier victoire, rapprochant le total de logements mis en chantier en 2023, 4.800 donc, à celui de 2019, plus de 8.000 ! Quant au segment TP, poussé par les vallées depuis la tempête Alex d'octobre 2021 et les travaux structurants comme le raccordement à Nice de la voie rapide Mathis et l'A8, il s'inscrit sur une courbe ascendante (+8%) qu'il convient là-aussi de relativiser : la progression réelle s'établirait autour de 2% en tenant compte de l'inflation. Et le président de la fédération de rappeler "le décalage habituel de la Côte d'Azur", qui fait que "nous rentrons dans la crise après le national, nous en sortirons malheureusement aussi après".
Gaëlle Cloarec