Budget : le ministre de l'Economie veut montrer patte blanche à Bruxelles
latribune.fr
Pour mémoire, après un dérapage attendu à 6,1% cette année, le gouvernement entend ramener le déficit public à 5% dès 2025, pour revenir en 2029, sous la limite de 3% tolérée par Bruxelles.
Avant une réunion avec ses homologues de l'Union européenne à Luxembourg ce lundi, Antoine Armand a réaffirmé que le budget 2025 « s'inscrira pleinement dans les nouvelles règles budgétaires européennes ». Pour rappel, la présentation du projet de loi de finances est prévue jeudi.
[Article publié lundi 7 octobre 2024 à 10h32, mis à jour à 15h41] Le budget français pour 2025, qui doit être présenté jeudi prochain, « s'inscrira pleinement dans les nouvelles règles budgétaires européennes », a affirmé le ministre de l'Economie, Antoine Armand, avant une réunion avec ses homologues de l'UE à Luxembourg ce lundi.
« Nous avons fait le budget pour renforcer la souveraineté financière et nationale du pays », a insisté le ministre lors d'un briefing presse. Respecter les règles européennes, qui sont des « engagements que nous avons nous-mêmes formulés et inspirés, est une question de crédibilité internationale et de souveraineté », a-t-il assuré.
Le commissaire européen à l'Economie réagit
Quelques heures plus tard, le commissaire européen à l'Economie, Paolo Gentiloni, a répondu plutôt positivement à la démarche du ministre français des Finances. « Nous reconnaissons tous les difficultés » auxquelles la France fait face, et la Commission a « déjà commencé à discuter du projet de budget français pour 2025 et surtout du plan budgétaire pluriannuel », a déclaré le commissaire européen, pendant la réunion à Luxembourg. « J'ai eu aussi une conversation » avec Antoine Armand « que je considère très prometteuse », a-t-il ajouté.
Se montrant plus sévère, le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a averti ce lundi qu'il ne fallait « pas plaisanter » avec « la crédibilité des finances publiques vis-à-vis des marchés financiers », alors qu'il était interrogé sur le dérapage du déficit public français. « Nous devons réduire de manière crédible notre déficit et notre endettement afin de pouvoir nous financer de manière stable et efficace », a-t-il souligné, dans une référence implicite aux hausses de taux d'intérêt sur les marchés, qui augmentent le coût du financement des pays très endettés
Gravir la montagne du déficit français
Pour mémoire, après un dérapage attendu à 6,1% cette année, le gouvernement entend ramener le déficit public à 5% dès 2025, pour revenir en 2029 sous la limite de 3% tolérée par Bruxelles (2,8%, selon des documents consultés par l'AFP). Et ce, deux ans plus tard par rapport aux engagements du précédent gouvernement.
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Par ailleurs, la dette française, à 3.228,4 milliards d'euros fin juin (112% du PIB), a gonflé d'un millier de milliards depuis 2017, quand Emmanuel Macron est devenu président. Elle frôlera 115% l'an prochain, soit presque le double du maximum fixé à 60% par Bruxelles, avant de décroître progressivement.
Conscient de cette situation, le nouveau locataire de Bercy a réaffirmé ce lundi que l'objectif « est bien de ramener notre déficit sous la barre des 3% à l'horizon 2029 », après une première étape « forte et crédible à 5% en 2025 ». Et d'ajouter que le Premier ministre Michel Barnier lui avait confié « un mandat extrêmement clair : défendre les intérêts français et européens dans le monde » et « continuer à être force de proposition en Europe ».
Le chemin de croix du prochain budget
Pour rappel, l'exécutif français doit dévoiler jeudi son projet de budget 2025 pour réduire le vertigineux déficit public. L'exercice s'annonce périlleux dans une Assemblée nationale majoritairement hostile. Ce projet de loi de finances est « sans doute l'un des textes les plus compliqués à élaborer depuis le début de la Ve République », a d'ailleurs prévenu le 20 septembre sur France Inter, le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici.
Chef d'un gouvernement minoritaire, le Premier ministre Michel Barnier est attendu au tournant, après avoir annoncé un effort considérable de 60 milliards d'euros. « Ce freinage, il est indispensable, sinon on va droit vers une crise financière », a-t-il déclaré vendredi dernier, alors que la France doit déjà se justifier auprès de Bruxelles de son déficit excessif, et qu'elle est dans le viseur des agences de notation - Fitch doit publier son évaluation vendredi.
Gel des retraites, surtaxe des ménages les plus fortunés et de certaines grandes entreprises, baisse des effectifs de fonctionnaires, fusion de services publics... La semaine dernière, le gouvernement a déjà partiellement levé le voile sur certaines des dispositions sur la table.
Renforcer la compétitivité de l'UE
Outre le respect des engagements budgétaires européens, Antoine Armand a affirmé ce lundi la « détermination de la France » à avancer sur deux autres sujets majeurs pour la « souveraineté » du pays. Il entend d'une part s'impliquer « personnellement » sur le sujet du « renforcement de la compétitivité » de l'Union européenne.
« L'UE prend du retard par rapport à la Chine et aux Etats-Unis dans des domaines stratégiques », a-t-il averti en évoquant les rapports de deux anciens présidents du Conseil italiens Mario Draghi et Enrico Letta, publiés cette année. « Il ne faut pas se résoudre à la fatalité », a déclaré le ministre, en soulignant qu'il fallait travailler à « approfondir le marché unique et renforcer la politique industrielle européenne ».
D'autre part, il a plaidé pour « l'approfondissement du marché unique européen », et en particulier, « l'Union des marchés de capitaux », un « chantier fondamental au vu du mur de financement qui se dresse devant nous », notamment pour la transition numérique et climatique.