Baisse du déficit : pas de quoi se réjouir, selon la Cour des comptes

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L'Etat n'est pas le premier responsable de la baisse du déficit public en 2015.
L'Etat n'est pas le premier responsable de la baisse du déficit public en 2015. (Crédits : Reuters)
La réduction du déficit budgétaire de l’Etat observée en 2015 est en réalité faible, mais la politique de l'offre menée par le gouvernement a tout de même été budgétairement absorbée.

Le déficit budgétaire de l'Etat français a baissé à 70,5 milliards d'euros en 2015. C'est 3,9 milliards d'euros de moins que prévu dans la loi de finances initiale 2015. Dont acte. Mais la Cour des comptes ne saute pas pour autant au plafond. Réputés pour leur rigorisme budgétaire en matière de comptes publics, les magistrats de la rue Cambon soulignent que par rapport à 2014, l'amélioration du déficit budgétaire est faible. Selon l'institution présidée par Didier Migaud, il faut en fait retirer, pour être tout à fait honnête, des éléments exceptionnels enregistrés l'année précédente, c'est à dire les dépenses de 2014 liées au deuxième programme d'investissement d'avenir (PIA), ainsi qu'au mécanisme européen de stabilité (MES).

La politique de l'offre prise en charge

Ainsi, « après retraitement de ces éléments, le déficit budgétaire n'enregistre qu'une faible amélioration de 300 millions d'euros », constate la Cour des comptes dans un rapport publié ce mercredi. Point positif, cette légère baisse a été acquise en dépit de la montée en charge du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) qui a fait bondir les dépenses fiscales de l'Etat de 5,4 milliards d'euros en 2015, ainsi de la hausse des allègements de charges pour les entreprises de 5,1 milliards d'euros inclues dans le pacte de responsabilité et de solidarité. Autrement dit « la politique de l'offre est prise en charge par le budget de l'Etat », note-t-on au 13 rue Cambon.

Niveau élevé du déficit

Au regard de ces éléments, les magistrats s'inquiètent toujours de la persistance du déficit à un niveau élevé. Hors charge de la dette, il représente 1,3 % du PIB. Or, selon eux, pour stabiliser celle-ci, la France devrait dégager un excédent primaire de 0,5 %. La hausse de la dette de l'Etat a toutefois ralenti en 2015, elle n'a augmenté que de 48 milliards d'euros, soit moins que le déficit. Mais là encore, la Cour des comptes ne se réjouit pas. Elle note que cette moindre hausse est due à une politique d'émission visant à renégocier les dettes anciennes émises à taux beaucoup plus élevés qu'aujourd'hui. L'Etat a ainsi encaissé près de 23 milliards d'euros de primes d'émission qu'il a utilisées pour réduire sa dette. Or, bien entendu, si certains créanciers ont accepté de faire bénéficier à l'Etat de cette prime d'émission, c'est bien qu'il y a une contrepartie : ainsi l'Etat paiera une charge budgétaire d'intérêts plus élevée dans les années à venir.

L'Etat pas le premier responsable de la baisse du déficit public

Bref, ce n'est donc pas l'Etat en tant que tel qui est le premier responsable de la baisse du déficit public de la France à 3,5 % de son PIB en 2015. La Cour des comptes l'a confirmé. En effet, comme l'indiquait l'Insee fin mars, ce sont bien les collectivités locales, ainsi que les administrations de sécurité sociale qui ont permis au déficit public de se résorber. Selon l'Insee, les administrations de sécurité sociale ont réduit leur déficit annuel de 2,2 milliards d'euros par rapport à l'année précédente, et les administrations publiques locales ont fini l'exercice 2015 avec un excédent de 700 millions d'euros alors même que leur besoin de financement s'élevait à 4,6 milliards d'euros en 2014.

Effet néfaste sur l'investissement

Mais malheureusement, ces cures d'austérité que se sont imposées ces administrations ont eu des répercussions néfastes sur l'investissement, et donc sur l'emploi. L'excédent dégagé par le secteur public local est par exemple principalement dû à la baisse des investissements du secteur public local, de 4,6 milliards d'euros. En baisse de 17 % en deux ans, le niveau des investissements des collectivités locales a même atteint son plus bas niveau depuis 2003, juste au-dessus des 48 milliards d'euros.

Mais selon les prévisions d'experts, cette situation devrait se stabiliser en 2016. Pour remplir les objectifs de faire baisser son déficit public à 3,3 % du PIB en 2016, la France ne devrait donc pas pouvoir compter sur le « levier » de la baisse de l'investissement local. Il devra trouver d'autres solutions.

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Commentaires
a écrit le 25/05/2016 à 18:50 :
23 milliards € gagnés en primes d'émission.... un artifice financier, du pur Goldman Sachs. Exemple chiffré :
un capital de 1000 € à 10% l'an est à rembourser ; pour cela on peut emprunter à 0,1% l'an et payer dans un an 1001 € ; on préfère rouler l'emprunt à 10%, en sorte que le capital ne vaut plus que 910 € (1001/1,1) ; le gain actuel de 90 € (1000-910) sera ainsi payé dans le futur.
Le capital de la dette est réduit au détriment de sa charge future ; une telle manipulation impliquerait que les dettes publiques soient chiffrées à leur valeur actuelle et non à leur valeur faciale, sinon ce sera à nouveau la course aux emprunts toxiques.
a écrit le 25/05/2016 à 18:48 :
Transformer 23 milliards de dette en prime d'intérêt à payer dans le futur à une odeur toxique bien connue des élus. La fonction publique de l'état continue de tondre la France en fournissant un service public de moins en moins efficace. Le divorce entre les technocrates profiteurs et le tiers état n'a jamais été aussi large sous la cinquième république. La France a le gouvernement qu'elle ne mérite pas, vive le tiers état!
a écrit le 25/05/2016 à 15:41 :
Il est urgent de séparer l'état de l'économie ...!
Réponse de le 26/05/2016 à 13:01 :
Et se préparer au désastre...
a écrit le 25/05/2016 à 14:21 :
Les heures supplémentaires moins payés dans le cadre de la loi "Khomeini" concernent surtout les salariés du privé déjà pénalisés par la stagnation des salaires, baisse voir chômage. Par contre aucun problème pour les augmentations des rémunérations des fonctionnaires comme les deux dernières C et enseignants publics malgré leur 32h mensuel de travail et la piètre qualité de service rendu. Chercher l'erreur. EX-ministre Montebourg a raison la France est divisé. 2017 sera-t-elle la guerre civile ou l'arrivée au pouvoir du FN ?
Pour faire des économies réelles il suffit d'avoir le courage d'ouvrir et défoncer la bonne porte et de ne pas plier face à la dictature des syndicats du publics !
a écrit le 25/05/2016 à 11:44 :
secret de polichinelle que la france a prefere faire de la depense courante avec la dette que paieront ses enfants et petits enfants, au lieu de faire de l'investissement qui donneraient un meilleur niveau de vie a ces derniers et des emplois susceptibles de la rembourser!
le pays est plie par egoisme generationnel et interets politicards
ft pas s'etonner du vote fn!
a écrit le 25/05/2016 à 11:21 :
la croissance sera plus forte que prévue d'après le FMI.Et tout ceci avec une politique de l'offre ce qui est neuf.Hollande restera comme celui qui a réformé et relancé l'économie française dans le consensus
Réponse de le 25/05/2016 à 11:59 :
Je me suis demandé si nous étions dans le même pays!
Mais une fois vu votre pseudo, je comprends mieux....
réforme, consensus, relance.... oui, autant qu'absence de pénurie de carburant. Pas de soucis d'autisme de la classe politique par rapport à la vraie vie, non non. C'est une idée.
Rien de plus à ajouter.
Réponse de le 25/05/2016 à 12:32 :
Vous êtes bien le seul qui pense qu'il restera comme un réformateur
Il N a rien réforme et fait comme son prédécesseur des dettes et des mensonges qui vont l envoyer dans les poubelles de l histoire
Réponse de le 25/05/2016 à 12:53 :
Il est vrai que Hollande va peut-être réussir l’équation difficile de concilier la réduction de notre déficit, la protection du pouvoir d'achat et la progression des investissements.
Le FMI qui rehausse de 1,2 a 1,6 %, excusez du peu, est un signe très important sur la capacité de la France a relancer la machine bloquée depuis 12 ans.
Réponse de le 25/05/2016 à 13:41 :
François , c'est toi qui te cache derrière ce pseudo, ou Gaspard Gantzer lol ?
a écrit le 25/05/2016 à 11:12 :
Administrations publiques sans utilités ou en doublons, agents publiques à très faible productivité ou sans tâches de travail et absentéisme élevés, etc,... tant que nos politiciens se préoccupent plus de leur nombril que de l'intérêt général notre pays court à la ruine. Il manque à notre pays un vrai leader pour s'attaquer aux vrais réformes que sont l'état et ses 6 millions de fonctionnaires !!!
Réponse de le 26/05/2016 à 13:04 :
Parce que vous pensez que dans le privé la productivité est toujours au top ? J'aimerais bien mesurer la votre également...

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