« C'est un ébranlement généralisé dont l'ampleur des impacts est sans précédent ». Pourtant rompue à la gestion de crise, la directrice du département Engagement & impact du groupe Nutriset peine à trouver les mots pour décrire le tsunami qui s'est abattu sur les organisations humanitaires depuis que Donald Trump a décapité son agence de développement, l'USAID, qui était de loin le premier contributeur mondial de l'aide publique aux pays pauvres (environ 40% des crédits distribués). « Le robinet s'est fermé du jour au lendemain pour les ONG et les Nations Unies », relate Claire Fehrenbach atterrée.
Financements coupés, bureaux fermés, salariés licenciés sans sommation... Au motif d'un recentrage sur les intérêts américains et pour stopper des « dérives », le département Doge piloté par Elon Musk y est allé à la hache sans égard pour les conséquences sur les populations concernées, s'alarme de son côté Adeline Lescanne, directrice générale de Nutriset, interrogée par La Tribune. « Cela fait peser un risque vital sur des millions d'enfants, sans compter les effets de la malnutrition sur leur développement cognitif et sur le niveau de réponse à la vaccination », s'inquiète-t-elle.
Le groupe rouennais (250 salariés) étant le premier fournisseur de solutions nutritionnelles d'urgence pour l'ONU, l'avertissement peut être pris au sérieux. Son réseau qui compte 10 usines dans le monde a d'ailleurs senti le contrecoup du choc, dès la fin janvier. Faute de crédits, plusieurs de ses clients ont annulé leur commande auprès de son site normand -dont une de 3000 tonnes destinée au Yémen. Ailleurs, l'une des lignes de son usine au Nigeria a dû être stoppée net, faute d'obtenir un feu vert d'Action contre la Faim. « Les fermiers qui nous fournissent en matières premières vont aussi souffrir », déplore en écho Christian Troubé, directeur de la communication stratégique pour qui « Donald Trump a semé l'effroi et le chaos ».