Ascoval : quelles chances de survie pour l'aciérie ?

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Le 22 octobre, Vallourec a officiellement refusé de soutenir le projet de reprise d'Ascoval par Altifort, spécialiste des pièces de haute précision basé dans la Somme et candidat a priori le mieux placé parmi les repreneurs.
Le 22 octobre, Vallourec a officiellement refusé de soutenir le projet de reprise d'Ascoval par Altifort, spécialiste des pièces de haute précision basé dans la Somme et candidat a priori le mieux placé parmi les repreneurs. (Crédits : Benoit Tessier)
En redressement judiciaire depuis janvier dernier, le sort de l’aciérie Ascoval à Saint-Saulve près de Valenciennes (281 salariés), est désormais entre les mains du tribunal. Lors de l’audience de ce mercredi 24 octobre au matin, les juges ont reporté l’audience au 7 novembre. Le dossier reste politiquement brûlant.

Dès l'annonce du renvoi de la décision au 7 novembre, les représentants des salariés dépêchés à Strasbourg ont élaboré leur plan de bataille. « On va mettre la pression sur Vallourec en bloquant les voies ferrées pour empêcher l'expédition des marchandises. Notre message est clair : Vallourec doit revenir à la table des négociations », a prévenu Olivier Burgnies, délégué syndical CFDT et représentant des salariés devant le tribunal de grande instance de Strasbourg.

Les quatre délégués du personnel présents à Strasbourg ont reconnu que l'arrêt de la production décidé à Saint-Saulve ne pourrait pas durer au-delà de la semaine prochaine, surtout en période de redressement judiciaire.

« Dans l'immédiat, nous voulons provoquer une réunion en présence des banques privées, de la BPI et de Vallourec. Si possible, dès la fin de cette semaine », annonce Olivier Burgnies. « On ne sait pas trop qu'attendre de l'État, on a juste l'impression qu'il suit les humeurs de Vallourec », poursuit-il. « Tout cela transpire de mauvaise foi. On veut que Vallourec revienne en tant qu'actionnaire, pas en tant que démolisseur ».

Vallourec, pièce maîtresse

Vallourec devient ainsi la pièce maîtresse dans ce dossier de reprise d'Ascoval à la barre du tribunal. Car historiquement, Ascoval était l'aciérie de Vallourec. Lors de sa reprise en janvier dernier par Schmolz + Bickenbach, l'aciérie avait été mise de côté car le groupe suisse a préféré faire travailler ses sites outre-Rhin. Ascoval possède pourtant un vrai savoir-faire dans les tubes sans soudure : avec ses 245.000 m² et et près de 150 millions d'euros d'investissement cumulés au cours des dix dernières années, Ascoval est taillée pour couler entre 250.000 à 500.000 tonnes par an.

Face au destin suspendu d'Ascoval, s'en est suivie une vaste mobilisation syndicale et politique autour d'un projet de reprise, autour de Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France (ex-LR) qui n'a jamais manqué une occasion de monter au créneau. Pendant la phase de recherche d'un repreneur, le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire avait négocié un accord "take or pay", le client historique Vallourec et Schmolz + Bickenbach s'engageant à maintenir un niveau de commandes d'acier pour sauvegarder l'activité.

Refus de soutenir Altifort

Pourtant, le 22 octobre, Vallourec a officiellement refusé de soutenir le projet de reprise d'Ascoval par Altifort, spécialiste des pièces de haute précision basé dans la Somme (65 millions de chiffre d'affaires en 2017 pour 320 salariés) et candidat a priori le mieux placé parmi les repreneurs (le groupe iranien Boost étant coincé par les taxes sur l'acier imposé par les États-Unis et une troisième candidature surprise étant arrivée en dernière minute de Pascal Cochez, un industriel du Valenciennois, rapportait La Voix du Nord dans son édition du 23 octobre). Altifort est un jeune groupe industriel franco-belge qui mène une politique d'expansion rapide : il a notamment repris deux autres sites de Vallourec à Cosne-sur-Loire (Nièvre) et Tarbes (Hautes-Pyrénées). Son objectif : constituer une chaîne d'aciérie complète.

Sauf que son montage financier (et l'accord des banques) reposait en grande partie sur une négociation avec Vallourec : le groupe sidérurgique devait céder deux bâtiments pour accueillir un train à fil (une machine destinée à fabriquer des produits livrés en couronnes) mais aussi garantir d'acheter pendant 18 mois un certain volume d'acier, avec des prix 30% supérieurs à ceux du marché.

Investisseurs hypothétiques ?

Avec la reprise du passif de 12 millions d'euros, Vallourec aurait ainsi dû débourser 51 millions d'euros, soit une aide « contraire à la préservation des intérêts du groupe », soulignait le leader mondial des solutions tubulaires dans un communiqué pour justifier son refus, estimant par ailleurs que le tour de table n'était aujourd'hui constitué que « d'hypothétiques prêteurs et investisseurs ». En clair, Vallourec semble préférer payer la liquidation d'Ascoval et de ses 281 salariés.

« Vallourec ne peut pas se laver les mains de salariés qui étaient les siens, la dignité, ça compte en économie », a rappelé Bruno Le Maire sur RTL ce matin, annonçant au passage que l'État était prêt à mettre « un euro d'argent public pour un euro d'argent investi. »

Car c'est un autre grain de sable dans le dossier : Altifort propose une reprise d'Ascoval à 140 millions d'euros, soit « des besoins de financement du projet largement sous-évalués », avait avancé Vallourec. Une position confortée par le ministre ce matin : « Altifort propose 10 millions d'euros là où nous estimons qu'il faudra investir 200 millions d'euros. »

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L'État est aussi actionnaire

Reste que l'État, toujours actionnaire de Vallourec à 16% du capital via BPI, porte une responsabilité dans la décision. Et que Bruno Le Maire avait tout misé sur l'option d'un accord de Vallourec... Un jeu de chaises musicales qui fait dire à Xavier Bertrand que « l'État et Vallourec sont en train d'assassiner Ascoval ». Le président de Région n'a pas manqué de souligner qu'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie en juin 2015, avait lui-même considéré que cette aciérie était « au plus haut niveau de qualité et de qualification ».

En attendant la décision du 7 novembre, une nouvelle réunion avec les élus, les représentants des salariés, la direction d'Ascoval, les administrateurs judiciaires et le repreneur potentiel devrait être organisée dans les prochains jours.

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Par Gaëtane Deljurie et Olivier Mirguet, respectivement correspondants pour La Tribune dans les Hauts-de-France et le Grand Est.

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Commentaires
a écrit le 26/10/2018 à 20:33 :
Pour sauver les acéries, produire plus de votures et changer le plastique par de l'acier et changer tout ce qui est produit en général en plastique par de l'acier. Baignoires, tubes d'eau, gouttières etc... C'est une mauvaise idée, mais au moins c'est une proposition.
a écrit le 25/10/2018 à 14:38 :
La France sous la tutelle de cette administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles n'a plus d’intérêt souverain et ne pendra plus la défense de la liberté, de l'égalité et de la fraternité des français!
a écrit le 25/10/2018 à 14:36 :
supposons qu'une taxe carbone importante soit appliquée à toutes les importations extra européennes, que se passerait-il ?
Il parait qu'il faut réduire la pollution...
Réponse de le 26/10/2018 à 20:35 :
Ça c'est une bonne idée. Bravo.
a écrit le 25/10/2018 à 12:10 :
"Ascoval : quelles chances de survie pour l'aciérie ?" AUCUNE.
Pourquoi? Par le simple fait que LeMaire à promis 1 euro de L'Etat pour 1 Euro privé investi. LeMaire ne risque rien à une telle promesse parce qu'il sait que pour Ascoval c'est "plié". Et de la part de Lemaire faire une telle proposition, c'est de la malhonnêteté.
a écrit le 25/10/2018 à 12:08 :
Ascoval produit à des coûts incompatibles avec une économie de marché .
la proposition du possible candidat à la reprise Altifort d'obtenir de Vallourec un contrat d'achat sur 18 mois de la production Ascoval à un prix estimé 30% supérieur au prix de marché , donne bien le niveau de compétitivité réel d'Ascoval et son handicap énorme à pouvoir changer son modèle industriel pour le rendre concurrentiel .
les gesticulations politiciennes de LeMaire et de Bertrand n'auront aucun effet , l'entreprise est condamnée . seuls quelques charognards espèrent peut être pouvoir dépecer un peu plus l'agonisante .
a écrit le 25/10/2018 à 8:53 :
L’État n'a pas fait tant de chichis lorsqu'il s'est agi de recapitaliser Vallourec à hauteur de 1 Md€ en 2016. Peut-être même que la fin de Saint Saulve était dans le deal, sait-on jamais. Surveillons bien les gesticulation du ministre.
Réponse de le 25/10/2018 à 16:17 :
une entreprise ayant du : trouver 1md€ en 2016, vendre des actifs (dont ascoval) et présentant de mémoire plus de 300M€ de perte sur le 1 semestre 2018 a t'elle réellement les moyens de mettre des dizaines de millions dans le sauvetage d'un filiale minoritaire ?? quand le "repreneur solide " ne mets lui que 10 millions au pot (soit moins que la ville de valencienne, je crois...).
Réponse de le 25/10/2018 à 16:17 :
une entreprise ayant du : trouver 1md€ en 2016, vendre des actifs (dont ascoval) et présentant de mémoire plus de 300M€ de perte sur le 1 semestre 2018 a t'elle réellement les moyens de mettre des dizaines de millions dans le sauvetage d'un filiale minoritaire ?? quand le "repreneur solide " ne mets lui que 10 millions au pot (soit moins que la ville de valencienne, je crois...).
a écrit le 25/10/2018 à 8:40 :
La première concerne la décision d'interdire les forages pétroliers. Or c'est le premier débouché des tubes sans soudure dont Ascoval est spécialiste et il représente 70% de son CA.

Avec l'arrêt des forages hexagonaux, même s'ils étaient peu nombreux c'est tout un éco-système qui s'écroule (depuis la recherche avec les géologues et geophysiciens, jusqu'à la production avec les usines de raffinage, la tuyauterie...).
Ascoval n'est que l'une des victimes collatérales.
Les activités ne disparaissent pas, elles s'en vont à l'étranger tout simplement avec notre savoir faire et nos ingénieurs.

Le second point, qui est souvent oublié, c'est que la France est depuis 2016 actionnaire à 15% de Vallourec via la BPI. Ce qui se joue du point de vue politique est donc Vallourec contre Vallourec et la décision sera de sacrifier les 280 emplois d'Ascoval pour sauvegarder provisoirement les 2800 emplois de Vallourec en France, mais Le Maire ne veut pas endosser cette responsabilité, alors il tente de noyer le poisson.
Réponse de le 25/10/2018 à 11:14 :
les forages francais ont toujours ete ultra minoritaire: il n y a pas de petrole en france. donc le pb de vallourec est surtout la chute des cours du brut qui ont plombee l industrie petroliere.

pour le second point, c est en effet le probleme d avoir l etat au capital. electoralement il est difficile d assumer de fermer un site
Réponse de le 25/10/2018 à 13:21 :
La France a une caractéristique unique. Du fait de son histoire coloniale c'était une grande nation pétrolière qui ne posséde pas elle-même de grands champs de production dans l'hexagone, et elle l'est restée après la décolonisation.

Ça n'a jamais empêché les français de former les meilleurs ingénieurs pétroliers au monde, de créer Schlumberger (quoique), Total, Elf, l'IFP, BEICIP Franlab, l'ENSG, TECNIP, Foramer, forasol.. et Vallourec.

Tous ces gens ont fait leurs premières armes et développés leurs preières techniques sur les bassins français de l'Est et du SO de la France d'abord et dans la BP ensuite.
Maintenant que ces champs ne sont même plus explorés, ils se forment ailleurs et y restent. Personne ne développera un outil s'il doit franchir des frontières pour pouvoir le tester. Idem pour les formations, elles se déplacent sur les bassins d'emploi.

Le problème de Vallourec, c'est la concurrence des aciers chinois qui sont subventionnés et la chute des cours du pétrole, sauf que le trou a été comblé depuis son plus bas de 2015.

Surtout 15% du capital, c'est une mesure bâtarde.
Vous êtes tenu pour responsable sans avoir de levier de commande. Hasard (?) c'est aussi le taux de détention des action d'AF par l'Etat.
a écrit le 24/10/2018 à 22:31 :
L'Europe, la France en particulier, ne veut plus d'industrie lourde, met l'écologie devant l'industrie et ses emplois: aux risques économiques, se rajoutent donc des risques juridiques et environnementaux. Comme le disait Attali, nous avons opté pour le chômage de masse...
a écrit le 24/10/2018 à 20:49 :
Incompréhensible l'aciérie Ascoval.
Le seule vraie question, c'est cette aciérie est-elle obsolète ou dans un marché de l'acier qui a disparu?
SI c'est non, il fait que l'Etat, les fonds d'investissements français et divers acteurs économiques dans le pays , les Français par investissements directs, crowdlending...mettent la main à la poche.
Une industrie métallurgique française ou à capitaux majoritaires français est indispensable!
Réponse de le 25/10/2018 à 8:47 :
BPI france est actionnaire à 15% de Vallourec.

Ce qui se passe est une délocalisation pure et simple avec la complicité de l'Etat par logique comptable mais aussi industrielle.

Les dirigeants de Vallourec ont pris note du délire anti-pétrole qui s'est emparé des dirigeants français depuis 2010 et agissent en conséquence en délocalisant les industries concernées. Encore 10 ans et c'est Total qui finira par aller implanter son siège soit aux USA, soit aux Pays-Bas où la fiscalité est plus douce.
a écrit le 24/10/2018 à 17:53 :
Et à coté de ça, on verse des milliards à l'UE, la BCE crée à partir de rien 80 milliards d'euros par mois (ou 60 maintenant, je sais plus, on tient meme plus les comptes à ce niveau là) dont pas un centime n'est utilisé pour soutenir les entreprises. C'est à l'usage exclusif de la finance et sert à acheter les titres pour soutenir la bourse et les dividendes des actionnaires.

C'est beau l'europe
Réponse de le 24/10/2018 à 21:01 :
avec votre obsession des cotisations européennes.

Les fonds européens et la BCE aident les entreprises mais tel le Farage moyen vous êtes incapables de faire autre chose que de radoter.

Allez donc vivre en GB !

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