53% des Français pour une motion de censure
Ludovic Vigogne

Michel Barnier était présent lors de l'inauguration de la tranchée du Musée de la Grande Guerre, à Meaux, le 11 novembre 2024.
LTD/Stéphane Lemouton / Bestimage
Ludovic Vigogne

Michel Barnier était présent lors de l'inauguration de la tranchée du Musée de la Grande Guerre, à Meaux, le 11 novembre 2024.
LTD/Stéphane Lemouton / Bestimage
Cet automne, Michel Barnier a changé les chaises autour de sa table de travail car elles lui donnaient mal au dos. Marine Le Pen, qui éprouve souvent pareille douleur, y sera-t-elle sensible ? Ce lundi, le Premier ministre l'accueillera dans son bureau.
Entre eux, ce rendez-vous sera d'importance. La présidente du groupe RN à l'Assemblée sera la première à être reçue dans le cadre de la série de consultations des groupes d'opposition au Parlement que Michel Barnier mènera jusqu'à jeudi. Mais depuis plusieurs jours, Marine Le Pen et ses troupes ont électrisé la situation. Elles n'excluent en effet pas de joindre leurs voix à la motion de censure que ne manquera pas de déposer le Nouveau Front populaire à la mi-décembre pour rejeter le budget du gouvernement. Cela ferait tomber celui-ci. Depuis, tout le monde s'agite. Et si le Premier ministre chutait à la veille de Noël ? C'est devenu le feuilleton actuel.
Lundi, Marine Le Pen n'arrivera pas de bonne humeur à Matignon. Depuis deux mois, elle a estimé être totalement négligée par le Premier ministre, qui ne l'avait jusqu'à présent jamais reçue. Dans le cadre des discussions budgétaires, elle avait exprimé quelques revendications. Il n'en a pas tenu compte. La triple candidate à la présidentielle avait notamment déclaré inacceptable le décalage de la revalorisation des pensions de retraite au 1er juillet. Mais quand le chef du gouvernement est revenu sur cette décision, c'est à Laurent Wauquiez qu'il a accordé cette concession, et le président du groupe Droite républicaine, qu'elle exècre, a pu aller triompher au 20 Heures de TF1.
Globalement, Marine Le Pen n'a pas du tout apprécié la manière dont il a géré le débat budgétaire au Palais-Bourbon, laissant celui-ci s'enliser, alors que les députés du socle commun brillaient par leur absence. « Elle a trouvé sa méthode méprisante pour l'Assemblée et que cela révélait une autre facette de Michel Barnier : un homme moins respectueux qu'il le prétend », assure Sébastien Chenu, député du Nord, très proche d'elle.
Michel Barnier cherchera-t-il à calmer le courroux de Marine Le Pen ? Y parviendra-t-il ? À Matignon, on insiste sur son état d'esprit : « Il est ouvert au dialogue. » Lors de leur rendez-vous, le Premier ministre n'entend pas se limiter aux sujets budgétaires et évoquera également les grands enjeux du pays. Pourrait-il faire un geste sur la mise en place de la proportionnelle aux législatives que souhaite Marine Le Pen, alors que jusqu'à présent il a laissé le sujet en plan ?
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Sans attendre, face à la perspective d'une possible motion de censure qui ferait connaître au pays de fortes secousses, le chef du gouvernement a en tout cas commencé à dramatiser son discours afin de mettre chacun devant ses responsabilités. « Je sais que ce n'est pas ce que souhaitent les Français, qui souhaitent aujourd'hui la stabilité, la sérénité », a-t-il déclaré devant le congrès des maires de France, jeudi. Selon un sondage réalisé par Ipsos pour La Tribune Dimanche, la réalité semble plus contrastée. 53% des Français se prononcent pour une censure du gouvernement Barnier. Dans le détail, ce résultat est totalement structuré par socles partisans. Si 88% des sympathisants LFI y sont favorables, 85% de ceux de Renaissance, du MoDem et d'Horizons et 83% de ceux de LR y sont opposés. Au RN, ils sont 67% à souhaiter une telle censure.
Ce sera le chiffre le plus scruté. Marine Le Pen pourra-t‑elle ne pas donner satisfaction à sa base ? « Même si la base est très favorable à une censure, elle n'est pas suffisante pour gagner une élection », réplique une ministre. Au sein du gouvernement, ils sont nombreux à ne pas vouloir croire à une chute de celui-ci, même si la menace d'inéligibilité immédiate qui plane désormais sur Marine Le Pen dans le cadre du procès des assistants parlementaires du FN a pu faire basculer ses troupes dans l'irrationnel. « Je pensais que passer pour des artisans du désordre n'était plus ce que le RN recherchait », dit un autre de ses collègues.
À Matignon, on insiste aussi beaucoup sur un autre entretien que le Premier ministre aura mercredi. Ce sera avec Boris Vallaud, le président des députés socialistes, et Patrick Kanner, celui des sénateurs. « Le PS est pivot à l'Assemblée. Ce groupe, qui compte un ancien président de la République, est-il prêt à voter une motion de censure avec Mathilde Panot et Marine Le Pen pour faire tomber le gouvernement et provoquer une instabilité économique et institutionnelle ? » interroge ainsi un de ses proches. Dans l'enquête Ipsos, le résultat est néanmoins net : 73% des sympathisants PS désirent une censure du gouvernement Barnier.
Aujourd'hui, la dynamique de celle-ci peut-elle encore être enrayée ? Lancé dans un contre-la-montre, le Premier ministre a un mois pour s'y employer. S'il échouait, seuls 29% des Français disent souhaiter sa reconduction par Emmanuel Macron à Matignon. 33% d'entre eux préféreraient la nomination d'un Premier ministre issu, comme Michel Barnier, du socle commun, et 38% d'un Premier ministre issu du Nouveau Front populaire. « C'est un retour à la case départ : on retrouve la même situation qu'il y a cinq mois, au lendemain du second tour des législatives, analyse Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos. Les lignes ne bougent pas. Les rapports de force sont cristallisés. »


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Sondage Ipsos pour La Tribune Dimanche effectué du 20 au 22 novembre 2024 auprès d'un échantillon représentatif de la population française de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus interrogées par Internet selon la méthode des quotas. (Crédits : Infographie Camille Chauvin pour La Tribune Dimanche.)
Ludovic Vigogne