Présenté dans des petits sachets, ses produits prêts à consommer à base de pâte d'arachide enrichie en protéines et vitamines ont révolutionné le traitement de la malnutrition aigüe et sévère des enfants. Nutriset les a mis au point à la fin des années 90 pour répondre à ce que les ONG appelaient « les morts du matin » dans les camps du réfugiés privés d'assistance sanitaire nocturne.
Redoutablement efficaces, ils sont devenus des standards mondiaux de l'aide alimentaire d'urgence. Une vingtaine d'usines les produisent à travers la planète, dont la moitié appartient au réseau du groupe normand. Aujourd'hui pourtant, leur disponibilité est en question. En cause, la baisse des budgets alloués par les gouvernements occidentaux à l'aide au développement mais surtout la disparition de l'USAID, orchestrée par Donald Trump dès son arrivée à la Maison blanche.
En supprimant cette agence, de loin la première contributrice de l'aide alimentaire dans le monde, le président américain a privé les organisations humanitaires internationales de « 10 milliards de dollars de crédits voués à la lutte contre la malnutrition sur les 14 que distribuaient les Etats-Unis », alerte Stéphane Doyon, responsable de programme chez Médecins sans Frontières rencontré par La Tribune sur le site rouennais de Nutriset où la situation se tend.
Centre de recherche et vaisseau amiral industriel de la firme, l'établissement a été dimensionné pour répondre rapidement « à des situations d'urgence extrêmes » telles que des arrivées massives de réfugié. Il n'a pas tardé à subir le contrecoup de la décision univoque des Etats-Unis avec une baisse vertigineuse des deux tiers de sa production en moins de deux ans qui l'a contraint à un plan social pour 25 de ses salariés (sur 155 dans l'usine).