L'entreprise libérée, illusion ou libération pour les salariés ?

Florine Galéron
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"Mettre en place une entreprise basée sur la confiance et la liberté du salarié représente une véritable révolution en interne", observe Mehdi Berrada, le directeur général du groupe Poult. En 2006, le fabricant de gâteaux fondé en 1883 a fait sensation en modifiant totalement son organisation du travail. Deux niveaux hiérarchiques ont été supprimés et notamment les chefs de ligne, chargés jusqu'alors d'inspecter le travail des opérateurs sur la chaîne de fabrication. Les salariés s'organisent entre eux pour le planning et ils peuvent intégrer l'incubateur interne du groupe pour y développer une innovation.
Cette organisation répond au concept d'entreprise libérée. Ce terme a été popularisé par Isaac Getz, professeur à l'ESCP Europe à partir de 2009. Il explique ainsi : "Il s'agit d'une entreprise où la majorité des salariés peuvent décider toutes actions qu'ils considèrent eux-mêmes comme étant les meilleures pour l'entreprise sans qu'elles soient nécessairement imposées par les décideurs ou une quelconque procédure. Notre étude montre que les entreprises qui ont su dépasser le modèle tayloriste et donner une liberté complète à leurs salariés ont battu des records de rentabilité."
"Chez Ekito, depuis 10 ans, les membres de l'équipe organisent leur temps, leur lieu de travail, expliquait Laurent Blondon, gérant de l'accélérateur privé toulousain en novembre dernier à La Grainerie lors d'une journée consacrée au bonheur au travail. Nous ne sommes pas dans un système hiérarchique où le n+1 doit en référer à son supérieur jusqu'à 'Dieu le père'. Les décisions sont prises par ceux qui en ont les compétences. Il n'y a pas de chef, donc tout le monde est chef."
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Une autre décision radicale a été prise au niveau financier : "Nous avons également décidé de ne pas attribuer de part variable individuelle. L'idée était d'enlever le côté mesquin de l'entreprise où l'on met une carotte aux cadres pour atteindre les objectifs. Nous présupposons au contraire l'implication des salariés. Nous versons une prime collective, en fonction du chiffre d'affaires, qui est la même pour tous. L'autre avantage de cette pratique est d'enlever la dimension financière dans les relations de travail. On ne touche pas de commission si on vend tel produit..."
Florine Galéron
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