Brexit : la France s'alarme du manque de préparation des PME

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Malgré la multiplication des opérations de sensibilisation, l'exécutif a décidé de passer à l'offensive comme l'a expliqué la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher. En effet, 3.300 entreprises françaises sont implantées outre-Manche, ce qui représenterait environ 370.000 emplois selon des chiffres communiqués par le Medef.
Malgré la multiplication des opérations de sensibilisation, l'exécutif a décidé de passer à l'offensive comme l'a expliqué la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher. En effet, 3.300 entreprises françaises sont implantées outre-Manche, ce qui représenterait environ 370.000 emplois selon des chiffres communiqués par le Medef. (Crédits : Gonzalo Fuentes)
Face au scénario noir d'un "hard brexit", le gouvernement veut muscler son plan de sensibilisation à destination des PME.

"Nous devons nous préparer au pire." A 60 jours de la date officielle du Brexit, les inquiétudes se multiplient au sein du gouvernement. Alors que le Parlement britannique a rejeté, le 15 janvier dernier au soir, l'accord ardemment négocié entre les représentants de l'Union européenne (UE) et l'exécutif britannique, les membres du gouvernement français ont tiré la sonnette d'alarme ce vendredi 25 janvier. Lors d'une conférence de presse donnée à Bercy, la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runnacher et Nathalie Loiseau, la ministre chargée des Affaires européennes ont présenté aux fédérations professionnelles un plan de sensibilisation des entreprises aux conséquences d'un Brexit sans accord (ou "Hard Brexit ou "No Deal").

"Le risque d'une sortie sans accord s'est significativement accru [...] Il n'y a plus de temps à perdre pour les entreprises [..] Le décompte est lancé" a indiqué Mme.Agnès Pannier-Runnacher.

Il y trois mois, l'heure était à l'apaisement dans les cabinets ministériels. Si les hauts fonctionnaires paraissaient sereins dans l'enceinte du ministère de l'Economie, les rebondissements des dernières semaines au Royaume-Uni ont plongé un bon nombre de PME dans l'inconnu. Et même si Nathalie Loiseau a déclaré "keep calm and carry on" ("Restons calmes et avançons") en rappelant que le 24 janvier était la date de commémoration de la mort de l'ancien Premier ministre Winston Churchill, elle appelle à envisager tous les scénarios. Elle a par ailleurs précisé lors de son allocution que, "à aucun moment le gouvernement britannique ne nous a demandé de manière formelle ou informelle un report de la date du 29 mars."

Les PME en retard

Après une vingtaine de réunions organisées en régions, "les PME n'ont pas pris complètement en compte le sujet", a signalé la secrétaire d'Etat. En cas de sortie sans accord du Royaume-Uni, "cela signifie que, dès le 30 mars, l'île redevient un pays tiers avec lequel l'UE n'aurait plus d'accord bilatéral sur le commerce des biens et des services, la coopération en matière douanière, le transfert de données personnelles ou encore le transport aérien", sachant que près de 30.000 entreprises réalisent des exportations vers le royaume britannique. Sans oublier les 3.300 entreprises françaises implantées outre-Manche, qui, selon des chiffres communiqués par le Medef, représenteraient environ 370.000 emplois (directs et indirects).

L'ensemble des entreprises françaises ne sont pas logées à la même enseigne. Si les grandes entreprises ont souvent des moyens juridiques et financiers pour se préparer à tous les scénarios, ce n'est pas forcément le cas des petites et moyennes entreprises françaises (PME), ni des entreprises de taille intermédiaire (ETI).

L'offensive du gouvernement

Face à ce retard, le gouvernement a décidé de passer à l'offensive. La semaine dernière, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé le déclenchement d'un "plan lié à un Brexit sans accord". Ce dispositif, en préparation depuis le printemps 2018, comporte "des mesures législatives et juridiques qui visent à faire en sorte qu'il n'y ait pas d'interruption de droits et que les droits de nos concitoyens ou de nos entreprises soient effectivement protégés", a indiqué le chef du gouvernement à l'issue d'une réunion avec plusieurs ministres à Matignon. Cet arsenal comporte cinq ordonnances "qui nous permettront d'avoir un cadre juridique qui réponde aux enjeux d'un Brexit sans accord", a-t-il souligné.

Il s'agit notamment de protéger les intérêts des Français résidant au Royaume-Uni, de garantir un statut pour les citoyens britanniques en France et encore de prévoir les mesures en vue du rétablissement des contrôles de marchandises aux frontières. Outre ces ordonnances, le locataire de Matignon a annoncé "un plan d'environ 50 millions d'euros d'investissement dans les ports et les aéroports français", soit "les lieux les plus concernés par les modifications à apporter". "600 recrutements seront réalisés dans les semaines qui viennent (...) il s'agit d'emplois de douaniers, de contrôleurs vétérinaires, de toute une série d'agents de l'État, qui vont permettre, là encore, d'être à la hauteur des enjeux, d'être à la hauteur des contrôles nécessaires", a-t-il développé. Outre le passage aux frontières des biens et des services, le gouvernement veut s'assurer "de la continuité des services financiers et du financement de l'économie."

> Lire aussi : Risque d'un "no deal" sur le Brexit : la France active son plan d'urgence

Un plan ciblé sur les PME

En décembre dernier, la direction générale des entreprises (DGE) a publié un guide pour aider les entreprises à se préparer à toutes les situations, même la sortie du Royaume-Uni sans accord. De son côté, le Medef avait également sorti son guide à destination des entreprises.

En cette fin du mois de janvier, le gouvernement a décidé de renforcer son plan de sensibilisation sur les PME par :

  • la diffusion d'un nouveau support intitulé "Se préparer à une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'Union européenne";
  • l'organisation d'une nouvelle série de réunions en régions, animées notamment par les Direccte.

A ce stade, 42 nouvelles réunions sont déjà programmées ou en cours de programmation, précise un communiqué. Pour être prêtes, Agnès Pannier-Runacher a expliqué que les entreprises "doivent matérialiser tous les points de contact avec le Royaume-Uni comme les matières importées, les exportations, les personnes, les services financiers, les flux de capitaux. Pour certains sujets, la membre du gouvernement recommande "aux entreprises de faire un stock, d'anticiper les augmentations de tarifs douaniers".

Le patronat inquiet

De son côté, la Confédération des PME (CPME) s'est également alarmée des conséquences pratiques d'un "hard brexit". Dans un récent communiqué l'organisation patronale "recommande aux entreprises de vérifier le plus rapidement possible l'origine des produits alimentant leur chaîne d'approvisionnement, et ce, afin de surveiller leur conformité avec les règles en vigueur dans l'Europe des 27."

En outre, ils alertent que les formalités douanières "auxquelles viendront s'ajouter des contrôles phytosanitaires, causeront un préjudice considérable aux entreprises. Le commerce de denrées alimentaires périssables deviendra ainsi pratiquement impossible." Au Medef, l'ambiance n'est pas à l'accalmie. Son président Geoffroy Roux de Bézieux, a récemment indiqué que "face au Brexit, la seule urgence pour nous est d'accélérer la préparation des entreprises au pire scénario, même si le pire n'est pas sûr."

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Commentaires
a écrit le 28/01/2019 à 18:58 :
Le gouvernement veut muscler son plan de sensibilisation vers les PME, ou en fait, son plan d'information -propagande pour les élections européennes à venir...
a écrit le 26/01/2019 à 15:52 :
La France s' alarme du Brexit tout court et s'il y avait contagion ..?
a écrit le 26/01/2019 à 10:48 :
Qu'en sera t'il pour les retraités anglais vivants dans l'union européenne ?
a écrit le 26/01/2019 à 9:14 :
Je trouve inconvenant qu'un gouvernement aux résultats aussi misérables et dans une situation presque insurrectionnelle fasse la leçon à des managers d'entreprises en quasi survie par sa faute.
Réponse de le 28/01/2019 à 0:18 :
De quelle insurrection parlez-vous ? Vous rêvez debout ?
a écrit le 26/01/2019 à 8:32 :
Les PME ont autre chose à faire que se préparer à l'improbable inventé par les gouvernements. Les échanges commerciaux de la France avec UK s'élèvent à 30 milliards et sont à peu près équilibrés. Les viticulteurs du bordelais n'auront pas de peine à s'adapter. Ce sera plus difficile pour les producteurs de fraises andalous.
a écrit le 25/01/2019 à 17:40 :
Les PME, elles portent la France à bout de bras (impôt implicite 2 à 3 fois supérieur à celui des grandes entreprises), elles vont financer cette année le prélèvement à la source ...
Alors, soignez vos marchés publics de telle sorte qu'ils puissent enfin aller aux PME et leur donner de l'oxygène, plutôt que de vous inquiéter de leur impréparation parce que vous n'avez pas été fichus de conclure un "deal" avec l'Angleterre ...
a écrit le 25/01/2019 à 17:08 :
il ne doit pas y avoir de pme pour lesquelles le uk est crucial.... dans le pire des cas elles perdront un marche, mais vu comme les boites francaises exportent effectivement c'est pas trop inquietant
Réponse de le 26/01/2019 à 10:59 :
Je connais pas mal d'exploitations agricoles qui produisent " des shiitakes" champignon qui ressemble au cèpe (sauf pour le goût ... avis personnel), qui vendent 95% de leur production outre Manche. On fait quoi?
Réponse de le 26/01/2019 à 13:22 :
@pmxr: tout le monde (patrons mais aussi ouvriers, stagiaires et lycéens) sait qu'il faut diversifier ses débouchés pour limiter les risques. 95% de sa production vers le même canal ? A terme, c'est fichu ! UK ou autre, on ne vend pas 95 % de sa production au même client.
Par ailleurs, le "Shiitake" c'est si bon que les producteurs n'en mangent pas et préfèrent acheter d'autres champignons lorsqu'ils font la cuisine.

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