« Nous devons viser une économie de la déplastification » (Rosalie Mann)

Laurence Bottero
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LA TRIBUNE - Le plastique est l'un des sujets majeurs évoqué à l'UNOC. Hier, l'Appel de Nice a été signé posant des ambitions sur le cycle de vie notamment. Est-ce suffisant ?
ROSALIE MANN - Ce n'est pas suffisant. L'Appel de Nice a le mérite de reconnaître enfin que le cycle de vie du plastique commence dès sa création, donc dès sa production, et non à la fin de son usage lors de son passage au statut de déchet. Et c'est fondamental. Tant que nos politiques, au premier plan desquels notre Président de la République continuera à nous dire que « le recyclage, on s'y engage tous », nous allons droit dans le mur. Recycler ou réutiliser le plastique ne peut pas être la solution, même partiellement, à la réduction de la pollution plastique, puisque tout plastique, recyclé ou non, pollue. C'est assez simple à comprendre. Il n'y a pas de place à la demi-mesure. Il faut enfin une acceptation mondiale, et une bonne fois pour toute, sur le fait que le plastique fait partie des procédés et des produits chimiques dangereux pour l'Homme. Cela entraînerait de facto des contrôles stricts, des interdictions dans certains usages, à commencer par ce que nous mettons dans la bouche de nos enfants. A ceux qui aiment les anglicismes, je veux dire que nous devons maintenant cesser de parler d'écologie, de transition écologique ou d'écoconception de produits lorsqu'il s'agit de plastique recyclé ou de réemploi. Parce que faire cela, ce n'est ni plus, ni moins, que faire du "greenwashing" ou plus exactement du "green brainwashing". Ce que nous devons viser aujourd'hui, ce n'est pas une économie du recyclage du plastique, mais une économie de la déplastificiation. Il faut sortir du plastique, pas le reconditionner.
Faut-il instaurer le principe de pollueur-payeur ? Comment inciter à l'abandon du plastique ?
Je suis opposée à des notions mercantiles quand l'impact négatif des actes commis ont de telles répercussions au risque de continuer dans une logique qui in fine conduit à mettre au centre, non pas la vie, mais le profit, qu'il soit généré par plus de plastique produits pour les caisses de certains industriels ou par plus d'amendes produites pour les caisses de l'état. Le courage est d'interdire ce qui est toxique et de réguler, d'encadrer les cas d'exception qui se justifient dans des conditions protocolaires strictes. Les armes chimiques sont interdites. Il ne viendrait à personne l'idée d'appliquer une politique de pollueur-payeur sur ce sujet. Donc on ne taxe pas leur usage. On les bannit. La prolifération dérégulée du plastique en a fait une arme chimique à diffusion lente, particulièrement dangereuse et efficace. Il est temps de l'interdire.
Laurence Bottero