Baisse des cotisations patronales : une réponse insuffisante au chômage de masse

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Les allègements 'emplois' représentent un effort budgétaire très significatif alors qu'ils peuvent au mieux résorber le chômage non qualifié de manière transitoire, explique La Fabrique de l'industrie.
"Les allègements 'emplois' représentent un effort budgétaire très significatif alors qu'ils peuvent au mieux résorber le chômage non qualifié de manière transitoire", explique La Fabrique de l'industrie. (Crédits : Reuters)
Les allègements de cotisations patronales sur les bas salaires menés depuis plus de 20 ans "offrent dans le meilleur des cas des résultats grandement insuffisants pour constituer une réponse unique et définitive au chômage non qualifié", selon une récente note de La Fabrique de l'industrie.

Les mesures d'allègements de cotisations sociales ont-elles raté leur cible ? Selon une récente note de La Fabrique de l'industrie intitulée "Évaluation des allègements de charges : le sens du timing", les politiques publiques menées depuis plusieurs décennies pour baisser les cotisations patronales sur les bas salaires ont montré leurs limites.

« La France a-t-elle trouvé dans ces allègements "bas salaires" une recette efficace pour résorber le chômage ? Certainement pas [...] Face aux quelque deux millions de chômeurs disposant au mieux du baccalauréat en France aujourd'hui, on voit bien que ces exonérations offrent même dans le meilleur des cas des résultats grandement insuffisants pour constituer une réponse unique et définitive au chômage non qualifié ».

Au mois de janvier dernier, plusieurs économistes du conseil d'analyse économique (CAE) avaient expliqué dans une note que si les baisses de charges sur les bas salaires avaient un impact positif sur l'emploi, celles sur les salaires intermédiaires n'avaient pas eu les effets escomptés sur les exportations et la compétitivité. Sur ce dernier point, la Fabrique estime que les effets des allègements sur l'appareil exportateur ne pourront « être mesurés avant un ou deux ans ».

Lire aussi : La baisse des charges au-dessus de 1,6 SMIC critiquée par des économistes

Des résultats controversés

La Fabrique de l'industrie rappelle que les précédentes évaluations des différentes mesures d'allègements ont abouti à des résultats très contrastés et controversés. « Résumées grossièrement, les évaluations économétriques annoncent entre 0 et 400.000 emplois crées ou préservés, suivant les mécanismes étudiés », souligne le laboratoire d'idées. De telles différences révèlent toutes les difficultés à évaluer l'ensemble de ces mesures malgré le recul. Surtout, le niveau des cotisations sociales est loin d'être le premier frein à l'embauche pour les dirigeants.

Dans une enquête réalisée par l'Insee en décembre 2017, 17% des entreprises interrogées (dans l'industrie, les services et le bâtiment) estiment que les cotisations sociales sont trop élevées. En revanche, 32% des dirigeants interrogés affirment que le manque de main-d'oeuvre compétente constitue un frein à l'embauche.

Lire aussi : Emploi : quels sont les freins à l'embauche ?

Un effort budgétaire en plein boom pour un effet très limité

Depuis 1993, le coût des allègements de cotisations est largement monté en puissance. « Parties de zéro en 1993, les exonérations générales en faveur de l'emploi ont atteint en 2008 le seuil des 25 milliards d'euros annuels, et le CAE table aujourd'hui sur un coût annuel de 60 milliards en régime de croisière à partir de la fin 2019. »

Outre des effets limités sur l'emploi, ces mesures doivent faire l'objet d'un financement. Ainsi, ces dispositifs d'exonération « sont compensés à plus de 90% par des abondements de l'État aux caisses de sécurité sociale eux-mêmes financés par des prélèvements obligatoires ou des économies de dépenses publiques ». Ce coût de plus en plus en plus massif amène les auteurs de la note à porter un jugement sévère sur les allègements de cotisations sur les bas salaires. « La mesure, quoi qu'elle coûte de plus en plus cher, n'est à l'évidence pas à la dimension du problème qu'elle prétend contribuer à résoudre. » Surtout, l'organisme rappelle que toutes les marges de manoeuvre ont été exploitées étant donné que, au niveau du Smic, « il n'y a quasiment plus de charges ».

Un chômage toujours pesant

Bien que le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) diminue depuis plusieurs années, il continue de frapper les moins diplômés à grande échelle et aussi les emplois intermédiaires. Dans une récente enquête, l'OCDE a alerté sur les risques de polarisation de l'emploi avec, d'un côté, des emplois à bas salaires et qui nécessite peu de qualifications et de l'autre, des emplois hautement qualifiés.

Interrogé par La Tribune, l'économiste de l'institution internationale Stéphane Carcillo indiquait que « en France, depuis 20 ans, la part de l'emploi peu qualifié a augmenté de 4 points de pourcentage dans l'emploi total, et celle de l'emploi hautement qualifié de 8 points, tandis que celle de l'emploi moyennement qualifié (le plus facilement automatisable le plus souvent) a diminué de 12 points ».

Lire aussi : Emploi : l'OCDE tire la sonnette d'alarme

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Commentaires
a écrit le 16/05/2019 à 9:08 :
il y a déjà trente ans......de doctes consultants ont vendu aux entreprises le fait que les marges se font sur les achats et sur les coûts .....dont les salaires.....on voit le résultat......délocalisation en masse.....les trois quart des Citroën sont produites hors de France alors que son premier marché est la France.....60 milliards de compensation par l état aux organismes sociaux....c est a dire les trois quart du déficit.....et en même temps les chef d entreprise s hurlent au ....trop d impôt.....etc etc.......
dernier point.....depuis trente ans nos élites nous ont expliqué que les usines étaient faites pour les pays pauvres....ce sont ceux la qui se sont enrichis......
maintenant le mantra macronie c est la tech, rien que la tech.......on verra la crash arrivé.....sans coup férir......la tech veut des esclaves a petit prix ....
Amazone, Uber....Facebook ...Google.....sont faiblement producteur d emploi qualifié, hors les génies créateur de la silicone vallée.....mais ils exploitent bcp sans le dire toute une population très Pauvre tout autour de la planète
il va falloir sortir de l illusion des start up.......
a écrit le 15/05/2019 à 8:02 :
Exemple de charges.
Salaire brut 1800 euros, charges du salarié 375.13 euros, charge du patron 294.05.
Ce salaire est celui du mois d'avril, donc dans les discussions les patrons veulent encore mois de charges. Or ceux ci additionnent les charges du salarié et du patron, et se plaignent que ces charges sont trop importantes. Cela représente 38 % du brut.
Ce n'est pas parce que le patron fait le chèque aux différents organismes, que c'est lui qui paye tout. Il pique la part du salarié pour se plaindre en prétextant que les charges sont trop importantes. CQFD
a écrit le 14/05/2019 à 19:32 :
pourquoi ne peut on plus corrigre les textes???
a écrit le 14/05/2019 à 17:40 :
La baisse des charges, peut-être sur les bas salaires et encore ?
le coût de revient n'est pas fait que de bas salaire ! Les cotisations sociales devraient être assises sur une autre assiette de le travail. Mais aucun politique n'a le courage, car le pourvoir d'achat en prendrait un sérieux coup !
Avec un SMIC à 1500 balles le coût horaire même avec peu de charges est trop important.
On préfère le chômage au travail et emprunter sur les marchés financiers pour payer les chômeurs.
Réponse de le 15/05/2019 à 11:19 :
Si, je suis votre raisonnement, il faut donc baisser les salaires, jusqu'à quel , niveau, celui des Chinois, des Vietnamiens ou bien des plus bas des salaires en Afrique ? C'est suicidaire.
Plus de cotisations, cela signifie, plus de Sécu. , plus de retraite, etc. Quel progrès !
a écrit le 14/05/2019 à 16:24 :
Courage Macron, il faut continuer a réformer ce pays contre les conservatismes de gauche et de droite !
Réponse de le 15/05/2019 à 7:50 :
Ca suffit il faut arrêter ces baisses de charges, ce sont les contribuables qui payent. Si ça continue les contribuables vont bientôt payer l'intégralité des salaires du monde du travail.

On voit bien que la baisse de charges ne crée aucun emploi, par contre les actionnaires eux s'en mettent plein les poches.
Messieurs les patrons arrêtez de vous plaindre et bossez.
a écrit le 14/05/2019 à 15:17 :
On ne parle plus de "TVA sociale".... car contraire au dogme de Bruxelles comme... toute taxe a l'import pour cause d'éthique et d'écologie!
Le dogme signé dans les Traités impose des réformes et non des adaptations qui seraient contraire a l'uniformisation de la zone UE!
a écrit le 14/05/2019 à 13:09 :
Qui a jamais crû que la baisse des charges aidait à la réduction du Chômage ? Personne.
La baisse des charges permet aux entreprises d'améliorer leur rentabilité. Cette demande est constante au MEDEF, depuis des décennies, c'est leur leitmotiv, leur principale revendication. La baisse des charges sociales et si au passage "on" pouvait aussi baisser les salaires, c'en serait que plus profitable.
Réponse de le 15/05/2019 à 7:51 :
Tout à fait vrai et exact.
a écrit le 14/05/2019 à 11:42 :
ce n ai pas les cotisations a la secue qui gene l economie et agrave le chomage, c est tous simplement le manque d entrprise qui pour beaucoup ont dinimuez a causse des nouvelles technologie et aussi pars le dépars a l entrange de beaucoup d entre elles notament c elle du cat quarante; qui a elle seul pourrais reindustialise la France; c est une question de volonte politique???
Réponse de le 14/05/2019 à 14:34 :
Y a beaucoup d'entreprises du CAC40 qui ne sont pas en France ? Vous parlez de leurs "antennes", les usines à l'étranger (pour y réaliser le savoir faire français) ? On ne peut tout faire chez nous, imaginez des voitures que vous livrez à l'autre bout du monde, il vaut mieux les faire sur place. Forer en France, y a rien (fichue géologie !! On n'a que 1% de notre pétrole), Total explore ailleurs (et y paie 50% d'impôts sur le pétrole collecté, laissons le creuser en Guyane, il paiera s'il trouve). Quad on rachète des entreprises étrangères "Cocorico, on est les plus forts", puis "ben non faut pas c'est chez nous qu'il faut tout fabriquer"... :-)
a écrit le 14/05/2019 à 11:37 :
les charges sociales sur rémunérations ( cotisations employeur +salarié) doivent être limitées à la maladie + accidents du travail ,la retraite base+ complémentaire , le chômage base , la formation professionnelle dont apprentissage .
les suppressions ou réductions de charges ne seront plus nécessaires après ce recentrage sur les fondamentaux exclusifs de l'activité salariée .
la CSG+RDS , la cotisation famille(alloc familiales) , la cotisation logement , relevant de solidarité nationale doivent être transférées sur l'impôt ( IS ,IRPP , TVA sociale )
ces dispositions permettraient de diminuer la charge salariale globale des entreprises et en même temps d'augmenter le salaire net versé ( valeur de la CSG+RDS )
Réponse de le 14/05/2019 à 23:55 :
Vous décrivez un tour de magie, une illusion optique. Le net des salaires seraient gonflés en éliminant les quelques cotisations que vous avez citées, mais si on veut vivre sur le même pied il faudra bien que les impôts se chargent de le diminuer d'autant. Il n'y a pas de mystère, c'est bien les dépenses qui créent les cotisations, taxes impôts de tous genres. Sans diminuer les dépenses il n'y a aucun moyen de réduire l'impôt sauf à remplir le tonneau des danaïdes par des dettes sans fin qui s'accumulent et génèrent des charges supplémentaires d'intérêts ce qui augmente le besoin en impôts nouveaux et ce cercle vicieux se perpétue depuis 40 ans.

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