Avant la présidentielle, Bercy veut mettre le paquet sur les relocalisations

Lors d'un colloque organisé à Bercy ce mardi, les ministres Bruno Le Maire et Agnès Pannier Runacher doivent dévoiler la liste de 58 nouveaux projets lauréats du plan de relance lancé en septembre 2020 afin de relocaliser des produits critiques dans la santé, l'électronique ou encore l'agroalimentaire. A six mois de l'élection présidentielle, l'exécutif veut se montrer offensif sur le thème fédérateur du Made in France. Pour autant, les modalités du pilotage de la politique industrielle interrogent les experts.
Grégoire Normand

6 mn

(Crédits : Reuters)

Pénurie de masques et de gel hydroalcoolique, manque de médicaments et de blouses dans les hôpitaux, freins logistiques...la pandémie a mis un immense coup de projecteur sur la profonde désindustrialisation du tissu productif français. Complètement désarmé, le gouvernement avait dû importer des masques provenant de Chine pendant une grande partie de l'année 2020. "L'expérience de la dépendance a été dramatique. On doit rebâtir les termes d'une indépendance productive française et européenne. Nous devons produire ce dont nous avons besoin pour aujourd'hui et demain", a déclaré Emmanuel Macron lors de la présentation du plan d'investissement France 2030 à l'Elysée il y a 15 jours.

Face à ces multiples difficultés, l'exécutif veut montrer qu'il poursuit ses efforts en matière de réindustrialisation. Lors d'un colloque organisé au ministère de l'Economie ce mardi 26 octobre, plusieurs économistes et experts de renom comme Philippe Aghion ou le sociologue Pierre Veltz doivent intervenir devant un parterre de chefs d'entreprise, d'élus et de syndicats en compagnie des ministres de Bercy Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher. Ce lundi, le président de la République, Emmanuel Macron, lors d'un déplacement à Saint-Etienne a annoncé que le plan d'investissement France 2030 allait consacrer 800 millions d'euros à la robotique. A six mois de l'élection présidentielle, les différents membres du gouvernement veulent occuper le terrain du "made in France", un thème cher aux Français.

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3,7 milliards d'euros d'investissements industriels

La stratégie économique de l'exécutif pour mener à bien cette réindustrialisation repose en grande partie sur des appels à projets et sur une baisse de la fiscalité avec la diminution de l'impôt sur les sociétés et les impôts de production. Au total, Bercy a recensé 624 projets de (re)localisations soutenus pour une enveloppe globale de 3,7 milliards d'euros d'investissements industriels, dont 830 millions d'euros de fonds publics. Cet effort aurait permis de créer ou soutenir environ "76.000 emplois", selon l'entourage de la ministre en charge de l'industrie Agnès Pannier-Runacher.

Sur ce total de projets soutenus, 407 concernent les secteurs dits "critiques". Il s'agit principalement de la santé, l'électronique, l'agroalimentaire, les télécommunications ou les intrants industriels (chimie, matériaux, matières premières). Ce volet a bénéficié de 2,7 milliards d'euros d'investissements industriels, dont 726 millions de soutiens de l'Etat. D'après les conseillers de la ministre, environ 44.000 emplois ont été créés ou sauvegardés dans ce domaine. Les tableaux du ministère de l'Economie montrent que ces projets ont principalement été portés par des PME (265). Viennent ensuite les grands groupes (92) et les ETI (45). Ces soutiens s'inscrivent dans le cadre du plan de relance de 100 milliards d'euros lancés en septembre 2020. Ce dispositif doit faire l'objet d'un premier bilan ce mardi 26 octobre par le comité de suivi et d'évaluation piloté par l'économiste Benoît Coeuré.

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Un milliard d'euros pour les territoires d'industrie

Lancés en grande pompe sous la coupole du Grand Palais à Paris par l'ex-premier ministre Edouard Philippe en novembre 2018, les territoires d'industrie continuent d'être soutenus par l'exécutif. A ce jour, 217 projets ont été recensés par les services du ministère de l'Economie pour un total d'un milliard d'euros d'investissements industriels, dont 104 millions d'euros d'aides de l'Etat. Au niveau de l'emploi, 31.000 postes auraient été créés ou conservés. Ce dispositif destiné à répondre à la crise des territoires fait l'objet d'un appel à projet sur des champs plus large que les produits critiques.

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"On ne réindustrialise pas en fabriquant des masques"

S'il est encore tôt pour faire un bilan du quinquennat Macron en termes de réindustrialisation, plusieurs experts ont émis des doutes sur l'efficacité de la politique économique du gouvernement pour amorcer la reconquête industrielle. "On peut relocaliser des produits complexes. Il y a des soutiens publics mis en place pour ça. En revanche, on ne réindustrialise pas la France en fabriquant des masques", avait déclaré Patrick Georges, directeur de la Practice Mutations industrielles et territoriales chez LHH Altedia lors d'un point presse fin septembre.

A cela s'ajoutent les réserves exprimées par plusieurs économistes et experts sur l'absence de pilotage du plan d'investissement France 2030 qui devrait être annoncé en janvier prochain par Emmanuel Macron, soit trois mois après son lancement. "Il manque un diagnostic. La question de la gouvernance est cruciale. Comment l'argent va-t-il être distribué ? Comment les projets vont-ils être sélectionnés ?", a déclaré la semaine dernière devant la presse Xavier Ragot, le directeur de l'Observatoire français des conjonctures économiques, en partageant sa crainte de voir des projets continuer malgré leur échec. "L'échec du plan calcul (un vaste plan informatique lancé dans les années 60) a marqué les esprits", a-t-il rappelé.

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Des fermetures de sites et près de 60.000 postes détruits en 2020

Même si le gouvernement multiplie ses efforts pour tenter de réindustrialiser la France, l'année 2020 a été cataclysmique pour l'industrie tricolore. En 2020, près de 60.000 postes ont été détruits dans le seul secteur industriel en une seule année selon l'Insee contre 27.000 créations entre 2017 et 2019. La pandémie mondiale a largement balayé les créations de postes en quelques mois seulement. Il faudra encore sans doute plusieurs années avant de retrouver un solde d'emplois positif.

Le secteur automobile a été particulièrement frappé par l'onde de choc de la pandémie et ce n'est pas fini. La pénurie de semi-conducteurs et les difficultés d'approvisionnement risquent de frapper durablement ce secteur en première ligne depuis le premier confinement. Outre l'automobile, l'aéronautique a également payé un lourd tribut encore difficile à mesurer. Même si la plupart des candidats à la présidentielle tentent de surfer sur la vague du "made in France", le chemin pour réindustrialiser l'Hexagone s'annonce encore tumultueux.

Grégoire Normand

6 mn

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Commentaires 12
à écrit le 26/10/2021 à 23:31
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si vous croyez que les chinois ne vont pas fomenter des grèves que le gouvernement va faire semblant d'interdire, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu'au cou messieurs Macron et Bercy . . . .

à écrit le 26/10/2021 à 16:27
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Arrêtez donc de servir la soupe à ce gouvernement de la communication. "Dire plutôt que faire" voilà leur devise ! Sérieusement en six mois ils vont relocaliser quoi ?

à écrit le 26/10/2021 à 10:58
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du pipeau toujours du pipeau. Embauchez votre 1 er salarié , vous allez comprendre dans quel système nous vivons.

à écrit le 26/10/2021 à 10:50
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Ça ne sert pas à grand chose de "mettre le paquet", de proposer des accompagnements, des colloques et autres. Ce qu'il faut c'est simplifier les régulations paralysantes, alléger la fiscalité, et les entreprises reviendront d'elles mêmes.

à écrit le 26/10/2021 à 10:23
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Encore et toujours de la com. Ce guignol et sa potiche ne savent rien faire. Alors ils glosent. 2022 sera pour eux un Waterloo, rien de moins.

à écrit le 26/10/2021 à 10:13
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Oui, le chemin sera très compliqué parce que si la France essaye de reduire la punitivité de sa fiscalité pour l'industrie, d'autres pays sont en train aussi de baisser les impots sur les entreprises et les charges sur le travail (tout en partant d'u...

à écrit le 26/10/2021 à 10:00
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pour que la relocalisation réussisse , il faut baisser les charges donc le train de vie de l'etat, ou sont les promesses MACRON de reduire le nombre d'elus et de fonctionnaires ,les frais de deplacement inutiles et couteux voir le nombre de camions...

le 26/10/2021 à 13:12
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Si on baisse les charges, c'est pas le train de vie de l'Etat qu'on va diminuer, mais c'est la protection sociale de tous les français. Informez-vous.

le 27/10/2021 à 8:48
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Les charges sociales patronales sont dues par toutes les entreprises industrielles, artisanales, agricoles ou libérales, à partir du moment où elles emploient des salariés. Il s'agit des cotisations maladies, accidents du travail, familiales, vieille...

à écrit le 26/10/2021 à 9:55
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Montebourg était le précurseur.

à écrit le 26/10/2021 à 9:17
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Sans protectionnisme il ne peut y avoir aucune politique économique incitatrice or nos politiciens français ne sont que les laquais des banquiers qui sont opposés au protectionnisme qui nous ont imposé le traité constitutionnel européen pour cela en ...

à écrit le 26/10/2021 à 8:55
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C'est comme les mauvais élèves, a vouloir faire leurs devoirs juste avant de rentré en classe en copiant les réponses dictés par leurs "copains"!

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