{REPLAY} Reportage au cœur de l'unique lycée de l'espace français

Florine Galéron

Florine Galéron
Ce jeudi après-midi au lycée Pierre-Paul Riquet de Saint-Orens, c'est exposé de revues de presse pour les 35 élèves de seconde de la classe "Espace et Explorations". lls ont 15 ans à peine et évoquent sans sourciller la dernière mission d'Elon Musk, l'entrepreneur-star de Space X, ou la découverte d'"un trou noir dans une galaxie isolée". Charlotte et Emma ont agrémenté leur présentation de tweets de Barack Obama et d'une vidéo piochée sur le site de la Nasa. À la fin de l'exposé écouté dans un silence religieux par les élèves, les questions fusent. "Je n'ai pas eu le temps de noter, est-ce que tu peux me rappeler la taille du cratère ?", s'enquiert un élève. Puis vient une question du professeur de français : "Avec l'existence de ce trou noir, peut-on imaginer l'existence de temps parallèles comme l'évoquent plusieurs ouvrages de fiction?".
Revue de presse spatiale pour la classe "Espace et exploration" (Crédit : Rémi Benoit).
Philippe Gautier est l'un des enseignants fondateurs de cette filière unique en France, née il y a 8 ans :
Tous les élèves de seconde du lycée public suivent un enseignement axé "spatial" 1 heure et demie par semaine. Les 35 élèves de la classe Espace et Explorations bénéficient eux d'une après-midi dédiée et d'autres temps forts tout au long de l'année : visite des installations scientifiques au Pic du Midi, sortie à la Cité de l'Espace...
Au mois de juin, 10 lycéens toulousains (5 de Saint-Orens et 5 du lycée Stéphane Hessel de Toulouse) ont eu la chance d'aller à Houston, au Texas, avec des camarades venus des États-Unis et de Singapour pour assister à un séminaire international dédié à la vie sur Mars. Les participants de la "Youth mission to Mars" ont du présenter une charte de "vivre ensemble" sur la planète rouge. Depuis plusieurs mois, les élèves planchent sur différents défis que pose la vie sur Mars : nourriture, coexistence des différentes cultures et religions, respect de l'environnement...
Pendant leur scolarité, les lycéens sont aussi en contact direct avec les grands comptes du secteur à Toulouse : Airbus Defence & Space, Thales Alenia Space ou le Cnes.
Pendant l'une des sessions de classe en entreprises, les élèves ont pu ainsi découvrir les salles blanches de Thales Alenia Space. Le fabricant de satellites, confronté à des problématiques de recrutement, espère de son côté susciter des vocations :
Philippe Gautier, le professeur, complète : "Les entreprises du secteur spatial ont du mal à recruter, souvent parce qu'il y a beaucoup d'idées reçues sur les métiers du spatial. Les gens connaissent la figure de l'astrophysicien. Mais nous voulons montrer aux élèves qu'il existe beaucoup d'autres métiers y compris de techniciens, de commerciaux ou dans le domaine des applications spatiales."
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Philippe Gautier et Christine Bourdeau encadrent les élèves de la section espace (Crédit : Rémi Benoit).
Le lycée a d'ailleurs réalisé un site des métiers du spatial. Depuis sa création, la filière est parrainée par le spationaute Thomas Pesquet, qui doit embarquer en novembre prochain à bord de la station spatiale internationale (ISS) et qui a réalisé une partie de ses études à Toulouse au sein de l'Isae-Supaero. "Je suis fascinée de voir qu'il en est arrivé là. Ça donne envie de croire à ses rêves", lance Emma, qui aimerait devenir médecin.
Donner de l'ambition à ces jeunes et notamment aux filles, c'est l'autre enjeu de cette filière, sachant que les écoles d'ingénieurs n'accueillent que 30 % de filles, freinant ensuite la parité en entreprises :
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De son côté, le lycée de Saint-Orens reçoit chaque année plus de 90 dossiers, trois fois plus que le nombre de places disponibles. À l'arrivée, l'effectif est totalement paritaire et les élèves sont recrutés sur leur motivation. Tous n'étaient pas des aficionados du spatial. Charlotte, 15 ans, a découvert l'existence de cette classe un peu par hasard : "C'est mon lycée de secteur. À l'occasion des portes ouvertes l'an dernier, on nous a présenté cette section." À l'issue de la seconde, 80 % des élèves de la classe E2 se dirigent vers un bac scientifique. Mais l'école cherche à acquérir des données chiffrées sur le devenir des élèves à la fin des études supérieures.
Le lycée veut réaliser une étude sur le devenir des secondes section espace dans le supérieur (Crédit : Rémi Benoit).
Florine Galéron