Chypre, une île (qui était) bénie des traders de pétrole

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Lever du soleil sur une plage de Larnaca (Chypre). Copyright Reuters
Lever du soleil sur une plage de Larnaca (Chypre). Copyright Reuters
Chypre, qui va passer sous la tutelle sévère de Bruxelles pour l'application d'un plan d'austérité en échange d'une aide financière, risque de voir partir certaines sociétés de trading de pétrole qui avaient été séduites par sa discrétion et sa fiscalité.

Le trading sur les matières premières rime en général avec Suisse. Plutôt Genève, non loin du lac Léman, pour les activités de négoces, et plutôt Zug pour la domiciliation des sièges, un canton réputé pour sa discrétion et sa faible imposition. Glencore, l'une des plus importantes sociétés de négoce de matières du monde, y a élu domicile il y a quelques années.

Des acteurs aussi puissants que discrets

Ce que l'on sait moins, c'est que Chypre était devenue ces dernières années une destination prisée de ces acteurs aussi puissants que discrets, notamment ceux opérant dans l'or noir. C'est Javier Blas, notre confrère spécialisé en matières premières au Financial Times, qui indique que Mercuria et Gunvor, qui figurent parmi les cinq plus importants acteurs mondiaux du secteur, y avaient installé leur quartier général. Un autre acteur important, Vitol (dont le siège est en Suisse) y avait aussi développé des activités de trading et de négoce. Ou beaucoup moins connue Island Oil, installée à Limassol, opérant en Grèce, en Russie (Odessa), et en Ukraine, plutôt spécialisée dans le trading du fret et le négoce de tankers, qui transportent le pétrole dans le monde entier. En effet, le pavillon chypriote est très compétitif.

"Seulement quelques milliers d'euros"

Les patrons de ces sociétés gardent leur calme face à la tempête qui agite l'île, sous la forme d'un deuxième plan d'aide qui va ratiboiser les comptes supérieurs à 100.000 euros des résidents et autres non résidents, détenus dans deux banques en faillite. L'un des actionnaires principaux de Gunvor, Gennady Timchenko, confiait même à la Neue Zürcher Zeitung que sa société était exposée à hauteur de « seulement quelques milliers d'euros ». Ah bon !

Chypre est en effet davantage un hub financier qu'un paradis comme les îles Caïman. Et puis, s'il y a bien une catégorie d'opérateurs en général fort bien informés et en conséquence bien avisés, ce sont les traders. Alors pourquoi s'établir sur cette île méditerranéenne? Certes, le climat y est doux et le calme règne sur ce micro-état de la zone euro. Surtout, les autorités étaient réputées discrètes vis à vis du monde de affaires et pratiquaient une fiscalité attractive, ce qui ne fait pas en soi un paradis fiscal mais en est la condition minimale.

Or la discrétion est dans l'ADN du trading. Tout le bruit actuel médiatique qui a fait connaître Chypre à l'échelle de la planète leur déplaît. Et le cinquième plan d'aide européen et du FMI va plonger l'économie de l'île dans la récession. Le débarquement chaque trimestre des experts en attachés-case de la troïka pour mesurer les progrès de l'imposition de la potion amère de l'austérité devrait pousser nos courtiers vers d'autres cieux.

Singapour, une île où il est facile de faire des affaires

Des cieux plutôt asiatiques, selon Javier Blas. Singapour pourrait en effet devenir la destination favorite des sociétés de trading en pétrole. Trafigura, l'une des premières du secteur, s'y est installée l'année dernière, même si une équipe reste en Suisse. Et le géant minier australo-britannique BHP Billiton y a déjà rapatrié son activité négoce de minerai de fer et de charbon auparavant basée dans le port néerlandais de La Hague. Singapour offre une fiscalité attractive pour les activités de trading (5% contre 10% à Genève et 24% à Londres), des conditions d'enregistrement rapide et à prix compétitifs. Bref, une île où "il est facile de faire des affaires". Sans compter qu'elle est située au c?ur du continent qui réalise aujourd'hui l'essentiel de la croissance économique mondiale ! Chypre est bien loin.

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Commentaires
a écrit le 27/03/2013 à 14:16 :
"Or la discrétion est dans l'ADN du trading." Pourquoi ? Ont ils des choses à cacher ? Leur activité est elle répréhensible ou illégale ? Si ce n'est pas le cas, ils n'ont pas de raison de partir. Dans le cas contraire, cela signifie qu'il y a intérêt soit à les interdire, soit à les contrôler beaucoup plus sérieusement.
Réponse de le 27/03/2013 à 16:57 :
Pour les traders de viande, la discrétion est dans leur ADN, comme celui du cheval est dans le boeuf...
a écrit le 27/03/2013 à 13:16 :
Ben , oui, tout a une fin.....!ils iront voir ailleurs !
a écrit le 27/03/2013 à 12:31 :
Et les "traders" de viande, ils iront où ?
Réponse de le 27/03/2013 à 16:55 :
Et on va faire comment pour acheter notre minerai de bidoche ?
a écrit le 27/03/2013 à 12:31 :
Mazette, j'ai l'impression que la moitié des traders de la planète sont en train de déménager à Singapour. Et là bas, la population commence à se plaindre.. de tous ces étrangers( ce qui est comique vu qu'il n'y a que des immigrés).
a écrit le 27/03/2013 à 11:17 :
A propos de pétrole, ci dessous les dernières projections de Jean Laherrère :
http://iiscn.files.wordpress.com/2013/03/laherrere_all_liquids_production_1900-2200.jpg
Article complet :
http://tribune-pic-petrolier.org/wp-content/uploads/2013/03/oilgasprodforecasts-JL-1.pdf

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