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Economie - La Tribune MontpellierEnvironnement - La Tribune Montpellier

Ce qu’on fait en Languedoc-Roussillon pour les 84 millions de m3 d’eau qui manquent

Photo de Cécile Chaigneau

Cécile Chaigneau

Publié le 05 juillet 2021 à 16:18 - Mis à jour le 05 juillet 2021 à 16:35

Le fleuve côtier du Tech, à Céret, dans les Pyrénées-Orientales

Le fleuve côtier du Tech, à Céret, dans les Pyrénées-Orientales.

Syndicat mixte de gestion et d’aménagement Tech-Albères

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Comment satisfaire tous les usages de l’eau en Languedoc-Roussillon en préservant un débit suffisant dans les rivières et les nappes souterraines quand il manque 84 millions de m3 d’eau ? Sur le pourtour méditerranéen, la question devient cruciale et les plans de gestion de la ressource en eau indispensables. Explications avec l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.

Les territoires méditerranéens constituent un hot spot mondial du changement climatique. Et personne ne peut le contester : le changement climatique va accroître les tensions sur l'eau. A l'horizon 2050-2070, le débit moyen des principales rivières de France devrait diminuer d'au moins 10 à 40 %.

C'est l'état des lieux que fait l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse avant de rappeler que dans la partie méditerranéenne de la région Occitanie, ce ne sont pas moins de 81 millions de m3 d'eau qui manquent pour satisfaire l'ensemble des usages sur les bassins versants tout en laissant un débit suffisant dans les rivières pour préserver la qualité de l'eau et la vie biologique, et plus de 3 millions de m3 qui manquent dans les nappes souterraines.

L'Agence de l'eau donne quelques repères : les prélèvements annuels en eau en Languedoc-Roussillon représentent un volume total de 1,26 milliards de m3, dont 885 millions de m3 pour l'irrigation, 286 millions de m3 pour l'eau potable et 40,5 millions de m3 pour l'industrie.

« Une situation structurelle de manque »

« Le climat méditerranéen est un climat sec et le changement climatique aggrave les choses,rappelle Laurent Roy, directeur général de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse.La pluviométrie se concentrer sur des périodes violentes et alternent avec de longues périodes de sécheresse. L'été particulièrement, la tension sur la ressource en eau est plus importante. On va donc vers une situation de plus en plus tendue. 84 millions de m3 qui manquent, c'est une moyenne. On commente bien là une situation structurelle de manque. »

A cette problématique, les territoires ont répondu par la mise en œuvre, depuis 2015, de plans de gestion de la ressource en eau (PGRE), sortes de boîtes à outils pour préserver la précieuse eau, construits en concertation entre l'ensemble des usagers du territoire.

« Dans les bassins versants déficitaires, il est indispensable que tout le monde se mette autour de la table pour partager le diagnostic et se donner des objectifs en termes d'économie d'eau,ajoute Laurent Roy.Les actions peuvent porter sur des économies d'eau grâce à des travaux sur les canalisations d'eau potable - dans certaines communes, elles ont un rendement inférieur à 50%, ce qui signifie que plus de la moitié de l'eau se perd - ou l'usage d'eau de pluie pour arroser. Dans l'agriculture, on incite à adopter des modes d'irrigation les plus économes possibles. Dans le tourisme, les gestionnaires de camping doivent faire attention à l'arrosage ou au remplissage des piscines...Les PGRE sont une première étape incontournable et structurante, même si leur mise en œuvre peut être complexe. Sur le bassin Rhône-Méditerranée, on devait faire 70 PGRE et 60 sont réalisés aujourd'hui. Premier bilan : au cours des dix dernières années, 347 millions de m3 d'eau économisés par an, soit l'équivalent 70 % des prélèvements annuels pour l'eau potable sur le territoire Languedoc-Roussillon, en particulier grâce à des travaux sur les réseaux d'eau potable et sur les canaux d'irrigation agricole. »

Les équipements de substitution des prélèvements (retenues de stockage ou équipements de transfert d'eau) ont également fortement progressé. Depuis 2015, l'agence de l'eau a financé 55 ouvrages de substitution en lien avec les PGRE, dont 34 pour des usages agricoles. Ils ont permis de substituer 52 millions de m3 d'eau pour 192 millions d'euros de travaux.

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Les campings aussi économisent l'eau

Le Languedoc-Roussillon, à lui seul, compte aujourd'hui 14 PGRE, dont 11 sur des bassins versants et 3 sur des nappes d'eau souterraines.

« Sur le Languedoc-Roussillon, l'objectif est d'économiser 81 millions de m3 et aujourd'hui, on a dépassé les 50 millions de m3 »,précise le directeur général de l'agence de l'eau.

Exemple : le PGRE sur la nappe souterraine de l'Astien, dans l'Aude. La cinquantaine de campings installés entre la basse vallée de l'Aude et l'étang de Thau est l'une des principales sources de prélèvement d'eau dans cette nappe, ce qui engendre des déficits en eau compris entre 400.000 et 700.000 m3/an.

Le PGRE prévoit des actions d'économie d'eau dans les campings (mise en place d'équipements de comptage, optimisation de la gestion des espaces verts afin de limiter les arrosages ou recyclage des eaux des piscines), pour un investissement de
13,2 millions d'euros sur trois ans dont 6,5 millions apportés par l'agence de l'eau. Les travaux de réduction des fuites sur les réseaux d'eau potable des collectivités s'élèvent quant à eux à 1,8 million d'euros. Et pour les activités agricoles, soumises à des sécheresses récurrentes, plusieurs projets de substitution sont prévus à partir de ressources moins tendues comme le Rhône. Ce sont 600.000 m3 d'eau qui ne seront ainsi plus prélevés dans la nappe astienne.

« On n'est pas au bout de nos peines ! »

Quant au Syndicat mixte de gestion et d'aménagement Tech-Albères (SMIGATA), il a engagé en 2013 un PGRE avec les acteurs du territoire. Tous les usages de l'eau sont concernés par des mesures d'économie d'eau. Par exemple, pour l'usage irrigation, qui prélève 85% des volumes annuels, l'objectif est de réaliser 19,5 millions de m3 d'économie, notamment grâce à la réparation de fuites et la modernisation des canaux d'irrigation.

A ce jour, les acteurs locaux ont déjà économisé 16 millions de m3 par an. Mais le territoire reste vigilant car la tension sur la ressource semble s'aggraver.

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Globalement, si un satisfecit peut en effet être exprimé, la vigilance reste de mise, selon Laurent Roy : « Ce n'est pas facile car tout le monde n'est pas toujours d'accord et chacun veut défendre son accès à l'eau. Mais même si les négociations sont compliquées, on y arrive et les PGRE se réalisent, et il n'y a pas de recours en justice. Cela montre que la démarche de concertation porte ses fruits. Le bilan est positif mais on n'est pas au bout de nos peines et avec le changement climatique, ça va devenir de plus en plus dur, donc il faut renforcer l'effort ! ».

Cécile Chaigneau

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