Budget de l'État : l'avertissement de la Cour des comptes

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(Crédits : Charles Platiau)
La Cour des comptes a salué mercredi les progrès accomplis l'an dernier dans la gestion du budget de l'État, tout en mettant en garde contre le recours croissant à des fonds budgétaires dédiés, qui échappent au contrôle du Parlement.

La Cour des comptes a salué mercredi les progrès accomplis l'an dernier dans la gestion du budget de l'État, tout en mettant en garde contre le recours croissant à des fonds budgétaires dédiés, qui échappent au contrôle du Parlement. "En 2018, l'exécution a été mieux maîtrisée qu'au cours des années précédentes, notamment grâce à une programmation plus sincère des dépenses", a salué la Cour dans son rapport sur l'exécution du budget de l'État 2018, remis au Parlement. Selon Bercy, les dépenses de l'État se sont élevées l'an dernier à 325,2 milliards d'euros, soit 1,1 milliard d'euros de moins que l'objectif de la loi de finances initiale. Sur un an, la hausse a atteint 0,3%, contre 3,2% en 2017.

Une meilleure répartition des efforts

L'effort de réduction des dépenses indispensable pour compenser les baisses de prélèvements mises en oeuvre par le gouvernement doit être réparti entre l'État, les administrations de Sécurité sociale et les collectivités locales, estime la Cour des comptesDans son rapport sur l'exécution du budget 2018 de l'État publié mercredi, elle appelle également à proportionner les baisses d'impôt à la réduction de la dépense. A 76,0 milliards d'euros l'an dernier (contre 67,7 milliards en 2017), le déficit budgétaire de l'État s'est creusé après trois ans de quasi-stabilité, à l'inverse des collectivités locales et de la Sécurité sociale, toujours excédentaires.

Cette dégradation du déficit du budgétaire s'explique, au-delà d'une poursuite de la progression des dépenses à un rythme ralenti, par le fait que l'État a porté "l'essentiel" du coût des baisses de prélèvements sur les ménages et les entreprises opérées sur les recettes de l'ensemble des administrations publiques.

En plus du coût des mesures fiscales (baisse de l'impôt sur les sociétés, suppression de l'ISF au profit de l'IFI, par exemple), l'État a en effet assumé -par des compensations aux collectivités locales d'une part et à la Sécurité sociale d'autre part- les pertes de recettes consécutives à la baisse de la taxe d'habitation et à la suppression de certaines cotisations salariales.

Le dérapage du déficit budgétaire était dès lors inéluctable, l'État ne pouvant à lui seul effectuer une baisse de la dépense équivalente à ces "baisses de recettes importantes", selon la Cour. "Remédier à cette situation à l'avenir implique que les baisses d'impôt soient proportionnées à l'effort de baisse de la dépense (et) que ce dernier soit réparti entre l'ensemble des administrations publiques", notent les magistrats.

Une dette toujours en progression

Ils préconisent également de réexaminer le partage des recettes et des charges entre l'État, les collectivités locales et la Sécurité sociale, incontournable pour permettre une réduction rapide du déficit du budget de l'État. Au total, le déficit du budget de l'État est resté "très élevé" l'an dernier: il excède de 33,4 milliards d'euros le niveau qui permettrait de stabiliser la dette exprimée en points de PIB (produit intérieur brut), contre un dépassement de 23,4 milliards en 2017.

Malgré l'alourdissement de la dette de l'État, la réduction de celle des autres administrations a permis à la dette publique de se stabiliser par rapport au PIB, à 98,4% en 2018 comme en 2017. Cette forte hausse de l'endettement de l'État n'a pas augmenté la charge des intérêts, restée stable l'an dernier grâce à des niveaux toujours très faibles des taux d'intérêt. Mais elle l'expose à un accroissement très significatif de sa charge financière dans l'hypothèse d'une remontée des taux, ce qui contraindrait alors ses autres dépenses, prévient la Cour.

Plus largement, les magistrats saluent un exercice 2018 caractérisé "par une programmation plus sincère des dépenses, dont l'exécution a été mieux maîtrisée qu'au cours des années précédentes", avec moins de sous-budgétisations, des ouvertures et annulations de crédits plus faibles dans la loi de finances rectificative ainsi que l'absence de décret d'avance.

Ils précisent cependant que ce satisfecit global ne doit pas occulter la persistance de quelques pratiques de gestion critiquables, qu'il s'agisse du problème récurrent de la sous-budgétisation dans le domaine des opérations extérieures (Opex) dans le champ de la Défense, du gel de dépenses inéluctables ou de l'utilisation inappropriée de la dotation pour dépenses accidentelles ou imprévisibles.

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Commentaires
a écrit le 16/05/2019 à 14:41 :
En bref, d'après la Cour des Comptes, quand vous êtes incapables de réellement baisser le déficit (il n'a baissé que par des artifices budgétaires sur les recettes, et les dépenses, comme les revenus des douanes) malgré la croissance, et qu'en septembre 2018 vous êtes obligés de réévaluer le déficit en hausse, vous êtes honnêtes. Et quand vous tenez vos objectifs, malgré une croissance faible, vous êtes malhonnêtes.

Il faut voir que cet organisme avait prévu en juin 2017 que la croissance française n'atteindrait pas les 1.4 % budgétés : au final, elle a atteint les 2.3 % du PIB.

Bel exemple de ce qu'il semble bien être de la malhonnêteté intellectuelle qui mine la confiance que les français peuvent avoir de leurs élites.

Au vu de cela, on peut penser que si c'était Marine le Pen qui était au pouvoir, dans les mêmes conditions : on aurait un déchaînement de la Cour des Comptes.
a écrit le 16/05/2019 à 11:03 :
la hausse éventuelle des taux impactera les futurs emprunts, non ?
Quelle est la part des taux variables dans la dette française ?
a écrit le 16/05/2019 à 7:37 :
Combien de conseillers de la Cour des Comptes dans les cabinets ministériels ?

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