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La deuxième conférence sociale sera-t-elle le prélude à une confrontation ?

Jean-Christophe Chanut

Publié le 19 juin 2013 à 16:05

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La seconde grande conférence sociale se tient jeudi 20 et vendredi 21 juin. Du côté des syndicats, la CGT est prête à mener la bataille contre la réforme des retraites. La centrale de Thierry Lepaon, qui a annoncé une journée de mobilisation pour la rentrée de septembre, se prépare à une confrontation avec le gouvernement. En revanche, la CFDT assume de plus en plus sa position réformiste même si elle rejette toute "cogestion" avec la majorité. Quant à FO, qui se sent lâchée, elle pourrait être tentée de...

" Ils vont venir, ils seront tous là car la Grande conférence sociale se tiendra !! Y aura même la CGT la fille maudite...".

Ce petit emprunt parodique à Charles Aznavour permet de planter le décor de la seconde grande conférence sociale qui se tiendra les 20 et 21 juin au Conseil économique, social et environnemental (Cese). L'Ambiance sera nettement plus morose que l'année dernière où les syndicats n'avaient pas caché leur joie d'accueillir François Hollande, fraichement élu à la présidence de la République... Il faut reconnaître que les confédérations avaient largement contribué à la défaite de Nicolas Sarkozy.

Même le Medef était sorti satisfait de la première conférence

Même le Medef était sorti satisfait de cette conférence sur un point : l'annonce de l'ouverture d'une négociation interprofessionnelle sur la flexibilité du marché du travail. Celle qui devait déboucher sur l'accord du 11 janvier 2013, transformé depuis en loi (elle a été publiée au « Journal Officiel » du 16 juin).

Cette année, il n'y aura plus du tout le même enthousiasme. La seconde édition intervient sur fond de hausse ininterrompue du chômage, d'un poids accru de la fiscalité (particuliers et entreprises) et d'une stagnation du pouvoir d'achat et de la consommation. Au menu de cette conférence : les réformes des retraites et de la formation professionnelle, les filières et emplois de demain, la construction de l'Europe sociale, etc. Autant de sujets qui fâchent et qui vont permettre d'étaler les divisions dans le camp syndical.

Une CGT crispée qui se radicalise

La CGT, d'abord. Bien que rassurée sur sa place de première confédération du pays, selon les résultats de la « mesure d'audience de la représentativité syndicale » connus depuis la fin mars 2013, la centrale de Thierry Lepaon - son nouveau secrétaire général qui a succédé dans la difficulté à Bernard Thibault - apparaît comme totalement isolée. La CFDT a refusé de travailler avec elle pour élaborer des positions communes de revendications. Idem avec FO qui a retrouvé son splendide et traditionnel isolement après avoir accepté un petit pas de deux avec la centrale de Montreuil pour tenter de s'opposer à la loi sur l'emploi. D'où une radicalisation de la CGT qui évoque « un rapport de forces » avec le gouvernement. Thierry Lepaon estimant que les salariés « doivent s'occuper de leurs affaires ».

Bref, l'idée d'organiser un grand mouvement social à la rentrée fait son chemin. D'ores et déjà, Thierry Lepaon a décidé d'une première journée de mobilisation début septembre. Une sorte de tour de chauffe... Plusieurs députés socialistes s'en inquiètent, surtout quand week-end après week-end, le PS perd chacune des élections législatives partielles. C'est donc une CGT très remontée qui va se présenter à la Conférence sociale, notamment sur le dossier des retraites avec les préconisations du rapport Moreau qu'elle conteste fortement. Pour la CGT, l'allongement de la durée de cotisation serait un casus belli, estimant que la vraie question « est celle de la répartition de la richesse entre le capital et le travail ».

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Une CFDT trop proche du pouvoir ?

Le cas de la CFDT est totalement différent. Depuis l'arrivée au pouvoir de la majorité socialiste, la centrale de François Chérèque, puis de Laurent Berger, est très écoutée. Elle vit même une sorte de lune de miel avec le gouvernement, même si Laurent Berger se défend de « toute cogestion » du pays, comme il a tenu à le préciser dans un entretien au journal « Le Monde » daté du 18 juin. Avec l'appui de la CFTC et de la CFE-CGC, elle revendique cependant de plus en plus ouvertement sa position réformiste. Elle a négocié et défendu l'accord interprofessionnel sur l'emploi, pour le plus grand bonheur du ministre du Travail Michel Sapin. Elle n'est pas contre un allongement de la durée de cotisation pour les retraites mais à certaines conditions : prise en compte de la pénibilité, réduction des inégalités pour les femmes, etc.

Surtout, elle plaide pour une réforme de fond tendant à faire converger les différents régimes actuels vers un dispositif unique. Cette proximité entre la CFDT et le gouvernement fait d'ailleurs grincer quelques dents en interne au PS. Certains ont jugé précipitée la nomination de François Chérèque à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et à la tête du think tank Terra Nova.... Proche du PS. Surtout que cette nomination était loin d'être la seule.

D'autres membres éminents de l'équipe Chérèque ayant rejoint des cabinets ministériels. « Il ne faudrait pas laisser dériver FO et fâché Mailly », lance ainsi un député PS. De fait, la centrale de Jean-Claude Mailly semble, elle aussi, tentée par une radicalisation, notamment sur le dossier des retraites. Dans la majorité, on prie donc le gouvernement de faire un geste en direction de FO. Notamment sur le chantier de la fonction publique où la centrale est bien implantée. Sinon, il serait dangereux de voir Force Ouvrière rejoindre la CGT, Solidaires (Sud) et la FSU dans un camp du refus dont la puissance de frappe à la rentrée de septembre pourrait être démultipliée par le ras le bol ambiant de la hausse du chômage... Division et risque de radicalisation de certaines organisations donc. Ce qui n'est pas de très bon augure pour la majorité en place...

Un camp patronal tonifié

A l'inverse, le camp patronal se présente à cette conférence sociale sous de meilleures auspices. Au Medef, la guerre des trois n'aura pas lieu, depuis le ralliement de Patrick Bernasconi et Geoffroy Roux de Bézieux à Pierre Gattaz qui a ainsi la quasi certitude de succéder le 3 juillet à Laurence Parisot à la tête de l'organisation patronale. Pour l'actuelle présidente, la conférence sociale sera d'ailleurs l'une de ses dernières sorties publiques. Elle sera certainement sur la même longueur d'ondes que son successeur pour réclamer, déjà, un deuxième accord sur l'emploi allant plus loin sur la flexibilité ainsi qu'une modification du financement de la protection sociale pour alléger les cotisations pesant sur les entreprises.

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La CGPME de Jean-François Roubaud réclamera elle aussi un allégement des cotisations et l'UPA (artisans employeurs) sera satisfaite d'un gouvernement qui a mis des bornes au statut de l'auto-entrepreneur. Certes, les organisations patronales souhaiteraient davantage de clarté dans la politique gouvernementale, notamment sur la fiscalité des entreprises. Mais, globalement, les dernières décisions de l'équipe de Jean-Marc Ayrault ont plutôt rassuré les entreprises. C'est, en tout cas, l'avis exprimé par Laurence Parisot. Reste à savoir si son successeur manifestera la même opinion une fois à la présidence... Si ce n'est pas le cas, le gouvernement va se retrouver « coincé » entre un pôle syndical radicalisé mené par la CGT et un « patronat de combat » prêt à s'opposer. Un mélange détonnant.

Jean-Christophe Chanut

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