La Chambre haute a approuvé mardi une mesure de réduction des allègements de cotisations patronales, qui devrait permettre de dégager trois milliards d'euros au détriment des employeurs, soit un milliard de moins qu'envisagé par le gouvernement dans son projet de budget de la Sécurité sociale.
Dominé par la droite et les centristes, le Sénat a été plus indulgent mardi envers les employeurs que ce que prévoyait initialement le gouvernement. Néanmoins, il n'a pas supprimé la mesure de réduction des allègements de cotisations patronales comme le demandait des élus Renaissance.
La Chambre haute, après des heures de débat, a adopté un dispositif intermédiaire par rapport à la proposition du gouvernement, qui visait initialement une rentrée de quatre milliards d'euros pour financer la Sécu. Il devrait dégager trois milliards d'euros au détriment du patronat. La mesure, déjà adoptée ces derniers jours en commission, entend « préserver l'emploi » pour les salaires autour du Smic, pour lesquels les allègements de cotisations patronales resteraient inchangés. Et propose en contrepartie un effort supérieur sur les plus hauts salaires, tout particulièrement sur l'année 2026.
Pour les salaires situés entre 1 et 1,3 Smic, le gouvernement souhaitait initialement remonter les cotisations patronales, de deux points de pourcentage en 2025 et de deux autres points en 2026. Mais la mesure - susceptible de détruire « des centaines de milliers d'emplois » selon le Medef et 50.000 selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) - a suscité une levée de boucliers au sein même du camp gouvernemental. Le dispositif avait d'ailleurs été supprimé à l'Assemblée nationale, mais les débats n'avaient pas pu aller à leur terme avant la transmission du texte au Sénat.
La ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet a jugé « extrêmement intéressante » la proposition de la majorité sénatoriale pour 2025, estimant qu'elle permettrait de « limiter les effets de bord voire les neutraliser en ce qui concerne les bas salaires ». Elle a néanmoins été défavorable à la proposition du Sénat pour l'année 2026, jugeant l'effort trop brutal pour les entreprises.
Une commission mixte paritaire tranchera
Les modalités définitives de cette mesure inflammable dépendront des discussions à venir lors d'une commission mixte paritaire réunissant députés et sénateurs, prévue le 27 novembre selon plusieurs sources parlementaires, pour aboutir à un compromis. Ces échanges s'annoncent très incertains, en raison du bras de fer engagé par les députés Renaissance avec le gouvernement de Michel Barnier.
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Le gouvernement a déjà lâché du lest ces derniers jours en se disant prêt à diviser par deux les efforts demandés aux entreprises, mais il n'a pas proposé de mesure en ce sens lors des débats au Sénat, qui n'est pas allé aussi loin.
« Il faut casser la dynamique »d'augmentation des allègements de charge, qui tutoient aujourd'hui les 80 milliards d'euros, a insisté la rapporteure générale centriste Elisabeth Doineau.« On ne peut pas continuer comme ça. ».
Les quelques parlementaires Renaissance élus au Sénat ont tenté en vain d'obtenir la suppression totale de la mesure : « L'emploi ne peut pas être une variable d'ajustement budgétaire », a lancé le sénateur Xavier Iacovelli. Mais seule une trentaine d'élus l'ont suivi, avec une discipline assez remarquable dans les rangs de la droite, où de nombreux amendements de suppression ont finalement été retirés au nom de la « responsabilité collective » prônée par le président LR de la commission des Affaires sociales Philippe Mouiller. La gauche n'a pas eu plus de succès dans ses tentatives d'accentuer l'effort demandé aux entreprises.
Le Sénat a également adopté, avec le soutien du gouvernement, une diminution des allègements concédés aux entreprises sur les « actions gratuites », c'est-à-dire le fait pour un employeur de distribuer des actions gratuitement à des salariés ou dirigeants pour les fidéliser. Le dispositif est censé rapporter 4 à 500 millions d'euros.
Finances publiques : les anciens ministres dénoncent un rapport sénatorial au vitriol
Gabriel Attal, Elisabeth Borne, Bruno Le Maire et Thomas Cazenave ont fait front commun mardi pour répondre avec véhémence à un rapport sénatorial au vitriol contre leur gestion des finances publiques. Ce rapport, dévoilé mardi après-midi, dénonce une « irresponsabilité budgétaire assumée » et un « attentisme dommageable » des exécutifs précédents.
La réaction n'a pas tardé. Deux heures plus tard, l'ancien ministre de l'Economie Bruno Le Maire tance un « réquisitoire d'opposants politiques », « truffé de mensonges », lors d'un point presse aux côtés des deux anciens chefs du gouvernement et de l'ex-ministre du Budget Thomas Cazenave.