Conclave sur les retraites : les compromis et les fractures du « texte de la dernière chance » de Jean-Jacques Marette
latribune.fr
Patrick Martin, président du Medef, et Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, lors d’une conférence sur les finances publiques et le budget, à Paris, le 15 avril 2025.
LTD/Vincent Isore/IP3
Ce lundi, Jean-Jacques Marette présentera un texte clé sur les retraites, fruit de mois de négociations. Alors que l’âge de départ se maintient à 64 ans, des avancées significatives pour les mères et la pénibilité pourraient redéfinir l’avenir de la réforme.
Après des mois de négociations ardues, le conclave sur les retraites arrive à un tournant décisif. Jean-Jacques Marette, animateur des discussions, s'apprête à soumettre ce lundi un texte final, véritable tentative pour arracher un accord aux partenaires sociaux, dont les divisions restent profondes. Les coulisses des récentes réunions ont permis d'esquisser les contours de ce compromis, mêlant avancées et points de blocage persistants.
L'intangible totem des 64 ans face à la pénibilité
Le Medef a campé sur ses positions, et le projet de texte confirme que l'âge légal de départ à la retraite restera fixé à 64 ans. Cependant, les syndicats ont obtenu des concessions significatives sur la pénibilité. Le texte de Jean-Jacques Marette devrait intégrer un mécanisme inspiré des propositions de la CFDT, visant à attribuer des points aux travailleurs exposés à des conditions physiquement exigeantes (port de charges, postures contraignantes, vibrations mécaniques).
Ces points, s'inspirant du C2P (compte professionnel de prévention), ouvriraient la voie à de la prévention, de la reconversion et, ultimement, un départ anticipé. Un point de discorde subsiste : le Medef s'est jusqu'à présent montré réfractaire à l'idée que ce dispositif puisse directement permettre des départs anticipés.
Avancées pour les mères et le débat sur les décotes
Le chapitre le plus consensuel concerne les mères de famille. Le texte prévoit des modes de calcul plus favorables pour leur retraite : les 24 meilleures années seraient retenues pour les femmes ayant eu un enfant, et les 23 meilleures années pour celles en ayant eu deux. Par ailleurs, la surcote de 10 % pour les parents de trois enfants et plus est maintenue, de même que la surcote parentale Borne (jusqu'à 5 %) pour ceux qui continuent de travailler au-delà du nombre de trimestres requis.
Sur l'âge de départ sans décote, Jean-Jacques Marette propose un abaissement de 67 ans à 66,5 ans. Cette mesure, fortement réclamée par la CFTC, déçoit toutefois cette dernière, qui espérait au moins 66 ans. Les organisations patronales, quant à elles, s'y opposent toujours fermement en raison de son coût potentiel. La décote, cette pénalité appliquée aux pensions lorsque l'on part sans avoir cumulé les 172 trimestres exigés par la réforme Borne (soit 43 ans), reste un point crucial des négociations.
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Carrières longues et le défi de l'équilibre financier à l'horizon 2030
Pour financer les mesures en faveur de la pénibilité et des mères, un consensus semble se dégager autour d'une révision du dispositif des carrières longues. Ce système, permettant aux individus ayant commencé à travailler avant 21 ans de partir avant l'âge légal, est jugé trop large, bénéficiant parfois à des cadres ayant une bonne espérance de vie grâce à des emplois étudiants. Le « coup de rabot » envisagé viserait à cibler davantage ce dispositif.
Enfin, l'impératif d'équilibrer le régime des retraites du privé d'ici 2030 est partagé par tous, malgré un déficit projeté de 6,6 milliards à cette échéance. Les syndicats ont consenti à ce que cet ajustement soit majoritairement financé par les retraités. Le texte de Jean-Jacques Marette pourrait ainsi inclure une hausse du taux de CSG (hors retraites modestes) et une désindexation des pensions: une sous-indexation de 0,8 point en 2026 et de 0,4 point en 2027 est envisagée. Cependant, les syndicats pointent du doigt l'absence de propositions patronales concernant une contribution des entreprises pour cet équilibre. Une augmentation du forfait social, versé par les employeurs sur certains avantages non salariaux, reste notamment refusée par les organisations patronales.