Ce qu’on fait en Languedoc-Roussillon pour les 84 millions de m3 d’eau qui manquent

Le fleuve côtier du Tech, à Céret, dans les Pyrénées-Orientales.
Syndicat mixte de gestion et d’aménagement Tech-Albères

Le fleuve côtier du Tech, à Céret, dans les Pyrénées-Orientales.
Syndicat mixte de gestion et d’aménagement Tech-Albères
Les territoires méditerranéens constituent un hot spot mondial du changement climatique. Et personne ne peut le contester : le changement climatique va accroître les tensions sur l'eau. A l'horizon 2050-2070, le débit moyen des principales rivières de France devrait diminuer d'au moins 10 à 40 %.
C'est l'état des lieux que fait l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse avant de rappeler que dans la partie méditerranéenne de la région Occitanie, ce ne sont pas moins de 81 millions de m3 d'eau qui manquent pour satisfaire l'ensemble des usages sur les bassins versants tout en laissant un débit suffisant dans les rivières pour préserver la qualité de l'eau et la vie biologique, et plus de 3 millions de m3 qui manquent dans les nappes souterraines.
L'Agence de l'eau donne quelques repères : les prélèvements annuels en eau en Languedoc-Roussillon représentent un volume total de 1,26 milliards de m3, dont 885 millions de m3 pour l'irrigation, 286 millions de m3 pour l'eau potable et 40,5 millions de m3 pour l'industrie.
A cette problématique, les territoires ont répondu par la mise en œuvre, depuis 2015, de plans de gestion de la ressource en eau (PGRE), sortes de boîtes à outils pour préserver la précieuse eau, construits en concertation entre l'ensemble des usagers du territoire.
Les équipements de substitution des prélèvements (retenues de stockage ou équipements de transfert d'eau) ont également fortement progressé. Depuis 2015, l'agence de l'eau a financé 55 ouvrages de substitution en lien avec les PGRE, dont 34 pour des usages agricoles. Ils ont permis de substituer 52 millions de m3 d'eau pour 192 millions d'euros de travaux.
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Le Languedoc-Roussillon, à lui seul, compte aujourd'hui 14 PGRE, dont 11 sur des bassins versants et 3 sur des nappes d'eau souterraines.
Exemple : le PGRE sur la nappe souterraine de l'Astien, dans l'Aude. La cinquantaine de campings installés entre la basse vallée de l'Aude et l'étang de Thau est l'une des principales sources de prélèvement d'eau dans cette nappe, ce qui engendre des déficits en eau compris entre 400.000 et 700.000 m3/an.
Le PGRE prévoit des actions d'économie d'eau dans les campings (mise en place d'équipements de comptage, optimisation de la gestion des espaces verts afin de limiter les arrosages ou recyclage des eaux des piscines), pour un investissement de 13,2 millions d'euros sur trois ans dont 6,5 millions apportés par l'agence de l'eau. Les travaux de réduction des fuites sur les réseaux d'eau potable des collectivités s'élèvent quant à eux à 1,8 million d'euros. Et pour les activités agricoles, soumises à des sécheresses récurrentes, plusieurs projets de substitution sont prévus à partir de ressources moins tendues comme le Rhône. Ce sont 600.000 m3 d'eau qui ne seront ainsi plus prélevés dans la nappe astienne.
Quant au Syndicat mixte de gestion et d'aménagement Tech-Albères (SMIGATA), il a engagé en 2013 un PGRE avec les acteurs du territoire. Tous les usages de l'eau sont concernés par des mesures d'économie d'eau. Par exemple, pour l'usage irrigation, qui prélève 85% des volumes annuels, l'objectif est de réaliser 19,5 millions de m3 d'économie, notamment grâce à la réparation de fuites et la modernisation des canaux d'irrigation.
A ce jour, les acteurs locaux ont déjà économisé 16 millions de m3 par an. Mais le territoire reste vigilant car la tension sur la ressource semble s'aggraver.
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Globalement, si un satisfecit peut en effet être exprimé, la vigilance reste de mise, selon Laurent Roy : « Ce n'est pas facile car tout le monde n'est pas toujours d'accord et chacun veut défendre son accès à l'eau. Mais même si les négociations sont compliquées, on y arrive et les PGRE se réalisent, et il n'y a pas de recours en justice. Cela montre que la démarche de concertation porte ses fruits. Le bilan est positif mais on n'est pas au bout de nos peines et avec le changement climatique, ça va devenir de plus en plus dur, donc il faut renforcer l'effort ! ».
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