Aéronautique : comment la fabrication additive va bouleverser la supply chain

Sophie Arutunian
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Lors de la présentation de l'étude de Madeeli sur la fabrication additive, vous avez dit que cette technologie allait accélérer la restructuration de la supply chain. Comment ?
Il y a deux phénomènes qui se conjuguent : d'un côté, nous avons un tissu industriel qui doit déjà faire face aux besoins de montée en cadence et de réduction de coûts. Dans la région Occitanie, cet enjeu à lui tout seul va probablement entraîner une restructuration de la supply chain, qui doit composer avec un fort "émiettement" du tissu industriel. Ces TPE et PME doivent se consolider pour être robustes et pouvoir répondre à cet enjeu industriel.
De l'autre côté, il y a les fabrications additives, car il y en a plusieurs. Des technologies industrielles qui vont - indépendamment de notre premier sujet - entraîner des modifications, notamment sur la chaîne de valeur. On constate ce que j'appelle "l'effet Nespresso" : qui du fabricant de machine (cafetière / machine ALM) ou du fabricant de matière (capsule de café / poudre de métal) apporte le plus de valeur ? La création de la société Prismadd (groupe We Are Aerospace) où l'on a réuni dans une même entreprise un fabricant de matière, un fabricant de machines et un usineur est, en ce sens, assez significative. À titre de comparaison, aujourd'hui, dans les PME qui fabriquent des pièces en titane, on a rarement dans la même entreprise un producteur de titane, un producteur de machines à usiner et un usineur.
Ce sont ces deux éléments qui vont donc restructurer la supply chain?
On se retrouve en effet à la conjonction de deux événements : d'un côté la supply-chain qui doit monter en cadence avec une probable restructuration du tissu industriel de cette région et, de l'autre côté, la fabrication additive qui génère vraiment de nouvelles questions industrielles. Cela génère à mon sens une accélération de cette restructuration.
Est-ce que c'est une bonne nouvelle ?
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Difficile de prédire ce que sera la situation dans 10 ans mais, comme je suis un optimiste, je pense que oui. La mobilisation de tous les acteurs locaux est importante, comme en témoignent les diverses initiatives en cours. De plus, cela va forcer des discussions et des alliances qui, dans un monde établi, ont du mal à se faire. Aujourd'hui, on pourrait avoir l'impression que la restructuration se fait sous la contrainte et par peur de l'échec : "attention à la montée en cadence, attention à la réduction des coûts". L'arrivée de la fabrication additive est un moyen d'accélérer cette restructuration de manière positive, et il faut en profiter pour aller vite. Je ne pense pas qu'Airbus soit en danger. En revanche, le tissu de PME de cette région (qui représente quand même des dizaines de milliers d'emplois), pourrait être potentiellement en danger si les donneurs d'ordres décident d'aller chercher ailleurs les compétences, que ce soit en low cost ou bien en Allemagne, qui est en avance sur nous.
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Sophie Arutunian
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