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Avant une possible dégradation de la note de la France, Bruno Le Maire promet d'être « intraitable » sur la dette

latribune.fr

Publié le 31 mai 2023 à 08:50 - Mis à jour le 31 mai 2023 à 14:58

Bruno Le Maire

Fin avril, Fitch avait mis en avant « l'impasse politique » du gouvernement pour justifier la dégradation de sa note.

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Au micro de France Inter ce mercredi, le ministre de l'Economie a réaffirmé son intention de rétablir les finances publiques, et ainsi de réduire les déficits et la dette publique.

« Nous serons intraitables sur le rétablissement de nos finances publiques, sur la réduction des déficits et sur l'accélération de la réduction de la dette publique », a martelé Bruno Le Maire ce mercredi 31 mai au micro de France Inter. Cette déclaration est loin d'être anodine. Elle intervient deux jours avant une possible dégradation de la note de la dette publique française par l'agence de notation S&P vendredi.

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L'agence Fitch dégrade la note de la France : ce que ça change

«Il faut accélérer le désendettement du pays, nous le ferons», a-t-il asséné, confirmant qu'il a rencontré l'agence S&P afin de présenter les «arguments» français et estimant «qu'ils sont convaincants». «Contrairement à ce que disait l'agence Fitch, nous faisons des réformes, nous arrivons à les faire passer et à les appliquer, réforme de l'assurance-chômage, réforme des retraites», a énuméré Bruno Le Maire.

« Nous avons des résultats économiques »

Fin avril, Fitch avait mis en avant « l'impasse politique » du gouvernement pour justifier la dégradation de sa note. « Nous avons des résultats économiques qui sont solides, avec une croissance qui s'est maintenue à 0,2% au premier trimestre là où notre voisin allemand est en récession », a défendu le ministre de l'Economie, ajoutant que la France avait créé 42.000 emplois au premier trimestre et que l'inflation ralentissait.

«Nous avons une stratégie crédible de réduction des déficits et d'accélération du désendettement, puisque la dernière proposition que nous avons faite durcit le désendettement du pays», a poursuivi Bruno Le Maire, qui a aussi fait valoir le prochain retrait du bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l'électricité.

Il a aussi de nouveau justifié les dépenses engagées par le gouvernement durant la crise sanitaire qui ont permis au pays de retrouver ses « résultats économiques plus vite que tous les autres pays européens », selon lui. Interrogé sur l'opportunité d'accorder 2 milliards de réduction d'impôts supplémentaires aux classes moyennes, il a estimé que cela lui semblait « à la fois raisonnable et cohérent », et que le travail devait « payer ».

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Des agences de notation critiquées

Bruno Le Maire a enfin rappelé que le gouvernement avait « mis sur pied une revue des dépenses publiques » dont il donnera les résultats le 19 juin lors des assises des finances publiques, alors que le remboursement de la charge de la dette est en passe de devenir le premier budget de l'Etat. Thermomètre de la santé financière des Etats et des entreprises, les agences de notations jouent un rôle central dans le monde de la finance, bien qu'elles aient été fortement critiquées ces dernières années.

Après être passées relativement inaperçues depuis la crise des dettes souveraines en Europe au tournant des années 2010, elles sont revenues sous les feux de la rampe avec la dégradation de la note française par l'agence Fitch fin avril, et avant une potentielle baisse de la note par l'agence S&P Global vendredi. Ces appréciations sont supposées refléter la santé économique des Etats : pour noter un pays, les agences évaluent la croissance, la dette, le déficit, les dépenses, les recettes fiscales... afin d'établir un diagnostic qui guidera les financiers dans leurs décisions d'investissement. Elles utilisent aussi des critères subjectifs propres à chaque Etat.

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Une dégradation non sans conséquences

Les trois principales agences de notation internationales, les américaines S&P Global, Fitch et Moody's, utilisent un système matérialisé sous forme de lettres, allant de AAA, la meilleure note possible, à D pour les défauts de paiement, en passant par B et C.

«Les notes sont réparties en deux catégories: investissement, pour les meilleures notes, et spéculative, pour les moins bonnes», la distinction entre les deux se situant autour de la note « BB », a expliqué à l'AFP Slim Souissi, enseignant chercheur à l'université de Caen et ancien de l'agence de notation Fitch.

Ces notes peuvent être associées à une perspective, positive ou négative, donnant la potentielle évolution à moyen terme. S&P Global, qui doit noter la France vendredi, lui accorde la note de « AA » avec une perspective négative, signifiant un risque d'abaissement d'au moins un cran à « AA- ». Avec ces appréciations, les agences évaluent les capacités de remboursement d'une dette pour un Etat, une entreprise ou une collectivité territoriale. Et plus la note sera basse, plus les investisseurs seront tentés de réclamer un taux d'intérêt plus élevé pour prêter de l'argent, car la dette sera considérée comme plus risquée.

Or pour un Etat en difficultés, une dégradation de note peut avoir des effets négatifs en chaîne : une hausse de la charge de la dette mène à une baisse des investissements, qui mène à une réduction de la croissance qui peut mener à de nouvelles dégradations de notes, ont notamment observé les critiques des agences au moment de la crise grecque à partir de 2008. Cette succession d'événements n'est pas toujours automatique, « surtout pour les pays dont la monnaie ou la dette représente une valeur refuge comme les Etats-Unis » explique à l'AFP Julien Marcilly, chef économiste du cabinet Global Research Advisory, spécialisé dans la stratégie économique des Etats.

«Il ne faut pas surestimer l'impact des agences de notations, leurs appréciations reflètent des vulnérabilités sous-jacentes déjà connues des investisseurs», a-t-il ajouté.

À lire également

  • Dégradation de la note française : faut-il s'inquiéter du niveau de la dette ?
  • Dette : le gouvernement s'entretient avec Standard and Poor's avant la notation attendue de la France
  • Dette publique : jusqu'ici tout va-t-il vraiment si bien ?

Une autre critique des agences est qu'elles se rémunèrent grâce aux paiements des entreprises qui veulent être notées pour réussir à emprunter sur les marchés financiers. Ce système dit « émetteur/payeur » pose des questions de conflits d'intérêts, surveillés aujourd'hui en Europe par l'Autorité européenne des marchés financiers (Esma). Lors de la crise des subprimes (des emprunts hypothécaires à taux variables accordés aux Etats-Unis à des ménages à faibles revenus) en 2007, les agences de notation avaient été pointées du doigt pour avoir accordé la meilleure note possible à des produits financiers qui ont été pourtant à l'origine de l'éclatement de la crise.

(Avec AFP)

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