Après le choc de l'annonce des couvre-feux, les professionnels plongés dans de nouvelles incertitudes

 |  | 911 mots
Lecture 5 min.
(Crédits : Jdussueil La Tribune)
Au lendemain de l'annonce du Président de la République de restreindre les sorties et déplacements dans neuf métropoles dès 21 heures, l'incompréhension règne chez les entreprises du secteur de l'hôtellerie et restauration et du monde de la Culture. Emmanuel Macron a tenté de rassurer avec de nouvelles mesures, mais dans le même temps, certains affirment déjà que les hypothèses du budget 2021 ne "sont plus tenables".

Ce sont pas moins de 20 millions de citadins français qui sont concernés dès samedi par les couvre-feux locaux annoncés par Emmanuel Macron lors d'une interview télévisée mercredi soir. L'Ile-de-France et huit métropoles (Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne) devront faire respecter la fermeture de l'ensemble des activités nocturnes dès le vendredi 16 octobre à minuit, entre 21 heures et 6 heures. Si cette mesure choc vise à ralentir la reprise de l'épidémie, elle aura des conséquences directes pour les professionnels des activités nocturnes. D'ores-et-déjà, ils ont fait entendre leur colère.

Les fédérations professionnelles du secteur hôtellerie-cafés-restauration (HCR) ont fustigé le couvre-feu, qui "équivaut à une refermeture des établissements" et est "lourde de conséquences pour le secteur".

"Cette nouvelle contrainte horaire, qui condamne le service du soir, a pour conséquence pure et simple d'obliger nos restaurants à fermer", estiment les professionnels du secteur qui réclame "un dispositif d'aides renforcées pour accompagner les trésoreries" et "des actes sur les loyers et les assurances".

"On paralyse le pays parce qu'il manque de la place dans les hôpitaux", a aussi déploré le président de l'Association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux, selon qui Emmanuel Macron n'a pas pris "la mesure de la crise hospitalière".

Lire aussi : Emmanuel Macron annonce des couvre-feux à Paris et dans huit métropoles entre 21h et 6 heures

Le Premier ministre, Jean Castex, accompagné des ministres de la Santé, Olivier Véran, de l'Intérieur, Gérald Darmanin, de l'Economie, Bruno Le Maire, et du Travail, Elisabeth Borne, doivent détailler ces nouvelles mesures lors d'une conférence de presse ce jeudi à 14H00.

Vers un régime de dérogations ?

Certaines mesures seront par ailleurs prises dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire qui a été rétabli mercredi par décret après avoir été imposé du 23 mars au 10 juillet.

A Paris, le plan du couvre-feu va s'organiser. Transports en commun, règles pour les taxis, verbalisation des restaurants et des bars: les services de la mairie et de la préfecture de police ont indiqué qu'ils travailleraient dès jeudi sur la mise en oeuvre des mesures annoncées avant une conférence de presse commune d'Anne Hidalgo et Didier Lallement, préfet de police, prévue vendredi en fin de matinée.

"On avance avec l'Etat", a assuré une proche d'Anne Hidalgo à l'AFP, alors que l'édile parisienne a indiqué sur Twitter qu'elle allait solliciter "la ministre de la Culture pour trouver des solutions ou des dérogations pour que les auteurs et les artistes du spectacle vivant puissent continuer à présenter au public leurs créations dans le strict respect des règles sanitaires".

Une nouvelle application, "2 à 3 jours de télétravail" et 150 euros

Le président a promis une nouvelle "stratégie" de tests pour "réduire drastiquement les délais", et annoncé que l'application de traçage StopCovid serait relancée le 22 octobre sous le nom "Tous anti-Covid".

Il a par ailleurs préconisé "deux à trois jours de télétravail par semaine" dans les entreprises où cela est possible, pour "réduire un peu la pression collective".

Alors que la crise fait basculer dans la pauvreté des centaines de milliers de personnes supplémentaires, Emmanuel Macron a enfin annoncé une aide exceptionnelle de 150 euros, augmentée de 100 euros par enfant, pour les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) et de l'aide personnalisée au logement (APL).

Des aides déjà mises en place pour la plupart

Du côté des aides plus ciblées, Emmanuel Macron a promis "des dispositifs de soutien supplémentaires", sur TF1 et France 2, mentionnant le chômage partiel et le fonds de solidarité, récemment élargi.

Une nouvelle liste de métiers représentant 75.000 entreprises supplémentaires va bénéficier de ce fonds pouvant aller jusqu'à 10.000 euros par mois, au-delà des 150.000 entreprises qui y étaient déjà éligibles, avait annoncé la semaine dernière le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

Il avait ajouté que les entreprises des secteurs concernés par les restrictions administratives pourraient aussi bénéficier du chômage partiel pris en charge à 100% jusqu'à la fin de l'année.

La question du financement du confinement nocturne

"Nous en avons jusqu'à l'été 2021 au moins avec ce virus, tous les scientifiques sont clairs", a prévenu Emmanuel Macron, en s'efforçant cependant d'envoyer un message positif alors que la défiance monte dans l'opinion.

Le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, a indiqué que se posera "très certainement la question du financement des mesures annoncées et qui seront précisées" par le Premier ministre, en évoquant la possibilité d'amender le budget 2021 en cours d'examen au parlement.

A l'Assemblée nationale où le budget devait être examiné au même moment, les oppositions ont largement critiqué ces annonces. Avec le couvre-feu, les "hypothèses" économiques du budget 2021 ne "sont plus tenables", a dénoncé la députée LR Véronique Louwagie, alors que la patronne du groupe PS, Valérie Rabault, a jugé que le couvre-feu allait "affecter économiquement les restaurants et les salles de spectacles", en pointant "un défaut d'anticipation". Un "budget mort-né", a encore dénoncé le LR Eric Woerth.

Lire aussi : Emmanuel Macron annonce des couvre-feux à Paris et dans huit métropoles entre 21h et 6 heures

(Avec AFP)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/10/2020 à 19:36 :
Oui mais s’il n’y avait pas eu cette mesure (couvre-feu) discutable quant à son efficacité pour éviter une nouvelle vague, le public aurait accusé nos responsables de ne pas avoir assez agi. Certes si on demandait aux gens réclamant d’être protégés quelles mesures selon eux il serait nécessaire de mettre en place, ils ne sauraient pas répondre. Alors si la deuxième vague arrive vraiment et que le nombre de lits de réanimation s’avère être insuffisant, ne vous étonnez pas si nos responsables, avant que d’être obligés, contraints et forcés, de reconfiner une bonne partie du territoire, prennent des mesures encore plus stupides que celle du couvre-feu.
a écrit le 15/10/2020 à 15:26 :
Apres avoir tondu le contribuable, micron va vous mettre a genoux.
Peuple de ruminants, en 22 votez mieux.
Réponse de le 15/10/2020 à 21:51 :
pff...aucun rapport avec le sujet...même chez les lr ou les socialos certains sont d' accord avec le confinement: si les français étaient plus disciplinés moins individualistes on en serait pas là...la responsabilité est collective...mais en France on a tellement l' habitude d' attendre tout de l' état
dans toute l' europe le couvre feu est plus ou moins mis en place...et en tchéquie il est bien plus dur qu 'ici ouvrez les yeux
a écrit le 15/10/2020 à 12:51 :
Que dire devant autant d'incompétence. L'objectif de sauver l'élection présidentielle va tourner à la catastrophe. Le président ne prend pas la mesure du problème qui ne concerne que les personnes agées et à "risques". Cependant, nous sommes tous mortels. Tuer les personnes par pauvreté, angoisse, suicide, solitude dans les Ehpad et j'en passe pour sauver qui? le système de santé mis à mal par les dirigeants de l'APHP, incapable durant 10 ans si ce n'est de faire du copinage et des baronies... Alors Macron tourne en rond à l'Elysée sans prendre les vraies décisions qui sont de changer maintenant et non de réformer nos hopitaux. Tuons les français non atteints du COVID .... créons de l'angoisse, traçons les malades avec des applications comme des pestiférés... (le mot est adapté), big brother en marche et cela les gouvernants en rêvent tous.
a écrit le 15/10/2020 à 9:04 :
La cupidité de notre classe dirigeante a mit la planète et son humanité à genoux, il faut espérer que tout ce cirque soit fait en fait pour imposer une décroissance indispensable pour la survie de notre espèce et non cette aberration sanitaire puisque le résultat est là, la croissance s'écroule et même si la politique oligarchique de l'offre fait fureur au sein de nos dirigeants ils ne vont pas pouvoir produire pour jeter éternellement quand même, même s'ils doivent y penser sérieusement.

J'y crois même si j'aurais préféré que l'on nous l'explique clairement, nous sommes à l'ère d'internet et même si nous sommes devenus trop amorphes pour nous révolter tandis que ce serait indispensable, tandis que la survie de l'humanité est en jeu, nous sommes en mesure de comprendre l'urgence environnementale. Du moins nous autres français et de nombreux autres peuples européens ancestraux, il est bien évident qu'un américain ne peut pas l'entendre cela, ni même un chinois ou un russe.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :