Comment les entreprises les plus énergivores se préparent à passer l'hiver

Malgré des aides de l'État aux entreprises énergivores, face à l'augmentation des prix de l'énergie, la liste des entreprises qui décident de réduire leur production, de mettre leurs salariés au chômage partiel, ne cesse de s'allonger. Dans l'industrie (métallurgie, verrerie) comme dans les équipements (piscines...), les annonces de fermetures temporaires, de baisses de production ou d'une réorganisation interne du travail pour limiter l'impact de la hausse du coût de l'électricité, se multiplient.
Pour économiser de l'énergie et préserver ses finances, Duralex, la célèbre verrerie a décidé de mettre son four en veille durant au moins quatre mois à partir de novembre et de placer l'ensemble de ses salariés en chômage partiel.
Pour économiser de l'énergie et préserver ses finances, Duralex, la célèbre verrerie a décidé de mettre son four en veille durant au moins quatre mois à partir de novembre et de placer l'ensemble de ses salariés en chômage partiel. (Crédits : Benoit Tessier)

Duralex, Arc, ArcelorMittal, Ascométal... Malgré des aides ciblées de l'État pour soutenir les plus énergivores, la liste des entreprises qui décident de mettre leur production en pause ou de réduire leur activité s'allonge de jour en jour. En cause : la flambée des coûts de l'énergie. Dans certains cas, il devient économiquement vital de fermer temporairement ou de réduire la cadence en attendant de passer la saison hivernale, qui s'annonce très tendue sur le plan énergétique, alors que la pénurie de gaz menace l'Europe. De nombreux secteurs sont concernés, notamment dans l'industrie  - métallurgie, automobile, verrerie... - à cause de l'envolée du prix du gaz et de l'électricité. Retour sur ces entreprises qui ont déjà annoncé des fermetures pour l'hiver, ou s'y préparent, faute de mieux.

Lire aussi : Acculées par la flambée des prix de l'énergie, les entreprises tirent la sonnette d'alarme

Duralex en pause au moins 4 mois

Parmi les premières entreprises à avoir annoncé publiquement une telle décision : Duralex. Pour économiser de l'énergie et préserver ses finances, la célèbre verrerie a en effet décidé de mettre son four en veille durant au moins quatre mois à partir de novembre et de placer l'ensemble de ses salariés en chômage partiel.

L'entreprise a indiqué début septembre dans un communiqué qu'elle affrontait « depuis quelques mois des conditions financières de production conjoncturelles très défavorables, uniquement liées au prix de l'énergie ». Grande utilisatrice de gaz et d'électricité, l'entreprise consomme 150 GW d'énergie par an. La facture peut monter à 3 millions d'euros en temps normal. Mais, alors que le prix de l'électricité a été multiplié par 22 et celui du gaz par 18, impossible de « produire dans des conditions normales », a expliqué son PDG, José-Luis Llacuna. « Produire au tarif de l'énergie au prix du jour générerait des pertes intenables. Limiter notre consommation d'énergie dans la période qui s'amorce nous permet donc de préserver l'activité et l'emploi de Duralex ».

La production au sein de l'usine historique de Duralex, située à la Chapelle-Saint-Mesmin dans le Loiret, près d'Orléans, ne devrait reprendre qu'au deuxième trimestre 2023. Pendant la mise en veille de son four, le spécialiste du verre trempé, qui emploie 250 salariés et a réalisé en 2021 un chiffre d'affaires de 23,4 millions d'euros, a affirmé disposer de stock suffisant pour poursuivre « normalement » son activité commerciale.

Arc va réduire sa cadence cet hiver

Le groupe verrier Arc va arrêter une partie de ses fours pendant l'hiver et substituer partiellement le fioul au gaz. « La mise en arrêt pendant l'hiver de certains fours » a été décidée face à « la chute brutale du marché des arts de la table, qui a perdu en quelques semaines près d'un quart de sa valeur et l'augmentation fulgurante du prix de l'énergie », a expliqué le groupe dans un communiqué« 4 à 6 fours sur 9 seront maintenus en activité pendant cette période », précise ce leader mondial des arts de la table, installé dans le Pas-de-Calais. Pour les faire tourner, l'industriel compte utiliser ponctuellement « du fioul domestique comme substitut au gaz ».

Lire aussiRéindustrialisation : l'énergie dissuasive

En attendant des jours meilleurs, Arc a déjà placé depuis le 1er septembre 1.600 de ses salariés des fonctions supports et administratives au chômage partiel et prévenu à cette occasion que « les ouvriers de production » pourraient également être concernés dans les prochaines semaines. Installé près de Saint-Omer (Pas-de-Calais), l'entreprise, qui emploie quelque 7.800 personnes, dont 5.000 en France, prévoit de concentrer sa production sur « des articles innovants à forte valeur ajoutée (...) ainsi qu'une optimisation de l'outil industriel ». Il n'y aura « pas de licenciements » mais un recours à la mobilité interne une « diminution drastique du recours à l'intérim », a prévenu la direction.

Arcelor Mittal a déjà réduit son activité

Même si l'envolée des prix de l'énergie n'est pas la principale cause, Arcelor Mittal, qui fait aussi face à une baisse de son carnet de commandes, réduit la cadence. L'industriel a annoncé qu'il mettrait à l'arrêt deux de ses haut-fourneaux, à Brême (Allemagne) à partir de fin septembre, ainsi qu'à Gijon dans les Asturies (Espagne). « Les coûts élevés du gaz et de l'électricité pèsent fortement sur notre compétitivité », a expliqué Reiner Blaschek, le patron d'ArcelorMittal Allemagne.

En France, un des trois hauts fourneaux de Dunkerque (nord) est à l'arrêt depuis juillet dans le cadre de la décarbonation du site, et un deuxième le sera pour maintenance pendant au moins six semaines. ArcelorMittal va également mettre mise au chômage partiel deux jours par mois certains de ses salariés jusqu'à la fin de l'année, en raison d'une baisse de son carnet de commandes. L'entreprise a également renforcé ses équipes de nuit et de week-end, ont précisé des délégués syndicaux à Reuters.

Ascometal adapte son organisation de travail

Depuis début septembre, les salariés et intérimaires d'Ascométal ont vu leur emploi du temps modifié. Ils travaillent davantage la nuit, en postes de douze heures, et le week-end, à des moments où les tarifs d'électricité sont plus avantageux. Ce changement est prévu pour une durée de deux mois. En outre, l'aciérie, qui appartient à Swiss Steel et qui emploie 1.200 personnes en France, a prévu d'interrompre son activité pendant deux à trois semaines durant le mois de décembre dans ses usines d'Hagondange (Moselle) et de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Certains salariés seront mis au chômage partiel.

Aluminium Dunkerque baisse sa production

Le plus gros producteur d'aluminium primaire en France, compte réduire sa production de 22% au quatrième trimestre pour faire face à l'augmentation des coûts de l'énergie, a annoncé son directeur général, Guillaume de Goÿs. Aluminium Dunkerque, qui produit quelque 290.000 tonnes d'aluminium par an, est considérée comme « électro-intensive ». L'entreprise consomme près de 4TWh par an d'électricité, soit un peu moins que la consommation d'une agglomération comme Marseille, ce qui représente environ le tiers de ses coûts de revient. Sa production n'est couverte qu'entre 70 à 75% par des approvisionnements aux tarifs régulés de l'Arenh (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique). Elle doit donc se fournir au prix fort sur les marchés pour le reste de son activité. Or, chaque tonne produite au coût du marché représente en ce moment une perte pour l'entreprise d'environ 4.000 euros, précise le directeur général.

« À partir du mois d'octobre, nous allons être en perte très significative si on continuait la production telle quelle », dit Guillaume de Goÿs, en précisant que sans cette décision, les factures d'électricité de l'entreprise passeraient de 40 millions d'euros par mois aujourd'hui à 150 millions d'euros en décembre, selon les prix attendus de l'électricité.

L'entreprise fermera donc 54 des 264 cuves d'électrolyses et réduira son ampérage, ce qui diminuera directement la production de métal chaud de 14.000 tonnes d'ici la fin de l'année. L'entreprise compensera légèrement cette baisse par une augmentation de la production d'aluminium recyclé pour limiter l'impact de cette décision sur ses clients.

Pour l'instant, il n'est pas question de chômage partiel pour les 650 salariés du site. Certains seront invités à prendre des congés supplémentaires ou à aller en formation. Selon Cyrille Mounier, directeur général d'Aluminium France, les entreprises qui achètent cet aluminium pour le transformer sont bien organisées et ne devraient pas être trop impactées par la baisse de la production, sachant que la demande est encore très importante.

L'équipementier automobile Lisi pourrait utiliser le chômage partiel

Par prévention, l'équipementier automobile Lisi souhaite prolonger le chômage partiel pour ses 1.000 salariés, jusqu'à l'été prochain, dans ses usines du Nord Franche-Comté. Le groupe redoute une décision de « l'Allemagne (qui) pourrait stopper toutes ses activités de production, durant l'hiver, redoute Jean-Philippe Kohler, le directeur général délégué du groupe Lisi, cité par France BleuNous sommes dans une économie de chaîne d'approvisionnement. Si nos clients ne nous commandent plus de pièces, notre carnet de commandes va chuter. Cette récession va entraîner un effet boule de neige dans toute l'Europe ».

Tous les salariés des usines du Nord Franche-Comté, dans le Territoire de Belfort (à Delle et Grandvillars), dans le Pays de Montbéliard (Dasle) et en Haute-Saône (Mélisey), pourraient donc être encore concernés par du chômage partiel, dans les prochains mois. Ils toucheraient alors 84% de leurs salaires nets, grâce à l'aide de l'État. « Cette mesure de chômage partiel dure depuis deux ans déjà, ça va durer encore un an. Qu'est-ce qui va se passer après ? », s'interrogent les syndicats.

Piscines fermées temporairement

Il n'y a pas que l'industrie qui est contrainte de s'adapter face à l'envolée des prix de l'énergie. Depuis début septembre, une trentaine de piscines gérées par la société Vert Marine, un délégataire de service public, sont fermées. La fermeture temporaire de cette trentaine d'établissements, parfois de gros complexes aquatiques comme Aquapolis à Limoges, s'accompagne de la mise au chômage partiel des personnels.

La facture énergétique de ce délégataire de service public est passée de « 15 à 100 millions d'euros », soit « la totalité du chiffre d'affaires annuel de l'entreprise ». « On se retrouve avec des prix de l'énergie qui grimpent et ce n'est plus tenable. Il a été multiplié par 10. Au total, 600 employés sur 2.000 sont placés en chômage partiel », a détaillé à l'AFP Thierry Chaix, le président de Vert Marine.

Lire aussi :Crise énergétique : Recrea, leader de la gestion de piscines, refuse les fermetures

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ZOOM- Le retour au chômage partiel massif ?

Comme lors de la crise sanitaire du Covid-19, la crise énergétique va-t-elle voir revenir le retour du chômage partiel massif ? Pour les secteurs les plus touchés par la crise énergétique, c'est en tout cas ce que demande la CFDT. Son secrétaire général, Laurent Berger, a appelé le gouvernement à réactiver les dispositifs de chômage partiel. « Il va falloir réactiver les dispositifs d'accompagnement des travailleurs, notamment en matière de chômage partiel » pris en charge à 100%, selon le dirigeant de la centrale syndicale. « Il faudra des dispositifs de soutien de la part de l'État, de l'Unedic qui finance une partie du chômage partiel ».

Mais pour l'heure, le gouvernement préfère éviter de réactiver le chômage partiel comme lors de la crise sanitaire. « Le chômage partiel, pour nous, ça doit être la dernière possibilité, on va essayer de l'éviter, et je peux vous dire qu'on fait tout pour », déclarait le ministre délégué chargé de l'Industrie, Roland Lescure, le 5 septembre sur franceinfo, sans toutefois exclure de « regarder les cas particuliers », comme « les verriers ».

(Avec agences)

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Commentaires 7
à écrit le 13/09/2022 à 20:53
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Bonjour, Les entreprises gourmande en électricité aura du ils y a bien longtemps installé des panneaux photovoltaïques sur les toits des usines... Pour les autres , haut fourneau est autre le charbon est un combustible économique et très abondante...

à écrit le 13/09/2022 à 18:18
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il est un peu certain que si l'energie est tiree par les cheveux il y aura malheuresement du chomage ce qui ne va pas mettre du beurre dans les epinards quelle fetes de fin d'annee et quel hiver va t on passees ,? cela rappel maheuresement les a...

à écrit le 13/09/2022 à 14:18
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La preuve que le niveau de développement d'un pays est corrélé à la mise à disposition d'une énergie abondante, peu chère et à la production fiable. Si un de ces trois points est manquant, la décroissance économique est quasi certaine avec son lot de...

le 13/09/2022 à 15:08
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Pour vous la pénurie apparait comme un handicape alors que pour d'autres elle deviendra vite une opportunité qui va stimuler l'innovation et permettra aux plus dynamiques et réactifs de distancer leurs concurrents ce qui est depuis toujours la raison...

à écrit le 13/09/2022 à 14:02
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Un choix astucieux, pour les entreprises qui produisent des biens qui ne se périment pas, est de maintenir à peu près le niveau de production cet hiver, en ayant le projet de stocker une partie de la production, et de l'écouler dans 2 ou 3 ans, quand...

le 13/09/2022 à 15:14
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Trois obstacles à surmonter : trouver des matières premières , des banques prêtes à financer les stocks sur plusieurs années sans oublier les lieux de stockages !!!

à écrit le 13/09/2022 à 10:22
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Pendant ce temps : La filiale d'EDF Électricité de Strasbourg (ÉS) a perdu la semaine dernière 60 millions d'euros à cause d'une erreur lors d'une vente "erronée" d'électricité sur le marché. Un "dysfonctionnement" , peut-être causé par une err...

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