INTERVIEW. À la veille de la présentation du projet de loi 4D en conseil des ministres, le président de l’Association des administrateurs territoriaux (AATF*), Fabien Tastet, appelle l’État à donner aux collectivités locales des leviers d’action plus significatifs en matière de relance, en particulier dans le champ de l’intervention économique.
FABIEN TASTET - De longue date, avec d'autres, nous avons posé des constats que la crise Covid a confirmés. Notre État souffre de maux importants. Il est "désarticulé", c'est-à-dire sans chaîne de commandement claire : qui, du préfet ou du directeur de l'agence régionale de santé (ARS), décide ?
Il s'est englué dans sa propre prolifération normative devenue inintelligible - l'affaire de l'attestation est l'incarnation caricaturale de ce mouvement. Il n'a pas su s'alléger au fil du temps pour se recentrer sur l'essentiel: ses missions régaliennes d'anticipation des risques et de protection des populations.
Dans les collèges et les lycées, par exemple, le responsable administratif est encore un agent de l'État, alors que tous les personnels, hors champ pédagogique, relèvent des collectivités locales. Est-ce que, en 2021, l'État n'a pas autre chose à faire que de s'occuper de cela ?
Les collectivités locales, quant à elles, se sont montrées solides dans la tempête mais leurs actions restent entravées parce qu'elles manquent de liberté et que leur modèle financier n'est pas assez robuste.
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Fort de ce diagnostic, nous avons forgé ce concept de « déconcentralisation ». L'idée est qu'il faut saisir l'opportunité de la loi 4D pour faire progresser dans un même rythme la déconcentration et la décentralisation, c'est-à-dire, reconstruire un État local fort qui puisse travailler en partenariat avec des collectivités locales plus épanouies. C'est une façon de revisiter ce fameux couple maire-préfet, qui est véritablement la force d'entraînement de l'action publique en France.
Quelle est la différence entre la "République décentralisée", inscrite dans la Constitution depuis 2003, et « l'État allégé ». que vous appelez de vos vœux ?