Bercy, ce ministère maudit...

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Voilà près de quinze ans que les gouvernements s'échinent à trouver la bonne formule pour organiser Bercy. Sans grand succès.

Bercy, le ministère maudit ? Voilà près de 15 ans que les exécutifs, de gauche comme de droite peinent à trouver la formule pour ce ministère stratégique. Pour paraphraser François Mitterrand qui avait déclaré que « s'agissant de la lutte contre le chômage, on a tout essayé », on peut dire que pour Bercy, tout a été essayé.
Comment organiser le « paquebot » ? Faut-il un super patron de Bercy ? Un politique de premier rang ? C'est mieux qu'il y ait un capitaine, à la tête de ce qui constitue nécessairement une équipe, de taille plus ou moins grande, selon les gouvernements. Sinon, ça tire à hue et à dia, ce qui se voit clairement aujourd'hui, avec la confrontation entre Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg. Mais le risque est alors, pour le Premier ministre et le président de la République, d'avoir affaire à une véritable forteresse.

Le temps de DSK
Il fut un temps où le ministère fonctionnait bien, de l'avis de la plupart des élus, toutes tendances confondues. C'était celui de DSK. Il y avait un seul patron, incontesté. Nommé en 1997, Strauss Kahn n'a eu de cesse de réduire à la portion congrue le ministère de l'industrie, dont il a rogné fortement l'autonomie administrative. Un simple secrétaire d'Etat à l'industrie, Christian Pierret fait alors l'affaire. Quant au budget, il est confié au secrétaire d'Etat Christian Sautter, qui a pour lui d'être bon technicien et de ne pas prétendre faire de l'ombre au « patron ».
La toute puissance de Bercy, crainte de tout premier ministre ? Elle est contrebalancée alors par celle du ministre de l'Emploi, Martine Aubry, qui sait contrecarrer son homologue dans les débats internes au gouvernement. Et sur la scène publique.

Tout se gâte...
Tout se gâte avec la mise en examen de DSK, à l'automne 1999 (affaire de la Mnef), et son départ du gouvernement. La martingale semble perdue.... La structure reste la même, mais Christian Sautter, qui succède à Strauss-Kahn, ne fait pas vraiment l'affaire, en tant que ministre de l'Economie et des Finances. La preuve qu'une bonne organisation ne suffit pas : c'est évidemment, aussi et surtout, une question d'hommes.

Séparer l'Economie et le Budget

Avec le retour d'un gouvernement de droite, en 2002, une nouvelle formule est testée : celle de la séparation entre l'Economie et le Budget. C'est une façon pour Jacques Chirac, -qui revient pleinement aux affaires- d'éviter le syndrome de la forteresse. En outre, pour l'ex-maire de Paris, un politique n'est pas à même de gérer l'économie. Pour diriger Bercy, il faut un grand patron, tranche Chirac. Une façon de se border, d'éviter encore plus toute tentative hégémonique de la part de ce ministère toujours prompt à vouloir s'imposer. Désigné par Jacques Chirac, Francis Mer, connu pour avoir dirigé Usinor, se lance à sa manière, curieuse. « Je n'ai pas les codes » (des politiques) reconnaît-il alors.
Avec le ministre du Budget, Alain Lambert, ce serait exagéré d'évoquer une mésentente : ils ne se parlent tout simplement pas. Bref, l'attelage ne fonctionne mal.

Un court épisode Sarkozy
Au printemps 2004, un certain Nicolas Sarkozy prend la tête du ministère de l'Economie. Mais il doit quitter Bercy quelques mois plus tard, car il s'est fait élire président de l'UMP.
Il est remplacé par Hervé Gaymard, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ne parvient pas à s'imposer, avant se faire éjecter pour occupation d'un appartement surdimensionné, aux frais de l'Etat.
Thierry Breton le remplace. Un autre patron tenté par la politique, dont les rapports avec le ministre du Budget, Jean-François Copé, sont plutôt tendus.

 L'Emploi à Bercy
Arrivé au pouvoir en mai 2007, Nicolas Sarkozy sait parfaitement ce qu'il veut faire de Bercy. Il a acheté l'idée de Jean-Louis Borloo que l'Emploi et l'Economie doivent être dans la même sphère, les deux étant évidemment liés. Va pour un secrétariat d'Etat à l'emploi rattaché à Bercy, et confié à Laurent Wauquiez. Mais figure aussi, dans le gouvernement, un ministre du Travail, qui, lui, n'a rien à voir avec Bercy.... Wauquiez peine un peu, du coup, à trouver se place.

Borloo inadapté

Pour prendre la tête de l'Economie, le nom de Jean-Louis Borloo s'impose, bien sûr. Sauf que, après moins deux mois, preuve est faite de son inadaptation totale à ce ministère. Il est exfiltré à l'Ecologie, et remplacé par Christine Lagarde. Celle-ci vient, tout comme Francis Mer et Thierry Breton, de la société civile. Elle parle couramment l'anglais, ce qui facilite les négociations internationales, mais multiplie les bourdes politiques. Avec Eric Woerth puis François Baroin, les relations sont complexes. La politique fiscale fait l'objet de bisbilles. Elle est théoriquement définie par le ministre de l'Economie, mais c'est celui du Budget - qui n'a pas de lien fonctionnel avec l'Economie - qui est chargé de la mettre en ?uvre, de la faire approuver par les parlementaires lors des votes des lois de finances...

Réunifier Bercy, préconise Michel Sapin
Peu après l'élection de François Hollande, avant la formation du gouvernement, l'un de ses proches parmi les proches, Michel Sapin, évoque la nécessité de réunifier Bercy. Il faut un capitaine, souligne-t-il. Le budget reviendra à nouveau sous l'autorité du ministre de l'Economie et des Finances, le vrai patron. Un retour à l'organisation des années Stauss-Kahn ? Sauf que... par ailleurs, François Hollande veut donner du lustre à l'action en faveur de l'industrie. Pour la « reconquête industrielle », il faut un ministère de plein exercice. Le ver est déjà dans le fruit...
Sans compter avec la personnalité des uns et des autres. Pierre Moscovici a beau avoir, sur le papier, la haute main sur le budget, et notamment la très stratégique politique fiscale, c'est sont ministre délégué, Jérôme Cahuzac, qui occupe tout ce terrain. Avant d'être mis KO pour avoir détenu un compte bancaire offshore...

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Commentaires
a écrit le 24/05/2013 à 16:45 :
je me souviens d'une interview de Jospin (sur sa carriere de premier ministre) sur Bercy,il était vert quand on lui a dit que les ministres devaient prendre rendez-vous avec les gars du trésor et qu'ils devaient faire anti-chambre.C'est dire rien de nouveau sur la planète.
a écrit le 23/05/2013 à 20:01 :
ce ministere il faut absolument le donner a melenchon mr le président ,cela est necessaire pour le redressement de la france
a écrit le 22/05/2013 à 17:35 :
Et les fautes d'orthographe dans cet article, on en parle..?
- c'est "sont" ministre délégué
- Bref, l'attelage "ne fonctionne mal"
a écrit le 19/05/2013 à 11:12 :
Ce ministère est il maudit? Ou bien est ce à cause des erreurs de casting à répétition?

Tant que l'on mettre des avocats et des énarques à l'industrie on ne redressera rien dansce pays!
Réponse de le 23/05/2013 à 19:47 :
je pense plutot que ce soit des incompetents qui veulent en mettre plein leur poches
a écrit le 18/05/2013 à 11:45 :
l'un d'eux avait été nommé sur un siège éjectable. quand on veut maîtriser un élément , on le met dans ses troupes et le moment venu il s'en va de lui même car il ne peut tenir.c'est une pratique vieille comme le monde
a écrit le 18/05/2013 à 7:47 :
Une stratégie et un chef. !!!!!!
a écrit le 18/05/2013 à 0:03 :
Pour le paquebot Bercy, Mosco c'est un peu l'équivalent du commandant du Concordia...
a écrit le 17/05/2013 à 18:36 :
Et s'ils commençaient d'abord par réduire un peu ce "machin"... Ce serait surement plus facile a piloter, et ca userait moins la population...
a écrit le 17/05/2013 à 17:31 :
Giscard a fait polytechnique et a une vision de l'avenir. Apres des études de droit les connaissances permettent-elles des innovations en entreprise créatrice d'emploi ? Ou alors prenons NANARD ; Il connait les deux faces !!!
a écrit le 17/05/2013 à 16:22 :
fabius et junior savent creer de la valeur, et ils connaissent les trucs des fraudeurs fiscaux.
C est eux les patrons qu il faut, ou bien cahuzac.
Moscovici et montebourg n ycomprennent rien
a écrit le 17/05/2013 à 16:15 :
Giscard d'estaing était minitre de l'économie et des finances t ...mais c'est si loin !!
Réponse de le 18/05/2013 à 20:34 :
et l'emprunt Giscard est le début de nos déboires .... mais comme c'était mieux avant et que l'herbe est plus verte chez les autres :-)

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