Réindustrialisation : quel bilan pour le label "Territoires d'industrie" ?

Le programme de reconquête industrielle lancé il y a trois ans sous le nom de Territoires d’industrie donne des résultats encourageants. Sa botte secrète ? Une approche "bottom up" et un pilotage par des binômes élus/industriels épaulés par les Régions et l’Etat. A méditer à la veille du lancement du grand plan d’investissement "France 2030".

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Les Territoires d'industrie sont essentiellement localisés dans les zones rurales, les petites localités et les quartiers politique de la Ville.
Les Territoires d'industrie sont essentiellement localisés dans les zones rurales, les petites localités et les quartiers politique de la Ville. (Crédits : Reuters)

Dire que les pouvoirs publics ont trouvé la martingale serait aller un peu vite en besogne. Censé stimuler la reconquête industrielle, le dispositif Territoires d'industrie affiche néanmoins un premier bilan honorable. Selon un rapport d'étape rendu public en début de semaine, l'initiative qui avait été lancée en novembre 2018 par Edouard Philippe a donné lieu à l'émergence de plus de 1.400 projets dans les 146 bassins d'emplois manufacturiers concernés. Une moisson conséquente. A quoi attribuer ce bon résultat ? Force est de constater que l'approche décentralisatrice du dispositif, confié aux bons soins d'un binôme composé d'un élu et d'un industriel dans chacun des territoires, a reçu un accueil favorable des acteurs locaux.

Invitées à coopérer davantage, institutions et entreprises ont globalement répondu présentes. « Là où le dialogue n'existait pas, les élus et les entrepreneurs ont appris à se parler pour remettre en mouvement leurs écosystèmes industriels » observe t-on par exemple à l'agence de développement économique de la Normandie, l'une des premières à avoir adhéré à la démarche. La mayonnaise a pris, dans le secteur public comme dans le secteur privé, observe pour sa part, Bertrand de Lagny, directeur de la plateforme FM Logistics près de de Pithiviers. « Le programme est arrivé au bon moment pour créer une vraie dynamique. Nous avons commencé à dix entreprises et avons fini à presque quarante ».

Aide-toi, et la puissance publique t'aidera

La latitude laissée aux acteurs locaux a, semble-t-il, beaucoup contribué à l'émulation. Les territoires ont eu, en effet, eu carte blanche pour bâtir leurs programmes de « reconquête industrielle ». L'initiative a consisté  à leur proposer  un « panier de services » dans lequel ils pouvaient puiser à loisir en fonction de leurs besoins : du financement de postes de chefs de projets, à des aides pour l'extension de sites ou la réhabilitation de friches en passant de la création de pôles de formation ou de plateformes d'écologie industrielle.... Cette méthode ascendante est saluée par Carole Delga, présidente de Régions de France. « Si ce dispositif produit des résultats, c'est parce que la décision est prise au plus près du terrain » insiste t-elle.

Le plan de relance, dans lequel les Territoires d'industrie bénéficiaient d'une forme de bonus, a eu en outre « un effet accélérateur », se félicite t-on dans l'entourage d'Agnès Pannier-Runacher. A preuve, plus de la moitié des lauréats de France Relance (55% précisément) est domiciliée dans l'un des 146 bassins labellisés.

Résultat : fin septembre, près deux milliards d'euros avaient été engagés par l'Etat, ses opérateurs et les Régions à leur profit - à raison d'un montant moyen de 430.000 euros par projet - pour un montant total d'investissements de 5,4 milliards. « L'essentiel des crédits a été fléché vers le foncier industriel, le développement des compétences et l'environnement » précise Guillaume Basset, patron du programme. Lequel a été chargé par le gouvernement de réfléchir au prolongement du dispositif jusqu'en 2026 ainsi qu'à un enrichissement du bouquet de services.

La dynamique suscitée dans les Territoires d'industrie pourrait aussi avoir un effet roboratif sur l'emploi. Selon les ministères de la cohésion sociale et de l'industrie, les 1.400 projets devraient déboucher sur la création de 27.000 emplois dont la moitié à pourvoir avant 2023. « Les trois quarts concernent des zones rurales, des petites villes ou des quartiers politiques  de la ville » précise t-on au cabinet de Jacqueline Gourault. Le pourcentage de CDI n'est pas précisé mais il pourrait attendre 75% selon une enquête réalisée auprès d'un panel de 140 entreprises. Pour Carole Delga, il serait bon que le gouvernement s'en souvienne au moment de lancer son grand plan d'investissement France 2030. « Il faudrait qu'il soit mis en œuvre dans un même esprit de confiance » indique t-elle. Un appel du pied.

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