Aucun frisson, aucun battement de sourcil. Il n'y avait pas de quoi, l'assemblée nationale ne compte que 5 députés d'opposition qui pourraient avoir l'audace de s'opposer. Nommé fin septembre suite à la victoire décriée d'Ali Bongo à la présidentielle du 27 août, Emmanuel Issoze Ngondet, le nouveau premier ministre gabonais a présenté la politique générale du gouvernement aux représentants du peuple.
Un discours-programme aux penchants très économiques qui montre clairement son intention de rehausser le niveau économique du pays. « Le président Léon M'Ba est le père de l'indépendance du Gabon. Le président Omar Bongo Ondimba a donné au Gabon les structures d'un Etat performant et moderne. Avec le président Ali Bongo Ondimba, nous devons engager cette étape dans le développement économique du Gabon, pour que le progrès profite à tous, grâce à un Etat démocratique », lance-t-il devant 115 députés de la majorité acquis à sa cause.
Cette relance économique, le premier ministre compte l'atteindre grâce à la revalorisation des secteurs hors pétrole qui devrait créer les conditions d'une croissance plus durable et plus inclusive. Mais la situation du pays avant et après la crise post-électorale n'a été guère reluisante. Quatrième exportateur de pétrole du continent, le Gabon, très dépendant du pétrole (40% du PIB et 45% des recettes publiques) a subi de plein fouet l'effondrement de 50% depuis 2012 des cours du pétrole. Effet de cette chute des cours, la capacité d'investissement du pays a été mise à mal et les réserves de l'Etat se sont effondrées malgré sa richesse en bois.
Et les secteurs hors-pétrole dans tout ça. Depuis 2015, la croissance du pays connaît un ralentissement « draconien », selon les mots du premier ministre gabonais.
Le PSGE (Plan Stratégique Gabon Emergent) est le programme du gouvernement mis sur pied depuis quelques années dans le but de diversifier l'économie.
Autre axe du discours, le déséquilibre budgétaire. Il se situe à 410,8 milliards FCFA en 2016, dû à de faibles recettes et une augmentation de la dette publique de l'ordre de 3160,1 milliards de FCFA à fin 2016. Il porte le taux d'endettement à 39,4% (hors avances consenties par la Banque Centrale) en 2016 contre 37,3% en 2015, consécutivement au repli du PIB. Une situation alarmante pour cette « pétro-république » d'Afrique centrale d'à peine 1,8 millions d'habitants. Face à la crise, le gouvernement adoptera un Plan de relance économique qui reposerait sur « des réformes audacieuses [...] sur le plan fiscal et budgétaire » mais aussi sur la « promotion des partenariats public-privé ».
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Mais c'est bien sur le plan social que les Gabonais attendent de voir leur quotidien se transformer. Le chômage a grimpé en flèche et les logements promis par le PSGE n'ont même pas atteint 1% de livraison. Résultat, les bourses des ménages gabonais sont rabotées. Si l'on conjugue à cela au ralentissement du pays lors de la crise post-électorale suite à la réélection contestée du président gabonais Ali Bongo Ondimba, le pays couve une situation sociale explosive.
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Le défi, comme souligné par Emmanuel Issoze Ngondet dans sa déclaration de politique générale, se situe sur les chantiers de l'éducation, l'emploi, de l'égalité des chances et de la préservation de la paix et de la démocratie. Cette déclaration de politique générale a eu la faveur de 102 voix sur 108 votants. Le premier ministre se voit ainsi conforté à son poste et reçoit le quitus des députés. Mais dans l'urgence, c'est sur ses actes sociaux en faveur de la population qu'il sera jugé. Encore faut-il que ces actes là soient convaincants.