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L'agence Fitch dégrade la note de la France : ce que ça change

latribune.fr

Publié le 29 avril 2023 à 15:18 - Mis à jour le 29 avril 2023 à 22:00

Fitch prevoit une 2e vague de degradations dans le credit corporate

Fitch a baissé la note de la France, concrétisant une menace qui pesait depuis plusieurs mois.

Brendan McDermid

Le Quotidien Numérique

30 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Vendredi, l'agence Fitch a abaissé la note de solvabilité de l'Etat français de AA à AA-. Qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi la baisse arrive-t-elle maintenant ? Que peut faire le gouvernement ? La Tribune fait le point.

Coup de tonnerre. Vendredi, l'agence Fitch a dégradé la note qu'elle attribue à la France de AA à AA-. Redoutée par le gouvernement depuis plusieurs mois, cette baisse de la note de crédit française devrait cependant avoir peu de conséquences immédiates.  Mais il s'agit tout de même d'un signal d'alerte envoyé par le secteur financier au gouvernement.

  • Que fait exactement une agence de notation ?

Que fait exactement une agence de notation ?

Comme les deux autres grandes agences de notation (S&P et Moody's), la principale activité de Fitch consiste à évaluer le risque des Etats à ne pas rembourser leur dette ou leurs emprunts, en leur attribuant une note matérialisée par des lettres. La meilleure note est AAA, ce qui signifie qu'il n'y a que d'infimes chances que l'Etat ne rembourse pas. Selon les agences, la pire note est C ou D, ce qui indique que les finances de l'Etat l'exposent à un risque de défaut de paiement élevé. Autrement dit, que les émetteurs de prêts et les acheteurs de titres de dettes ne seront pas sûrs d'avoir un retour sur leur investissement.

Le calcul de ces notes ne prend en compte que des critères et des projections financières. Mais puisque les agences ne publient pas le détail des opérations qui ont mené à la note, il reste toujours une part d'interprétation.

  • Qu'est-ce que signifie une note AA- pour les marchés financiers ?

Qu'est-ce que signifie une note AA- pour les marchés financiers ?

Concrètement, les notes servent d'indicateurs de risque aux marchés, et donc influencent indirectement le taux d'intérêt auquel va emprunter l'Etat. Plus sa note sera haute, plus le taux sera faible, et inversement. A titre d'exemple, l'Allemagne -qui possède la meilleure note chez toutes les agences- emprunte en ce moment à 2,5% de taux d'intérêts, contre 3% pour la France.

Hier, la note de la France a été dégradée d'un cran de AA à AA-, c'est-à-dire du troisième au quatrième rang de confiance. Mais avec un double A, la dette française est encore jugée de « très bonne qualité » par Fitch, ce qui signifie qu'elle reste donc prisée des investisseurs, qui apprécient sa sécurité.

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De plus, la France échappe à l'effet de surprise. Fitch accompagne ses notes d'une perspective, qui suggère la potentielle évolution de la note. Or l'agence adossait depuis des mois la mention « perspective négative » à la note AA de la France, ce qui ouvrait la voie au scénario d'hier. En conséquence, l'abaissement de la note n'a pas pris les investisseurs totalement de court.

En résumé, le moins rajouté hier à la note se présente plutôt d'une forme d'avertissement : AA- est le dernier échelon avant le simple A, qui correspond à un crédit de seulement « bonne qualité ». Autrement dit, sans être au bord du précipice, la France s'approche d'un point d'inflexion, où elle rejoindrait un autre groupe de pays que celui dans lequel elle se trouve. A l'heure actuelle, elle se retrouve au milieu de ses homologues européens, entre l'Allemagne et les Pays-Bas notés au plus haut, et l'Espagne et l'Italie noté un cran en dessous - l'Italie craint même d'atteindre un échelon signe « d'investissement spéculatif » chez Moody's.

  • Pourquoi Fitch a décidé de baisser la note maintenant ?

Pourquoi Fitch a décidé de baisser la note maintenant ?

Pour justifier sa décision, Fitch cite « des déficits budgétaires importants » et des « progrès modestes » sur leur réduction. Pour ce qui est du déficit, la France sort à peine de trois ans d'abondantes dépenses publiques destinées à amortir le choc du Covid et de l'inflation, symbolisés par le slogan « quoi qu'il en coûte » d'Emmanuel Macron. L'agence a notamment relevé que le ratio dette publique/PIB de la France à la fin 2022 (111,6%) était le plus élevé des pays classés en catégorie AA, dont la médiane est plus de moitié moindre, à 48,4%.

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Quant aux progrès anticipés, Fitch a jugé que le programme de stabilité adressé ce mois-ci par Bercy à l'Union européenne s'appuyait sur des prévisions de croissance trop optimistes. Concrètement, l'agence prévoit une croissance du produit intérieur brut (PIB) français de 0,8% cette année et de 1,3% en 2024, contre 1,0% et 1,6% pour le gouvernement. Le problème c'est que cet écart de projection remet en cause le nouveau programme de réduction du déficit présenté par le gouvernement, plus ambitieux que l'ancien, et qui vise 2,7% à l'horizon 2027.

Le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a regretté l'« appréciation pessimiste » de Fitch estimant que l'agence de notation « sous-évalue les conséquences des réformes » notamment celles des retraites. Après avoir atteint 4,7% en 2022, le déficit public français devrait légèrement remonter cette année à 4,9% avant de refluer progressivement à partir de 2024, anticipe le gouvernement dans son programme de stabilité qui table sur un retour dans les clous budgétaires européens en 2027. Fitch anticipe pour sa part 5% de déficit cette année. Le désendettement devrait quant à lui connaître un coup d'accélérateur d'après le gouvernement, avec une dette représentant 108,3% du PIB en 2027, soit 4 points de moins qu'envisagé précédemment mais toujours très loin de l'objectif européen de 60%.

  • Que peut faire le gouvernement ?

Que peut faire le gouvernement ?

Samedi, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a répondu indirectement à Fitch par le biais de l'AFP. Il a jugé les projections de l'agence « pessimistes » et a insisté sur le fait que le gouvernement ne changera pas de cap et qu'il compte « faire passer des réformes structurantes pour le pays ». Le gouvernement a aussi prévu une série de coupes pour le déficit : fin des chèques carburants, fin du bouclier énergétiques, réduction des dépenses des ministères... Mais la stratégie du gouvernement pour réduire la dette passe avant tout par de la croissance, et c'est ce point que remet en cause Fitch.

Convaincre l'agence passera des mois à venir. La Première ministre Elisabeth Borne a annoncé plus tôt dans la semaine le départ d'une période de 100 jours très denses en réformes avec la loi plein emploi, la négociation des grilles salariales ou encore la loi industrie verte. Censés relancer la feuille de route du gouvernement après trois mois d'enlisement autour de la réforme des retraites, ces 100 jours pourraient cependant se transformer en parcours d'obstacles. La semaine dernière, Emmanuel Macron et plusieurs ministres sont repartis sur le terrain lors de déplacements chahutés par des concerts de casseroles, des coupures de courant et des interpellations. En outre, les syndicats ont pour l'instant boudé les invitations de l'exécutif à venir négocier sur le partage de la valeur malgré l'appel de la Première ministre à « une période de convalescence ».

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Or, Fitch, qui se limite pourtant à des indicateurs purement financiers d'habitude, a mentionné dans son dernier rapport les fortes tensions sociales en France, qui représenterait un« risque pour le programme de réformes » du président Emmanuel Macron... et pourraient expliquer en partie le décalage entre les projections. Autrement dit, l'Etat va devoir prouver qu'elle peut réunifier le pays derrière ses réformes pour espérer remonter la note.

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Mais avant la prochaine évaluation de Fitch, deux autres agences, S&P (qui note la France en AA avec perspective négative) et Moody's (Aa2 avec perspective stable) vont elles aussi mettre à jour leurs notes, à commencer par S&P le 2 juin. Si aujourd'hui elles attribuent toutes deux la troisième meilleure note possible à la France, elle pourraient décider d'imiter Fitch.

latribune.fr

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