Plan "France 2030" : ce que Macron a annoncé

Produire davantage et "redevenir une grande nation d'innovation" : Emmanuel Macron a dévoilé ce mardi le plan d'investissement évoqué en juillet dernier pour préparer la France de 2030. D'un montant de 30 milliards d'euros, il a pour objectif de gagner la "bataille de l'indépendance" d'ici à la fin de la décennie dans un monde de l'après-crise soumis à des changements extraordinairement rapides. Voici les principaux points à retenir de son allocution.

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(Crédits : POOL)

Clip vidéo vantant les innovations françaises depuis plus d'un siècle et pitchs d'étudiant, chercheur au CEA, investisseur, entrepreneur et industriel. L'entrée en matière de la présentation du plan "France 2030", ce mercredi 12 octobre à l'Élysée, avait tout de la startup-nation. Annoncé le 12 juillet dernier, ce plan d'environ 30 milliards d'euros, qui fait suite aux mesures d'urgence et de relance post covid-19, a enfin accouché. Retardé de plusieurs semaines, pour des questions d'affectation précise de l'enveloppe - selon Bercy - ce plan doit "faire émerger dans notre pays et en Europe les champions de demain qui, dans les domaines du numérique, de l'industrie verte, des biotechnologies, ou encore de l'agriculture, dessineront notre avenir", expliquait l'exécutif.  

Debout et sans notes devant les corps économiques du pays, façon stand-up, souvent théoricien, Emmanuel Macron a longuement déroulé les ressors de ce programme, tirés, selon lui, des défis démographiques et écologiques, des "leçons de la dépendance étrangère" mise en lumière par la pandémie, de l'accélération de l'innovation et, plus globalement des forces et des faiblesses de la France. Alors que cette séquence est sans doute l'un des derniers temps forts de son quinquennat, il a annoncé vouloir débloquer rapidement les premiers crédits - environ 4 milliards d'euros - dès le début de l'année 2022. Voici ce qu'il faut retenir du plan.

  • 8 milliards d'euros pour le volet énergie

Le chef de l'État a défini trois objectifs sur le volet énergétique, liant trois sources de production : nucléaire - hydrogène vert et énergies renouvelables. C'est une enveloppe de 8 milliards qui est prévue pour déployer ce triptyque. Dans le détail, le plan vise à "réinventer le nucléaire", en misant sur les SMR, ces petits réacteurs modulaires. 1 milliard d'euros seront investis d'ici 2030. L'enveloppe doit également permettre de réfléchir à une meilleure gestion des déchets. Objectif : "améliorer la sûreté en baissant les coûts et réduire les déchets". 
L'hydrogène vert sera également soutenu. Emmanuel Macron veut miser sur la production nucléaire pour fabriquer de l'hydrogène décarboné. Deux gigafctory électrolyseur seront construites d'ici 2030 afin de soutenir une politique de l'offre.
Enfin, les énergies vertes, pour lesquelles 500 millions d'euros seront injectés, seront soutenues principalement dans les secteurs du photovoltaïque et de l'éolien en mer.

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  • 4 milliards d'euros pour la révolution des transports

"L'automobile et l'aéronautique sont au cœur de l'imaginaire industriel français, il faut réinvestir massivement", a-t-il estimé. Une enveloppe de 4 milliards d'euros est annoncée. L'objectif est clair : Emmanuel Macron estime que l'industrie automobile française peut construire 2 millions de véhicules électriques et hybrides d'ici 2030. Quant à l'aviation civile, l'objectif est d'être le premier pays à faire voler l'avion bas carbone. "Nous allons aussi investir massivement pour permettre de déployer d'ici à 2030 le premier avion bas carbone qui doit être un projet français, mais dont l'objectif est de l'européaniser au maximum", a également annoncé le président de la République.

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  • 2 milliards d'euros pour une alimentation saine, durable et traçable

Emmanuel Macron a annoncé 2 milliards d'euros d'investissements dans des innovations de "rupture" dans l'agriculture. Il appelle à une nouvelle "révolution de l'alimentation saine, durable et traçable".  Au cœur de ces ruptures, selon le chef de l'Etat : la robotique, la génétique, et le numérique. "La robotique agricole" pour "sortir de certains pesticides", la donnée pour "tracer les aliment", et la diversité "génétique pour plus de résilience". Ces investissements doivent permettre aussi de "décarboner la production" et "améliorer la productivité" et développer "des productions plus résilientes et plus solides dans les bio-solutions", a-t-il détaillé.

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  • 3 milliards d'euros pour combler le retard dans l'innovation en matière de santé

Autre priorité fixée par Emmanuel Macron, celle de "créer les dispositifs médicaux de demain en France ». Rappelant  "le retard sur les biotechs" de l'Hexagone comparé à leur essor « en Grande-Bretagne », le chef de l'Etat veut faire naître sur le territoire, via les laboratoires et la recherche pharmaceutique française, « 20 biomédicaments d'ici à 2030, contre les cancers, les maladies émergentes et les maladies chroniques dont celles liées à l'âge » pour une « médecine plus prédictive, plus innovante et avec un tissu productif davantage en France ». Pour cela, 7,5 milliards d'euros seront investis par l'Etat, comprenant notamment les annonces déjà réalisées dans le plan Santé 2030 présenté il y a quelques semaines. Alors que la crise Covid n'a pas inversé la tendance de suppressions de lits d'hôpital, bien au contraire selon une récente étude du ministère de la Santé, Emmanuel Macron a aussi défendu le modèle du CHU français.

  • Culture, défendre "l'humanisme français"

Ensuite, insistant sur "l'humanisme français", Emmanuel Macron a annoncé vouloir "placer la France en tête des contenus culturels et créatifs". Objectif : "avoir l'imaginaire qui correspond à l'humanisme français » et de défendre « l'exception culturelle », « un combat pour la France de 2030", a affirmé le président de la République. En creux, il s'agit de tenter de créer des alternatives vis-à-vis d'une production de contenus dominée par les leaders américains du Web tels Amazon et Netflix.

  • 6 milliards d'euros pour sécuriser les approvisionnements en matériaux et composants électroniques

Six milliards d'euros seront investis pour sécuriser l'approvisionnement des matières premières et la fourniture de composants. "Sécuriser notre approvisionnement en matériaux est la première condition pour réussir nos objectifs du plan 2030", a rappelé le chef de l'Etat. "Nous avons sur le sujet des composants, un énorme défi. Il faut sécuriser ces composants : il faut une stratégie européenne mais aussi française car il y a aussi une concurrence intra-européenne". L'objectif est de doubler la production de puces électroniques d'ici 2030 et d'aller vers des composants de plus petites tailles pour rester compétitif.

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  • Des plans pour l'espace, malgré le retard européen

Pour Emmanuel Macron, la reconquête industrielle passe aussi par les espaces marins et le spatial. Et de citer SpaceX, l'entreprise d'Elon Musk qui, avec ses lanceurs réutilisables, s'est peu à peu imposée comme un acteur incontournable du "New Space". Il s'agit de "l'argent du département américain et d'un innovateur de rupture qui change les pratiques industrielles", a résumé le chef de l'Etat.

Aussi, alors qu'un risque de nouveau monopole émerge dans le secteur avec SpaceX, Emmanuel Macron croit possible de positionner les entreprises européennes sur une production de "mini-lanceur réutilisables en 2026" afin de bâtir une constellation de satellites de demain. Mais dans l'immédiat, le champion européen ArianeGroup, se voit, lui, contraint de réduire la voilure et d'annoncer des suppressions de postes.

Aussi, Emmanuel Macron a déclaré que l'exploration des grands fonds faisait partie des priorités du plan d'investissement pour ne pas "laisser dans l'inconnue une partie importante du globe". Cette exploration est "un levier extraordinaire de compréhension du vivant, d'accès à certains métaux rares, de compréhension du fonctionnement de nouveaux écosystèmes d'innovation", notamment en terme de santé, a expliqué le chef de l'Etat, en précisant qu'il parlait "d'exploration" et non "d'exploitation" et que la France était bien placée car elle possède le deuxième espace maritime au monde.

  • 2,5 milliards d'euros pour la création de nouvelles filières industriels et nouvelles compétences

L'objectif est de prévoir à 10 ans les besoins de main d'œuvre du pays en fonction des nouvelles industries naissantes.

  • 5 milliards d'euros pour le capital-investissement

"Pas de révolution industrielle sans révolution du capital", a rappelé le chef de l'Etat. Cinq milliards d'euros, dont trois en fonds propres, seront focalisés pour accélérer l'industrialisation des innovations. L'objectif est de permettre aux jeunes pousses de développer rapidement des démonstrateurs industriels, une étape de maturité qui nécessite des millions d'euros. Les deeptech seront principalement ciblées.

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Commentaires 17
à écrit le 13/10/2021 à 7:29
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Et la nouvelle devise de la France sera numérique, robotique, génétique. La crise covid nous a montré que liberté, égalité, fraternité n’étaient plus d’actualité. C’est la fameuse grande réinitialisation par la technologie de tonton Billy, le plus g...

à écrit le 12/10/2021 à 18:21
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Dépenses publiques incompréhensibles, pas d'objectifs clairs de rentabilité, c'est bien la finalité des investissements n'est ce pas ? Donc ne devrait on pas parler de financement sans contre-partie ? donc très discutable sur le plan de la légalité ?

à écrit le 12/10/2021 à 18:21
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Dépenses publiques incompréhensibles, pas d'objectifs clairs de rentabilité, c'est bien la finalité des investissements n'est ce pas ? Donc ne devrait on pas parler de financement sans contre-partie ? donc très discutable sur le plan de la légalité ?

à écrit le 12/10/2021 à 17:41
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Toujours de la com avant l'élection. Après : inch Allah... !

le 12/10/2021 à 19:26
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Pas de « blasphème « SVP.Vous prenez des risques.

à écrit le 12/10/2021 à 17:14
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En même temps nous bradons toutes nos industries et en même temps nous arrosons de milliards des projets fumeux avec de l'argent qui n'existe pas. Rendez nous nos industries.

à écrit le 12/10/2021 à 16:25
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Un gouvernement dépense parque c'est son rôle de dépenser, pas d'investir; l'investissement, c'est lz rôle des entreprises.

à écrit le 12/10/2021 à 15:42
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le président promet de faire ce qu'il n'a pas fait malgré quantité de promesses : décentralisation, réformes des organisations, simplifications..de quoi engendrer d'énormes économies, 97 milliards chiffrés par l'asso contribuables associés, et hors d...

à écrit le 12/10/2021 à 14:46
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on est toujours dans un modèle libéral avec aucune contrainte qui pourrait être l'apport d'un "état". J'en veux pour preuve 2 exemples ; les transports et la santé . Les transports pourraient être assortis de contrainte aux fabricants automobile en d...

à écrit le 12/10/2021 à 14:45
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on est toujours dans un modèle libéral avec aucune contrainte qui pourrait être l'apport d'un "état". J'en veux pour preuve 2 exemples ; les transports et la santé . Les transports pourraient être assortis de contrainte aux fabricants automobile en d...

à écrit le 12/10/2021 à 13:49
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L’intention est louable, mais il va y avoir des milliards d’évaporés dans des projets de circonstance. Dans un passé récent, je pense à ces taxis volants qui devaient voler sur la Seine que Mr Macron et Madame Hidalgo avaient « sponsorisé » à grands ...

le 12/10/2021 à 15:53
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Rien ne change, on reste dans notre modèle de dépenses max pour résultats min vu qu’aucne réforme permettant des gains pharaoniques et pour de meilleurs services n’ont été faites. Cf nos 25% d’administratifs de plus que les autres états d’europe dans...

le 12/10/2021 à 15:55
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Rien ne change, on reste dans notre modèle de dépenses max pour résultats min vu qu’aucne réforme permettant des gains pharaoniques et pour de meilleurs services n’ont été faites. Cf nos 25% d’administratifs de plus que les autres états d’europe dans...

le 12/10/2021 à 15:58
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aucune grande réformes pendant le match, le grand débat qui débouche sur rien, la simplification qui se résume au vide, et donc le président se lance dans des grandes annonces au moment des arrêts de jeu, crédible ou juste politcien avec des promesse...

à écrit le 12/10/2021 à 13:18
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"Aussi, " en début de phrase est incorrect. Si vous voulez introduire un nouvel argument, écrivez plutôt "De plus" ou En outre" ou "Par ailleurs" ou "Qui plus est"...

à écrit le 12/10/2021 à 13:02
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Du conventionnel, un manque d'imagination dramatique, pire on peut se demander à qui va profiter le fric une fois de plus puisque rien ne pourra en mesurer les effets.

à écrit le 12/10/2021 à 12:52
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Investissement ne veut pas dire forcement bon résultat et... pour chacun de nous, c'est de mieux vivre que nos grands parents dans le progrès, mais pas dans l'innovation perpétuelle!

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