Le mois de mars était en quelque sorte la dernière chance pour que l’année puisse se passer sans trop de casse. Mais il n’a pas plu. Tout le département des Pyrénées-Orientales est aujourd’hui au pied du mur, agriculture en tête, et la dérogation du préfet pour de diminuer les débits réservés sur la Têt n’y change rien.Sans pluies notables depuis près d'un an maintenant - il est tombé 300 millimètres à Perpignan au lieu de 600 en moyenne -, le département des Pyrénées-Orientales est aujourd'hui au pied du mur. Un mur très haut en premier lieu pour l'agriculture.
L'ensemble du territoire est en alerte renforcé depuis l'été dernier, dernier niveau avant le stade de crise qui priorise l'eau potable sur tout le reste, comme l'a rappelé Nicolas Gracia, vice-président du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales, en charge de l'eau, lors d'une réunion tenue à Saint-Estève à l'instigation du journal hebdomadaire L'Agri le 6 avril.
Du côté des réserves, c'est presque cale sèche. Moins de 4 millions de mètres cubes sur une quinzaine au Lac des Bouillouses qui a dû, et c'est une première, stopper la production d'électricité en mars. Seulement 8 millions de mètres cubes au lac de Vinça sur 18, et le lac de Caramany est loin d'être à moitié plein...
Le problème des canaux d'irrigation rendus étanches
«C'est la faute aux écologistes puisqu'il a fallu laisser couler l'eau dans la rivière cet hiver au lieu de remplir les barrages», s'emportait David Massot, président de l'ASA du canal de Thuir, l'une des associations autorisées qui gèrent les canaux et les systèmes d'irrigation sous pression, au cours de la même réunion.
En novembre dernier, le tribunal administratif de Montpellier avait en effet cassé un arrêté préfectoral abaissant le débit réservé de la Têt, fleuve dont dépend une grande parie du maraîchage et de l'arboriculture, à 600 litres par seconde au lieu de 1.200 en période d'étiage : ce débit réservé est donc ramené à 1.500 litres, quand France Nature Environnement réclamait 2.000 litres...
«Un tel débit réservé ne pose pas de problèmes pour une année pluvieuse, une année "habituelle"maiscela va être très compliqué, pour une année comme 2022, ce sera même catastrophique pourl'agriculture», analyse alors Jean Bertrand, en charge du dossier eau à la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales.
Si l'État a fait appel de la décision du tribunal, poussé et accompagné par la Chambre d'agriculture, celui-ci n'est pas suspensif.