ENTRETIEN. Louis Schweitzer, actuel président du comité national d'évaluation de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, estime que "les mesures actuelles [du gouvernement pour freiner la pauvreté] devraient être complétées par d'autres dispositifs visant les plus vulnérables comme les jeunes". Ce groupe d'experts piloté par France Stratégie propose dans son dernier rapport de mettre en place un revenu de base pour les jeunes de 18 à 24 ans "les plus démunis".
LA TRIBUNE - Quels sont les grands enseignements du dernier rapport du comité d'évaluation ?
LOUIS SCHWEITZER - Le comité a d'abord regardé si les mesures adoptées dans la Stratégie de 2018 avaient été effectivement mises en œuvre. Il a constaté qu'elles avaient été inégalement appliquées. Certaines avaient complètement été mises en œuvre, la plupart ont commencé à être appliquées et certaines ont été tout simplement abandonnées comme le revenu universel d'activité (RUA).
Quel est l'impact de la prime d'activité sur la pauvreté ?
La prime d'activité a eu un impact très important sur le nombre de personnes pauvres en 2019 selon des chiffres encore provisoires. Elle a réduit la proportion de personnes pauvres de 0,7 point. Le total de personnes pauvres est de 14,3% en France. Il faut néanmoins rappeler que la prime d'activité ne bénéficie qu'aux personnes ayant un salaire supérieur à 0,5 SMIC. Elle ne touche pas les plus pauvres.
La prime d'activité s'applique au profit d'actifs pauvres car elle peut toucher les actifs à temps partiel. C'est un dispositif bienvenu car beaucoup de personnes à temps partiel ont vu leur temps de travail diminué. La prime d'activité est tout à fait justifiée et pertinente. Le comité aurait souhaité qu'elle soit complétée par des mesures en faveur des plus pauvres. Dans ce domaine, il y a eu une subvention exceptionnelle de 100 millions d'euros pour les associations qui luttent contre la pauvreté. Cette somme est beaucoup plus faible que les charges supplémentaires assumées par ces associations. Il existe un autre problème majeur. Un tiers des personnes qui auraient le droit aux prestations destinées aux plus pauvres, notamment le RSA, n'en bénéficient pas.
Par ailleurs, les mécanismes de chômage partiel et de différé de l'assurance-chômage ont bénéficié d'abord aux personnes qui avaient une activité relativement bien rémunérée. Ceux qui vivaient de petits boulots à temps partiel n'ont pas bénéficié de mesures spécifiques pour compenser l'impact de la crise. Or ces personnes qui avaient des petits boulots souvent à temps partiel ont été particulièrement affectées par la crise.
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