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Economie - La Tribune Afrique

Transport, tourisme, batteries électriques… comment l’Afrique se transforme par l’investissement

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 16 décembre 2024 à 14:24 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 02:55

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DECRYPTAGE - Après les 180 milliards de dollars mobilisés entre 2019 et 2023, l’Africa Investment Forum a pu lever 29,2 milliards de dollars cette année, avec des mises importantes dans plusieurs secteurs d’avenir pour un continent africain en course pour son développement. D’Afrique, d’Europe, d’Amérique, d’Asie ou du monde arabe, les investisseurs publics et privés entendent faire bouger les lignes. Pour quels enjeux ?

D'ici la fin de la décennie, le continent africain devrait présenter ses résultats quant aux objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, avant de retrousser à nouveau ses manches pour l'Agenda 2063 de l'Union africaine (UA) qui prévoit à terme une Afrique socialement et économiquement développée. Dans une région du globe aux potentiels multiples, le financement du développement reste une problématique majeure. Ici, les besoins se chiffrent à environ 402 milliards de dollars d'ici 2030, selon la Banque africaine de développement (BAD). Les réunir est un défi qui semble de moins en moins insurmontable, au regard du dynamisme affiché lors des grands rassemblements économiques et financiers comme à l'Africa Investment Forum (AIF). Récemment organisé à Rabat au Maroc, il a débouché sur 29,2 milliards de dollars levés dans pour 37 projets d'investissement allant du transport à l'industrie pharmaceutique en passant par l'énergie électrique, les mines, le tourisme... « Nous devenons un mouvement d'investissement mondial pour l'Afrique », se réjouit Akinwumi Adesina, président du Groupe de la BAD et président de l'AIF, que La Tribune Afrique a pu rencontrer à l'issue des travaux.

Au cœur de toutes les réflexions désormais : les possibilités de « tirer parti des partenariats innovants pour passer à l'échelle supérieure » en matière de développement. Si le Forum a levé bien moins que les 35 milliards de dollars d'engagements financiers obtenus à Marrakech de l'an dernier, la plateforme totalise désormais et ce depuis son lancement, près de 210 milliards d'engagement des investisseurs dans divers projets à travers l'Afrique. Et cette année justement, le panel des investisseurs intéressés à mettre durablement la main à la poche dans le cadre de cette plateforme initiée par la Banque africaine de développement (BAD) s'élargit. Outre les habitués comme la Banque européenne d'investissement (BEI), l'institution axée infrastructures Africa 50, l'Africa Finance Corporation, la Banque de développement de l'Afrique australe, la Banque africaine d'import-export (Afreximbank), une autre institution d'envergure dans l'univers financier du continent a fait son entrée dans le cercle des partenaires fondateurs de l'AIF. Il s'agit de la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA). Du côté du secteur privé, les Américains Goldman Sachs et JP Morgan - lequel s'attaque actuellement aux marchés africains avec son implantation en Côte d'Ivoire et au Kenya - étaient également bien représentés.

Ce projet marocain de transport ferroviaire qui séduit tous les investisseurs

Déjà regardée comme une économie émergente sur le continent, le Maroc continue de se distinguer auprès des investisseurs. En effet, le projet phare qui a retenu l'attention d'un nombre important d'investisseurs est celui présenté par l'Office national des chemins de fer du Maroc (ONCF). Alors que le Royaume avait émis une requête de 8,8 milliards de dollars, il s'en est sorti avec 14 milliards de dollars d'engagements financiers de la part des investisseurs. « Ce projet a été plébiscité par tous les investisseurs, en raison de son caractère stratégique et de la portée énorme qu'il aura pour le développement du pays », estime Akinwumi Adesina.

Face au potentiel de l'Afrique en matière de tourisme et à un moment où le tourisme d'affaires et de loisirs connaît une croissance sans précédent, les investisseurs choisissent également de parier sur le projet de développement hôtelier du groupe Azalai - de l'homme d'affaires malien Mossadeck Bally - en Mauritanie. Le tycoon de Bamako a pu repartir avec 1,20 million de dollars d'engagements de la part des investisseurs. Par ailleurs, un projet d'électrification de 340 millions de dollars en République démocratique du Congo (RDC) a également séduit les investisseurs privés, sans parler du projet d'infrastructure ferroviaire en Tanzanie co-financé par la BAD, Deutsche Bank et la Société Générale.

Le financement mixte, « la » solution

Alors que le continent africain présente des besoins importants en financement dans divers domaines d'ordre public, la difficulté historique de mobiliser les fonds et la rareté de ces derniers récemment au gré des crises et leur pression direct ou indirect sur la disponibilité de la ressource financière, il est devenu évident pour les experts que l'appui du secteur privé aux projets de développement relève de la nécessité, voire de l'urgence. Ces dernières années d'ailleurs, des institutions comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'ont pas hésité à multiplier les appels aux investissements du secteur privé pour la construction d'hôpitaux ou d'usines de fabrication de médicaments en Afrique. Après avoir, pour sa part, mis en lumière le potentiel du secteur privé pour le développement du continent, la BAD a finalement lancé récemment sa nouvelle stratégie décennale 2024-2033 qui prévoit une accélération de la collaboration avec le secteur privé africain et international. Dans ce cadre, la première institution financière du continent prévoit notamment de tripler ses opérations non-souveraines. « Le secteur privé est essentiel pour le développement de l'Afrique », estime Dr Adesina.

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De leurs côtés conscients des enjeux, les investisseurs privés prônent aussi le développement d'un financement mixte.  « Les IFD [institutions financières de développement, ndlr] et les financements publics ne vont pas combler le déficit de financement que nous constatons en termes d'infrastructures et d'investissement en Afrique », estime Akinsowon Dawodu, leader Afrique subsaharienne chez Citi Group. « Nous devons trouver des moyens d'attirer le secteur privé et d'opter pour un financement mixte », appelle-t-il.

Batteries et véhicules électriques, l'autre focus

Ces dernières années par ailleurs, l'enjeu climatique a placé l'Afrique au centre du débat autour des solutions pour l'avenir de la planète, grâce notamment au Bassin du Congo -le plus grand puits de carbone au monde, ses importantes et multiples ressources de minerais stratégiques (cobalt, lithium, nickel, terres rares ...). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle un pays comme la République démocratique du Congo (RDC) - qui, depuis de nombreuses décennies alimente en brut les plus grandes multinationales minières et technologiques à travers le monde - est devenu un maillon essentiel dans cette lutte pro-environnement. Ce pays d'Afrique centrale porte - avec la Zambie - un méga-projet industriel de batteries pour véhicules électriques qui est considéré comme un véritable « game-changer » et auquel plusieurs institutions multilatérales manifestent leur soutien. Aujourd'hui, les investisseurs appellent de leurs vœux la multiplication de tels projets dans tous les pays disposant de minerais stratégiques dans leur sous-sol, estimant que c'est un futur incontournable pour le continent. « L'Afrique ne se contentera plus d'exporter des matières premières », déclare Solomon Quaynor, vice-président Secteur privé, infrastructure et industrialisation à la BAD. « Nous voulons nous industrialiser, poursuit-il. Nous sommes prêts à soutenir activement la création de valeur dans la chaîne de valeur des batteries, de l'énergie et des véhicules électriques ».

De leurs côtés, les industriels - qui, outre l'Afrique australe commencent à émerger aussi en Afrique de l'Ouest - estiment que le marché n'est plus à créer mais qu'il existe bel et bien. Sam Fayele, est président et CEO de Saglev, un producteur de véhicules électriques au Nigeria. Pour lui, le débat alimenté au fil des ans éveille les consciences africaines. « Ce que je constate, c'est que la demande est là, elle est très forte. Lorsque nous rencontrons des automobilistes, ils veulent un véhicule électrique pour l'année prochaine, pas pour demain », confie-t-il. Seulement, le coût de production des véhicules électriques étant encore élevé, l'achat l'est tout autant. « C'est un domaine dans lequel nous devons investir de l'argent. Nous devons financer les acheteurs de ces véhicules électriques », recommande-t-il, estimant que c'est la seule manière de promouvoir l'industrie des véhicules électriques dans les pays africains.

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Si les fonds engagés lors de ces grands meetings sont débloqués progressivement -parfois sur plusieurs années, l'intérêt manifesté par les investisseurs pour les projets témoigne d'un certain dynamisme, selon les experts, dans un contexte de rebattage des cartes géostratégiques à travers la planète. Un dynamisme dont les fruits devraient alimenter les prochains bilans de développement d'un continent qui sera, d'ici 2050, le plus grand pourvoyeur de la ressource humaine jeune dans le monde.

Ristel Tchounand

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