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Budget : Barnier reçoit ses opposants, le RN n'exclut pas la censure

latribune.fr

Publié le 25 novembre 2024 à 10:06 - Mis à jour le 25 novembre 2024 à 19:25

Le Premier ministre Michel Barnier avait déjà reçu plusieurs responsables de l'opposition avant sa déclaration de politique générale début octobre (photo d'archive).

Le Premier ministre Michel Barnier avait déjà reçu plusieurs responsables de l'opposition avant sa déclaration de politique générale début octobre (photo d'archive).

Stephanie Lecocq

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Le Premier ministre a entamé lundi matin des consultations avec les responsables des groupes parlementaires d'opposition. Il est menacé de censure notamment par le RN et LFI.

[Article publié le lundi 25 novembre 2024 à 11h06, mis à jour à 14h23] Pour éviter une censure, le Premier ministre joue la carte de la consultation. Michel Barnier reçoit dès ce lundi les chefs des groupes parlementaires d'opposition. Les échanges ont débuté avec Marine Le Pen pour le Rassemblement national (RN). Ils se sont poursuivis avec  Stéphane Lenormand pour Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) et vont continuer avec Mathilde Panot pour La France Insoumise (LFI) et Éric Ciotti pour l'Union des droites pour la République (UDR).

Si Michel Barnier risque la censure, c'est parce qu'il a récemment indiqué qu'il emploierait « probablement » dans les prochaines l'article 49.3 de la Constitution pour voter le budget 2025. Cette arme constitutionnelle permet l'adoption d'un texte sans vote... sauf si une motion de censure venait renverser le gouvernement.

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Michel Barnier utilisera « probablement » le 49.3 pour l'adoption du budget

Le RN menace toujours

La cheffe de file des députés d'extrême droite est arrivée sans un mot à Matignon ce lundi matin vers 8h30. Elle a « répété ses lignes rouges » au Premier ministre qui lui « est apparu en même temps courtois et campé sur ses positions ».

Elle a jugé en particulier que « l'augmentation des taxes sur l'électricité était inadmissible », tout comme la désindexation des retraites, même réduite de moitié. Elle a dénoncé « le déremboursement des médicaments » et réclamé des « économies claires » sur l'immigration. Notamment le budget de l'aide médicale d'État (AME), ainsi que « le fonctionnement de l'État ».

« Ma position n'a pas évolué. Pas plus, semble-t-il, que n'a évolué celle du Premier ministre »,a-t-elle affirmé en sortant.

Hors budget, les deux responsables ont discuté immigration, proportionnelle et agriculture, a précisé Marine Le Pen. Mais sans nouveauté du Premier ministre sur ces sujets, selon elle.

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Censure du gouvernement : Marine Le Pen accentue la pression sur Michel Barnier

« Coalition des contraires »

Juste après cette rencontre, Michel Barnier s'est rendu à l'Elysée pour son rendez-vous hebdomadaire avec le président Emmanuel Macron. Il a reçu ensuite le chef de file du groupe centriste Liot, Stéphane Lenormand. Ce dernier est reparti sans un mot après une grosse demi-heure d'échanges.

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Du côté de LFI, Mathilde Panot a indiqué, avant son entrevue, qu'elle comptait répéter à Michel Barnier « qu'il n'a pas de légitimité démocratique ». Et que son parti déposera, avec le reste de la gauche, une motion de censure en cas de recours au 49.3 sur le budget.

Reste que pour que la censure soit validée, cela supposerait que le RN et la gauche joignent leur voix. Ce qui représenterait une « coalition des contraires » aux yeux du Premier ministre, qui s'est dit toutefois y « être prêt ». « Je sais que ce n'est pas ce que souhaitent les Français, qui souhaitent aujourd'hui la stabilité, la sérénité », a-t-il néanmoins déclaré.

Un sondage Ipsos pour La Tribune Dimanche publié ce dimanche indique pourtant que 53% des Français souhaitent voir le gouvernement tomber. Et la cote de Michel Barnier chute dans un autre sondage Ifop pour le JDD, à 36% contre 45% lors de sa nomination début septembre.

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53% des Français pour une motion de censure

Les risques d'un budget pas adopté

Si le gouvernement est renversé, le budget ne sera pas adopté. Une éventualité contre laquelle a mis en garde la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, dans Le Parisien. Ce serait pour elle « un scénario à la grecque » avec un risque de crise financière. Un avis partagé par François Bayrou, allié du gouvernement.

« Il n'y a personne de responsable dans le pays qui puisse souhaiter que tombe un gouvernement qui a été nommé il y a deux mois »,a-t-il abondé.

Le RN a de son côté temporisé. Marine Le Pen a minimisé ce lundi les conséquences d'un rejet du budget. Elle a indiqué refuser de céder « à la petite musique consistant à dire si jamais ce budget est refusé, s'il y a une censure, ça va être dramatique, ça va être le chaos, etc. ». Et d'ajouter : « C'est le budget de l'année dernière qui s'appliquera. Il est plutôt moins mauvais que celui-là puisqu'il y a moins d'impôts qui pèseront sur les classes populaires et les classes moyennes », a-t-elle jugé.

Précédemment, le vice-président du RN, Sébastien Chenu, avait évoqué l'adoption d'une « loi spéciale » budgétaire en cas de censure. Celle-ci autoriserait l'État à continuer à percevoir les impôts existants jusqu'au vote de la loi de finances. « Il ne faut pas faire peur aux Français pour rien », a répliqué Sébastien Chenu.

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Multiples recours

Outre le budget 2025, deux autres textes budgétaires sont susceptibles d'être soumis au 49.3. Notamment le budget de la Sécurité sociale. L'ensemble de ce texte doit faire l'objet d'un vote mardi au Sénat. Puis une Commission mixte paritaire députés-sénateurs (CMP) devrait être réunie mercredi. Si le « socle commun » gouvernemental y est majoritaire, les macronistes menacent de la faire capoter. Ils s'affichent en effet vent debout contre la réduction des allègements de cotisations patronales sur les salaires.

Si au cours de cette réunion en petit comité, les sept sénateurs et sept députés arrivent à s'entendre sur une copie commune, le texte fera son retour à l'Assemblée le 2 décembre. C'est à ce moment que Michel Barnier devra probablement utiliser son premier 49.3, pour s'éviter un vote à coup sûr défavorable. Une première motion de censure serait alors déposée par la gauche et serait ensuite examinée au plus tôt 48 heures après.

Autre texte où cet article pourrait être sorti : le projet de loi de Finances de fin de gestion pour 2024, qui fixe les ajustements budgétaires à réaliser en fin d'année 2024. Déjà rejeté en première lecture à l'Assemblée, il est examiné ce lundi matin au Sénat, où il devrait être adopté. De sources parlementaires, une CMP devrait avoir lieu le 3 décembre. En cas d'accord, le texte ferait alors son retour à l'Assemblée le lendemain où il devrait être adopté avec un recours au 49.3 du gouvernement. Ce qui déclencherait une deuxième motion de censure de la gauche.

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Il n'empêche que c'est surtout le budget qui fera office de moment décisif. Il arrive en séance ce lundi au Sénat, avec un vote solennel prévu le 12 décembre, prélude à la réunion d'une CMP. Selon le président de la commission des Finances, Éric Coquerel (LFI), la lecture définitive de l'Assemblée interviendra le 18 décembre avec très probablement un 49.3. Et donc une motion de censure déposée encore une fois par la gauche. À moins que le dialogue porte ses fruits d'ici là.

(Avec AFP)

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