Alors que les pluies reviennent sur le nord de la France, elles évitent soigneusement le pourtour méditerranéen. Et ce n’est pas une bonne nouvelle. Dans les Pyrénées-Orientales, la situation se tend. Le département pourrait devoir gérer ce qui ressemble à une guerre de l’eau autour des usages du rare et précieux liquide.Ce n'est pas encore la guerre de l'eau mais cela commence à y ressembler. Dans les Pyrénées-Orientales, l'inquiétude est palpable et les tensions se font jour. Pour l'agriculture d'abord. En février l'humidité contenue dans les sols était au niveau de ce qu'elle est habituellement au mois d'août... La couverture neigeuse des montagnes, qui alimente en particulier la vallée de la Têt, est éloignée des standards et les réservoirs (Bouillouses, Vinça et Caramany) sont loin d'avoir fait le plein.
Gestionnaire des retenues et usines de production d'électricité de la vallée de la Têt, la Société Hydro-Électrique du midi (SHEM) a mis ses usines à l'arrêt, faute d'eau.
«Il nous reste un million de mètres cubes sur le barrage des Bouillouses, que nous sommes obligés de conserver pour la sécurité de nos installations, pour éviter qu'elles gèlent, pour l'approvisionnement en eau portable de Font-Romeu et pour le maintien des débits réservés dans la Têt,détaille Bertrand Loock, responsable du service gestion de l'énergie de l'entreprise.
Si l'activité est "météo-dépendante", c'est la première fois qu'une rupture de production se produit au mois de mars. « Même si la demande n'est pas très importante en mars, nous avons habituellement des stocks pour répondre ponctuellement », ajoute Bertrand Loock. Quant au remplissage à venir, là encore, l'équation est complexe.
Le spectre d'arbitrages douloureux
«Le manteau neigeux est très insatisfaisant jusqu'à aujourd'hui. Il doit pouvoir nous apporter entre deux et quatre millions de mètres cubes sur les 16 du barrage. Et quand on regarde les prévisions météo telles qu'elles sont envisagées début mars, il y a 50% de probabilité que nous arrivions à remplir le barrage à moitié cette année», analyse le responsable du service gestion de l'énergie de la SHEM.
Il faut donc s'en remettre à la pluie de ces prochaines semaines et le spectre d'une catastrophe et d'arbitrages douloureux dans les champs n'est donc plus un fantasme. Pourraient ainsi se multiplier les situations connues l'an passé dans les vergers, le long du Tech où certains agriculteurs ont été contraints de sacrifier des parcelles nouvellement plantées pour sauver leur récolte.